Classé dans : Mascarons
note au visiteur:
la catégorie “ah ah voici nos vingt prochaines années” – un clic sur la gauche et vous y êtes – est au coeur de l’actu d’e-dito…
à part ça…
L’atlante de Varsovie au 32 Ul. Krakowic Prezdwiesic, près de l’Hotel Bristol, a conversé avec moi la semaine dernière. On s’était rencontré il y a quelques années. Il continue de ralentir le monde mais ça pèse encore, dit-il.

Une nonne locale passa. Pas très causante.

L’un et l’autre, l’atlante causeur et sa soeur au parapluie, pataugeaient dans les mythes fondateurs du coin. Moments précieux. Pendant mon voyage, Delphine Volange est passée sur terre les 17 et 24 juin.


y était
http://www.myspace.com/delphinevolange
Classé dans : Le peuple des têtes coupées

Myriam Gallot fait un papier sur Le Peuple des Tetes Coupées. Etonnante Myriam Gallot.
lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com
Le peuple des têtes coupées
Publié le 25 octobre 2008 par Mgallot
Suite à mon article sur Bureau d’études, j’ai eu le bonheur de rencontrer dernièrement Christian Gatard, son auteur, de passage sur Lyon pour l’une de ses études. Christian Gatard voyage énormément, fréquente nombre de personnes d’horizons les plus divers, et pourtant il a cette qualité rare de savoir se montrer disponible et curieux de l’autre, avec simplicité, de vous donner l’impression d’être tout à vous, attentif et bienveillant.
Christian Gatard, esprit vivace et atypique, s’est pris d’une passion aussi insolite que contagieuse pour les mascarons – oui, vous lisez bien, les mascarons avec un “s”, rien à voir donc avec cette délicieuse pâtisserie fourrée très dans l’air du temps – les mascarons, ces figures qui ornent nos façades urbaines, tout aussi délicieuses mais parfaitement ringardes, dont on aurait pu penser un peu hâtivement que plus personne ne les regarde vraiment. Christian Gatard a poussé la passion (je n’ose dire “le vice”!) jusqu’à consacrer un ouvrage entier à ces visages de pierre qui semblent toujours nous contempler de haut, à cet art naïf, mineur et pourtant moins anecdotique qu’on pourrait le penser, parangon du mauvais goût bourgeois: “Le peuple des têtes coupées” (voir sa présentation).
Ils sont Jupiter, Cérès, lion, cheval, et même éléphant, on les trouve sur les immeubles bourgeois du second Empire puis de la IIIème république, à Paris, mais loin d’être une exception culturelle française (Jack Lang nous en garde!), ils pullulent aussi à Londres, à Milan, à Venise, à Prague, à Bruxelles, sur les façades de la même époque. La première guerre mondiale leur fut quasiment fatale, ils agonisèrent pendant les années 20 et 30 jusqu’à la complète extinction.
Inévitablement se pose LA question ontologique fondamentale, une question de nature à vous faire passer quelques nuits d’insomnie: pourquoi les mascarons? Ces figures suspendues sur nos épaules m’ont toujours fait un peu peur, je dois l’avouer…et voici que je découvre avec Christian Gatard que leur fonction originelle (ancestrale) est probablement, justement, “apotropaïque” (elles servent à faire peur aux ennemis, à éloigner le mauvais oeil), comme les têtes coupées aux ennemis suspendues au-dessus des habitations dans les peuplades primitives. Ce n’est pas ce mascaron photographié récemment à Marseille, sur le bâtiment d’une banque, qui démentira l’hypothèse (que cherche à repousser ce mascaron? les démons de la crise financière, peut-être…)
Mais cette première réponse, pour convaincante qu’elle soit, n’était pas de nature à satisfaire Christian Gatard, qui en entrevoit bien d’autres, des plus sophistiquées aux plus fantaisistes et nous convie dans son livre à une bien étrange promenade dans les dédales des villes, mais aussi – et bien plus sûrement – dans ceux de son imagination érudite et sympathiquement farfelue. Car, qui vous dit que les mascarons ne sont pas des agents de circulation des énergies, là pour ralentir l’Histoire? C’est un banquier d’affaire rencontré dans un avion qui inspira cette interprétation inattendue à Christian Gatard: “François F. émettait l’hypothèse que l’Histoire – économique, sociale, culturelle et en l’occurrence financière – venait de connaître une dangereuse accélération et que le monde entrait dans une phase de décélération. Obligatoire, inéluctable, sous peine de déflagration universelle.”
S’il m’est arrivé de me perdre en tentant de suivre les détours de l’esprit de Christian Gatard dans son livre, me voici pleinement convaincue: le rôle des vieux mascarons du capitalisme contre la crise financière ne fait plus de doutes. Esprits rationnels, je vous vois qui souriez, mais on le sait maintenant, rien de plus irrationnel que la finance mondiale.
L’enquête n’est bien évidemment pas close et les mascarons n’ont pas livré tous leurs secrets. Christian Gatard envisage de leur consacrer un blog, occasion de partager ses plus beaux specimens photographiés et ses hypothèses récentes – et peut-être d’initier quelques profanes à l’art clandestin de la chasse au mascaron. (photo ci-contre: Christian Gatard and friend).
Classé dans : au cabinet de curiosités
Vous êtes quelque part dans e-dito, le blog. Vous n’êtes pas encore tout à fait perdu. Les catégories sont là pour vous aider à vous repérer. N’allez pas tout à fait au hasard. En ce moment c’est ah ah voici NOS VINGT PROCHAINES ANNEES qui tient la corde. Allez-voir , c’est sur la gauche de l’appareil. Un clic et vous y êtes.
Christian Gatard
Classé dans : Le blog de Luc Dellisse
1. Ecrire est une activité tellement solitaire que ni le public, ni le média ne peuvent rien pour la socialiser. Celui qu’ils ont en face d’eux, l’écrivain, ils ne peuvent le capter que dans les intervalles de l’écriture. Par définition, s’il est dans une librairie en train de signer ses livres, ou dans un studio de télé pour participer à un débat, il n’est pas en train d’écrire. Il témoigne d’une activité sur laquelle il ne peut apporter qu’un témoignage indirect. Car à l’inverse d’un peintre ou d’un cinéaste, qui si concentrés soient-ils, peuvent avoir une perception du monde extérieur dans l’exercice même de leur création, un écrivain qui écrit, comme un rêveur qui rêve, n’est jamais éveillé : il est dans les limbes. Il ne peut jamais se voir dans l’action. Il peut s’imaginer en train d’écrire : mais juste avant ou juste après l’écriture.
2. Cette impossibilité du témoignage direct (ou de l’observation directe par un témoin) est très sensible dans l’incipit du Mystère Picasso (d’Henri-Georges Clouzot). « Que se passerait-il si nous pouvions voir Rimbaud écrire le Bateau ivre ? » demande le cinéaste. En vérité, la réponse est trop claire. Nous verrions un jeune homme griffonner du papier. Et nonobstant l’émotion que nous pourrions éprouver à voir le vrai visage d’un poète de premier ordre remuer sur l’écran, nous ne serions pas plus avancés que si nous voyions n’importe quel lycéen en train de passer l’épreuve écrite du bac : concentration et incommunication. Le mystère Rimbaud demeurerait intact. Le mystère de la littérature, entier.
3. La littérature est un complot qui remonte aux sociétés initiatiques et qui consiste à donner aux mots un sens qu’ils n’ont pas. Elle repose essentiellement sur la transgression de la vérité directe au profit d’un imaginaire plus performant. Aujourd’hui, nous en avons si bien oublié le sens qu’on voit les médias défendre l’idée qu’il s’agit d’un témoignage vécu.
4. Mais la littérature n’est pas un témoignage, ni même un document humain. C’est une machine à capturer l’éphémère des impressions, des émotions, des événements, sous une forme durable, tout en conservant leur caractère fugitif.
5. A supposer qu’on laisse à la presse, à l’histoire et aux organisations non gouvernementales la totalité des témoignages présents et à venir, le champ de la littérature n’en sera pas réduit d’un iota. L’imaginaire et le secret des hommes resteront à découvrir.
6. Le secret n’est pas un silence. Ce n’est pas non plus un indicible. C’est la réalité humaine renversée. On écrit pour créer de beaux objets avec les échecs de sa vie. Et le secret, c’est la connaissance intime de l’échec mise au service de victoires invisibles.
7. Un secret, c’est le contraire du mensonge. C’est même le noyau dur de la vérité.
8. Pour écrire, il faut écouter sa parole et ses désirs, non ses angoisses et ses complexes. Cette distinction est une des choses les plus occultées qui soient.
9. Tout le monde n’est pas fait pour écrire, et la fausse démocratie qui consiste à croire que chacun est créateur (alors que dans le meilleur des cas, chacun est créatif) est une volonté délibérée d’aveuglement. Car chacun de nous est « un auteur » – l’auteur de toute parole écrite qu’il peut produire, pour tenter de témoigner de lui-même. Auteur est le nom générique qu’on donne aux gens qui écrivent quand ils ne sont pas écrivains.
10. La fonction de la littérature est de produire une certaine densité analogique. Cette densité s’inscrit dans un projet à la fois esthétique et conceptuel. Mais les moyens pour y parvenir sont purement de bouts de ficelle : l’écriture est un artisanat, les idées y jouent un rôle futile, tout est affaire d’apprentissage, de tradition, d’écolage auprès des grands maîtres c’est-à-dire des grands livres, et de petites recettes personnelles, de petites ruses de la main, élaborées une à une et patiemment.
11. Une discussion, un débat, des rencontres amicales, et même un enseignement, ayant l’écriture et la création pour sujet, ne peuvent pas remplacer l’expérience directe de la création. Mais ils signifient généralement qu’on s’intéresse assez à ces questions pour y consacrer du temps virtuel (le temps perdu du quotidien). Il y a une récompense à la clé : surprendre les trésors cachés.
12. L’histoire de la littérature est l’histoire d’une cartographie qui recense la plupart des vérités enfouies. Il suffit de la suivre pour retrouver les trésors. Le trésor Proust, le trésor Stendhal, le trésor Nabokov sont absolument à portée de la main. Il est incroyable que personne ne songe à les déterrer.
13. Nous sommes dans un autre monde. Ce que nous voyons n’est pas la vérité. Il ne s’agit pas du mensonge des images. Il s’agit du mensonge de la « réalité ». Nous tenons pour acquis des gestes et des idées, et une représentation du monde, qui ne sont pas réels. Apprendre à voir le visible est le vrai but créatif, le vrai travail d’un écrivain.
14. Cette entreprise survit à toutes les déceptions. Elle tire parti des catastrophes. Elle transforme l’ombre en lumière. C’est le bonheur dans le malheur.
15. Un écrivain est un lecteur qui un jour se met à lire ses propres textes à venir. On n’est pas écrivain si on n’est pas lecteur.
16. En matière de création littéraire, l’expérience personnelle joue un rôle bien moins utile que l’amour de la lecture et la connaissance de la grammaire. Car chacun portant en soi un monde, il n’est pas impossible ni même très rare de prendre conscience de ce monde. Mais manquent presque toujours les moyens de l’exprimer.
17. La première vertu de la grammaire est de nous éloigner de l’indicible. On dispose d’un instrument aussi fondamental que la gamme pour un musicien. A la pratiquer et à l’investir, on prend conscience que l’indicible n’est qu’une approximation du dicible.
18. Les mots sont presque toujours aléatoires et remplaçables. C’est la grammaire qui leur donne leur portée et leurs sens.
19. On n’écrit pas avec des mots. On écrit avec des phrases. Il n’y a sans doute pas d’autre secret « littéraire» que celui-là.
20. On peut constater du même coup que la grammaire n’est pas le contrôle de l’affect par la raison (ce qui permettrait de croire que parfois, ce contrôle baisse et que l’affect lézarde la glace). Elle garantit qu’il y a un ordre de la langue, au sein duquel nos désordres peuvent s’exprimer.
21. La grammaire implique donc une rigueur morale – le stoïcisme.
22. La transgression grammaticale consciente et cohérente est un des noms de l’écriture littéraire. Elle ne peut porter que sur des points de détails de la langue. Car la langue nous écrit, mais nous n’écrivons pas la langue. Nous n’avons accès qu’au langage
23. Ecrire c’est créer du vrai avec du faux. Le rôle de la vérité est donc parfaitement compatible avec celui du mensonge. Mais la vérité est une fin et le mensonge un moyen.
24. Toute création doit servir à dire la vérité cachée du monde. Mais les moyens pour y parvenir sont l’invention et sa sœur espiègle, le mensonge. En matière d’écriture littéraire, le faux est la vérité du vrai.
25. Importance de la piste sexuelle en littérature : le mystère sexuel est la voie royale d’expression du mystère du monde. Il n’y a d’autres règles qu’énoncer, transgresser, passer de l’autre côté, et voir enfin le mystère en pleine lumière.
26. Admis une écriture en marche, la seule chose qui compte n’est pas de commencer mais d’aller jusqu’au bout. Le commencement d’un texte, si éclatant soit-il, n’est rien. Il faut boucler son cycle biologique complet. Apprendre à finir EST apprendre à écrire.
27. L’écriture se nourrit du passé, pour le détruire et le remonter dans un autre sens ; comme un recommencement de ce qui pourtant n’a jamais eu vraiment lieu.
28. Sous les apparences du retour de l’ancien, c’est le jaillissement du nouveau qui constitue la forme de l’œuvre. Donner un nom ancien à des choses nouvelles est une malice de la vérité littéraire.
29. Le sens de ce renouveau masqué, c’est l’immortalité. A rebours d’une idée reçue, écrire, comme philosopher, c’est apprendre à ne pas mourir.
30. En littérature, le sujet est une notion rassurante mais essentiellement rétrospective : sauf pour les raconteurs professionnels, le sujet est l’envers du récit – par quoi un récit redevient, non pas notre substance intime, mais une histoire entre mille, susceptible d’être racontée par n’importe qui.
31. Sur le vif, écrire, c’est chercher à rejoindre l’horizon, lequel comme on sait recule quand on avance. C’est une intention sexuelle sans accomplissement : on échoue, toujours. Reste le point de vue du désir.
Notules.
A. Le xviiie siècle est le siècle littéraire par excellence parce que c’était un siècle où on n’attachait pas plus d’importance à ses propres émotions qu’aujourd’hui à ses kleenex. On ne croyait pas que ces émotions n’existaient pas, ni qu’elles ne faisaient pas souffrir. On pensait simplement qu’elles étaient sans importance métaphysique.
B. Le xviiie siècle avait raison sur un autre point. Il faut mourir sans avouer. Mais non sans laisser une trace truquée. C’est ce qu’on appelle une œuvre d’art.
C. Ponctuation : le xviiie privilégiait « les temps respiratoires », alors qu’aujourd’hui on privilégie la logique de la phrase. Tantôt ci et tantôt là. Ces deux systèmes de ponctuation sont distincts, mais compatibles. Et c’est un des secrets des secrets du style.
D. Théorie des « notes fragmentaires ». Une note de roman ou de récit doit être imparfaite et inachevée. Si elle est trop précise, trop achevée, trop belle, elle se referme sur elle-même, devient formule, pensée, perle sans couronne – devient un élément fini- et ne peut plus se connecter au mouvement d’ensemble de l’écriture. Tandis que si elle est un bout mal dégrossi, sans commencement ni fin, elle servira de détonateur, quand on la reprendra dans le cours du travail suivi.
E. Différence entre un auteur et un écrivain. Auteur : informations et stories. Ecrivain : musique et maquis de langage détourné.
Classé dans : ah ah voici NOS VINGT PROCHAINES ANNEES
Cet été est consacré au lancement de NOS VINGT PROCHAINES ANNEES.
Pour mémoire, voici de quoi il s’agit…
Comment allons-nous consommer, voyager, nous divertir dans les 20 prochaines années ? Quels seront les comportements du grand public face aux changements qui vont affecter la vie quotidienne des deux décennies à venir ? Dans cet essai prospectif, Christian Gatard s’attache à repérer et comprendre comment les individus s’adapteront aux scénarios de vie que les experts imaginent aujourd’hui. L’étude de plusieurs paradigmes (le nomadisme, la sédentarité, la performance, le concept de marque et les rituels) et de thèmes clés (manger, boire, dormir, aimer, voyager etc.) sert une approche nouvelle de la sociologie de la consommation en se basant sur des études de consommateurs ainsi que sur des entretiens menés auprès des observateurs et des acteurs socioculturels d’aujourd’hui.
Et voici de qui il s’agit…
Christian Gatard, sociologue de formation, est le fondateur de Gatard et associés, institut d’étude et de recherche en marketing et communication pour le compte d’entreprises et de publicitaires. Depuis plusieurs décennies, il sillonne le monde et hume l’air du temps pour conseiller ses clients sur la meilleure manière de « construire un univers, un imaginaire qui va charger le produit d’une désirabilité nouvelle ». Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Le peuple des têtes coupées (Méditions Coprah, 2005) ou Bureau d’études (Impressions Nouvelles, 2008).
et voici la première de couverture:

et voici comment nous contacter:
Gatard et Associés Market Research
3 rue Aumont Thiéville Paris 75017
France
cellphone +33 (0)607 740 771
Telephone + 33 (0)144 09 95 95
christiangatard@gatardresearch.com
et voici la présentation complète avec l’avant propos
Présentation de NOS VINGT PROCHAINES ANNEES
à paraître en Septembre 2009 chez ARCHIPEL
Dans le futur que Christian Gatard décrypte s’entassent, pêle-mêle, une haute technologie toujours plus téméraire, une nostalgie indécrottable, des règles du jeu sociétal qui s’agitent et d’autres qui sont immuables. Pas une seconde pour s’ennuyer. L’auteur a interrogé et écouté citoyens et consommateurs, prospectivistes et futurologues. C’est son métier qui veut ça : mener des études et des recherches en psychosociologie de la consommation, à la rencontre du monde réel. Lire ce livre c’est prendre de l’avance sur le temps, c’est se préparer à vivre dans un monde qui est à la fois déjà là et qui réserve autant de troubles que d’émerveillements.
Avant propos pour
NOS VINGT PROCHAINES ANNEES
Christian Gatard
Enquête buissonnière dans un futur incertain
Curieux de ce qui se dit sur les deux prochaines décennies, j’y suis allé voir. J’ai interrogé et écouté citoyens et consommateurs, prospectivistes et futurologues. C’est mon métier qui veut ça : mener des études et des recherches en psychosociologie de la consommation. Avec une particularité : les méthodes qualitatives. Le qualitativiste explore les choses de la vie de tous les jours à la manière de l’aventurier qui passe le fleuve en pirogue – il risque de prendre des flèches empoisonnées dans le derrière. Il est sur la ligne de front, il parle à chacun, les yeux dans les yeux. Il participe de la vie des vrais gens. Il rencontre le monde réel qui ne se cache ni derrière les chiffres, ni derrière les théories. C’est donc là que j’ai mené cette enquête. L’exercice consistait à explorer les contes et les légendes que déjà on imagine, les ragots et les rumeurs qui vont se propager, les faits et les méfaits qu’on soupçonne, les promesses et les espoirs que le monde d’aujourd’hui raconte sur celui de demain. J’ai cherché à me mettre dans la position d’un observateur participant décidé à regarder et à s’impliquer puisqu’avec les progrès de la médecine, on a des chances d’en faire partie. Comme chacun parlait de possibles et de probables, de désirs et de fantasmes, ce que j’observais était du virtuel, ce à quoi je participais était de l’éventuel. C’est ainsi que, bardé d’incertitudes, j’ai emprunté les chemins qui se sont présentés et j’en suis revenu tout imprégné de ce que j’ai rencontré.
Il est donc prudent que le lecteur en soit alerté, cette enquête a le look de notre futur. De là où nous sommes la vue sur nos vingt prochaines années est déroutante. C’est une cybercaverne d’Ali-Baba. S’y entassent, pêle-mêle, les perles semi-précieuses d’une haute technologie toujours plus téméraire, les coffres poussiéreux d’une nostalgie indécrottable, des règles du jeu sociétal qui s’agitent et d’autres, immuables, et mille morceaux d’un passé/présent/futur qui gravitent autour. Un sentiment de déjà-vu, un autre d’improbable. Du bricolé, du rapiécé, tout de bric et de broc. Pas une seconde pour s’ennuyer.
A quoi est-ce dû ?
Est-ce parce cette enquête relève de la pensée buissonnière ? C’est-à-dire pas bien académique, furetante et furtive. La pensée buissonnière relève de la sérendipité, c’est-à-dire l’art de saisir au bond ce qu’on cherchait sans le savoir. C’est une technique nomade, un art de survie dans la forêt, une façon peut-être de chevaucher la flèche qu’on vous décoche. C’est une façon de faire feu de tout bois. Cette flèche, c’est de l’information. Brute. C’est ainsi que je glanais la matière première de cette enquête. Cette matière, ce sont des fragments, des bribes, des passages lancés. Quelques fois ce sont des leurres et j’ai du m’y laisser prendre. D’autres fois ce sont sûrement des bonnes prises, mais comment savoir ? Ma recherche a fini par ressembler à ce que j’étudiai.
Ou parce qu’il n’y a aucune raison pour que le futur soit plus malin que le présent, c’est-à-dire aucune raison pour que les choses s’arrangent et que dans les années qui viennent nous soyons mieux organisés, plus cohérents, moins contradictoires, plus sages. Ce futur excite, amuse, terrifie.
Ce futur, c’est maintenant et c’est une question: réalité et/ou fiction ? Une enquête sur le futur, dans le futur, est forcément fictive et pourtant chaque jour qui passe nous enfonce plus avant dans son réel bien réel. Nous sommes entrés dans une ère où l’opposition entre les deux ne convainc plus personne. Les technologies dans le monde réel et les avancées dans le monde spirituel et mental ont créé une porosité entre le patent et l’invisible, entre l’avéré et l’imaginaire. La fiction en apprend plus sur le réel que le documentaire.
On peut donc s’apprêter à lire ce livre comme on regarde un film.
1. (Prégénérique) L’horizon de nos utopies.
Le premier chapitre cherche à définir l’horizon de nos utopies ce qui permet de situer l’action. Puisque c’est un pré-générique, il donne le ton : les apocalypses annoncées ne sont pas une certitude, les mythes sont une mine inépuisable, les cycles sont une source d’espoir et les accumulations de toutes sortes le meilleur moyen de faire passer la pilule.
2. (Le décor) Les lignes de haute-tension.
Ce sont des plans larges sur les hautes tensions qui vont colorer les comportements, ils dressent le décor de l’enquête. Celle-ci s’attarde ici sur les sept registres, les sept angles de vue qui vont donner le ton aux deux décennies qui viennent. On notera que la technologie est réduite à une portion congrue. Les priorités seront ailleurs.
3. (Gros plan) Les tribulations du moi.
On entre ensuite dans le vif du sujet. Les gros plans sur les tribulations du moi font la part belle aux personnes – vous et moi. Qui on est ? Où on va ? Avec qui ? Comment ? Dans quelles tribus ? Dans quel courant du fleuve ? Du côté de l’upstream – c’est-à-dire vers l’amont, à contre-courant, en défricheur ? Du côté du mainstream – c’est-à-dire vers le confort protecteur de l’appartenance au plus grand nombre ? Ou du côté du downstream, c’est-à-dire vers la pente naturelle d’une permissivité insouciante ?
4. (Plans de coupe) L’art de vivre.
Des plans de coupe, ensuite, racontent notre art de vivre, ses inflexions, ses sidérations, ses facéties. C’est le gras de l’enquête. Les choses simples de la vie le seront-elles encore ? Comment va-t-on gérer le quotidien ? Surprises et déceptions sont au rendez-vous. Ce qu’il faut prendre comme une excellente nouvelle – le neuf ne viendra sans doute pas de là où on l’attend.
5. (Travelling) La mobilité.
Un travelling nous amène ensuite sur la mobilité à laquelle le chapitre entier est consacré parce que la planète sera un immense terrain de jeu que l’on visitera, mobile ou immobile.
6. (Voix off) Des hybridations, des miettes, des inquiétudes
Ensuite une voix off chuchote dans un court interlude qu’il faut sans doute faire confiance aux artistes mais se méfier des chuchoteurs. Ce qui menace les vingt ans qui viennent c’est sans doute l’indécrottable et méchante bêtise…
7. (Bonus) De quelques paradigmes
Des bonus permettent d’introduire quelques paradigmes éclairants : la musique, les médias, les marques, les mythodromes, le luxe – la panoplie de l’homme moderne des vingt ans qui viennent ?
8. (au travail pour le prochain script) Nuages, carrefours
Enfin on s’intéresse à deux passeurs, Pisani et Grunitzky, qui incarnent sans doute les réponses les plus enthousiasmantes et les plus virulentes aux théories du complot : une pratique de la lumière.
9. (micro-trottoir). Début et fin
Après une illustration par le réel, on vous propose en annexe une série de mantras prospectifs. A déguster en silence car si les tous témoignages recueillis dans cette enquête sont forcément sujets à caution, ils sont aussi «un lieu de construction des mémoires collectives des sociétés actuelles [1]» et, tous, le point de départ de visions dont la subjectivité est peut-être toute la richesse.
Nous verrons bien.
Cette enquête n’est pas un ouvrage collectif – je prends la responsabilité de ce que j’écris et des citations que je convoque – mais c’est une forme de travail à plusieurs. Lire, écouter, regarder entraina une collaboration secrète et bienveillante avec tous les témoins et protagonistes.
On aura beau jeu de contester tel scénario taxé d’une banalité décevante, telle piste improbable, telle contre-vérité qui seront dénoncées le lendemain de la lecture de ces pages. Ce qu’on va lire relève de ce que les gens imaginent. Le grand moteur d’aujourd’hui c’est la coopération entre experts et amateurs (frontière floue), entre consommateurs et producteurs (partenariat à la mode)…Tant que faire se pouvait j’ai essayé de rendre crédit à mes inspirateurs.
Enfin, le lancement d’un film ne se faisant plus aujourd’hui sans sa campagne de publicité soutenue par un slogan plus ou moins mystérieux et prometteur, cette enquête ne pouvait en faire l’économie. Voici donc quelques épigraphes. Première accumulation. Il va falloir s’y faire. Le futur en sera saturé.
Nous pénétrons dans le 21ème siècle avec les pouvoirs d’un demi-dieu et les instincts d’un primate.
Thierry Gaudin
Le futur a été créé pour être changé.
Paulo Coelho
Ne t’écarte pas des futurs possibles avant d’être certain que tu n’as rien à apprendre d’eux.
Richard Bach
Philosophiquement parlant, la mémoire n’est pas un prodige moindre que la divination du futur.
Jorge Luis Borge
Je ne pense jamais au futur. Il vient bien assez tôt.
Albert Einstein
L’urgence, c’est le pressant avenir immédiat … le futur en train de se faire présent.
Vladimir Jankélévitch
… une fois qu’on a goûté au futur on ne peut pas revenir en arrière.
Paul Auster
Pour voir le futur, il faut regarder derrière soi.
La Bible
Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement.
André Breton
Les empires du futur seront spirituels.
Churchill
Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur.
Churchill
Le futur n’est plus ce qu’il était.
André Fontaine
Le futur appartient à celui qui a la plus longue mémoire.
Nietzsche
Je préfère un futur imprévisible à un futur imposteur.
Maurice Schumann
La sagesse du futur, celle qui évitera le suicide de l’humanité, ne consistera plus à gagner du temps mais à le remplir, à le vivre, à en prendre toute la mesure.
Jacques Attali
Le futur c’est tout de suite
Guy Sorman
L’avenir est trop immense pour qu’elle l’imagine, il arrivera, c’est tout
Annie Ernaux
Le futur peut exister indépendamment de l’avenir qui lui n’est certain de rien. Le miracle serait que nous puissions marcher sur l’abîme.
Mais les miracles
Ne sont pas éternels
Michel Gorsse
Et surtout…
… le futur est déjà là. Simplement, il n’est pas réparti de manière uniforme
Robert Metcalfe
… c’est bien en effet ce qu’on va constater : un assemblage hétéroclite de champs temporels.
Au fond personne ne sait rien sur rien. Le futur, c’est très intéressant, c’est très instable, c’est tout de suite, dit donc Guy Sorman dans son blog. C’est bien là le propos. Ce futur incertain n’est peut-être que notre présent en costume.
Bien sûr, le trivial et le futile sont de la partie.
Peut-être surtout ça : la banalité quotidienne. Mais on peut toujours la réenchanter. C’est très tendance, le réenchantement, c’est preuve de bonne humeur et de bonne volonté. C’est notre liberté et on va en avoir besoin.
Classé dans : Le Blog de Christian Gatard

le 13 avril 2009
L’essentiel de ce mois est disséminé dans l’ensemble du blog. Pour autant les pépites dévoilées y sont nombreuses. An acquired taste, comme ils disent.
le 4 avril
à écouter d’urgence www.alexjacquemin.com
ZANCHIN
27 mars
Au , un chakra d’énergie et de conscience? Il régule la descente vers le Vieux Port. A vérifier.

le 20 mars
Sur l’Hudson, New York, il y a quelques jours.

le 17 mars
… en miroir avec le blog de David Genzel : le premier commentaire sur les photos d’Olivier Roller.
http://davidetceline.over-blog.com/
L’exploration des photos d’Olivier Roller de publicitaires s’annonce fabuleuse, de l’ordre de la fable, du récit légendaire. Chevalerie sans sourire. Les sourires sont bannis? C’est que le sourire est un masque qui cherche à neutraliser le voyeur. Débarrassés de cette inutile et vaine connivence, les visages racontent une histoire tumultueuse, assourdissante. Cohorte urbaine, les publicitaires peuplent la ville et jouent le rôle de turbulents mascarons descendus des façades. Leur métier n’est il pas précisément de faire parler les murs! En chaque image, chaque visage, un silence intense, comme le recueillement avant le tournoi, le bivouac avant la bataille, l’oeil du cyclone avant la tempête. Chaque photo est une histoire puissamment individuelle et exclusive. L’accumulation des photos crée, elle, une sidération: quelque chose d’absolument unique appartient à chacun, est partagée par tous.

(à suivre)
… à part ça, ce projet d’installation de dayak apotropaïque. Il sera bientôt en Touraine. Les figures de mythodromes se construisent peu à peu. Pour mémoire: le mythodrome des mascarons a son blog, celui des serre-joints et celui des objets aratoires restent à affiner…

ces mythodromes seront bientôt racontés dans le séminaire de Pascal Ory à l’EHESS. J’en dirai deux mots bientôt…
et il y a toujours ça:
Pour comprendre le monde d’aujourd’hui et celui qui se prépare, dans ses multitudes et ses paradoxes, pour s’y reconnaître et s’impliquer, e-dito propose son HUB. Hub ? … une sorte de « multi-prises », un concentrateur qui permet de faire communiquer entre eux le monde réel, les univers virtuels du net, les études sociologiques et la création culturelle.
C’est un matériau composite de nouvelle génération. Du « dur », du « soft », du « prospectif »…
Le « dur » du Bureau d’Etudes est situé 3 rue Aumont Thiéville à Paris 75017. Il propose aux acteurs de l’économie, de la culture et de l’industrie des études qualitatives internationales. Des études ad hoc et des centaines de références dans tous les domaines. Gatard et Associés fête cette année ses 25 ans d’activité.

Le « soft » c’est le site e-dito.com, le cabinet de curiosités de Gatard et Associés. 8 années de présence sur le net. Regards, analyses et bonnes prises sur le culturel qui explique et implique.

Le « prospectif », ce sont les nouvelles méthodologies d’études, de regards et d’intelligences sur le monde vers lequel on va. Nos vingt prochaines années ?

Ce HUB, vous y êtes…
To find one’s way and get involved, to make sense of today’s world and predict what the future holds (in all its diversity and paradoxes), Gatard & Associates is proud to introduce its HUB. Simply put, the HUB is a space where different worlds converge: the real world, virtual universes, market research and cultural creativity. What is this HUB made of you may ask? Of ‘hardware’, ‘software’ and ‘forecasting’… The ‘hardware’: our offices located at 3 rue Aumont Thiéville in Paris’ 17th district. A meeting ground for businesses, cultural representatives and ad hoc qualitative researchers. Given its credentials – Gatard & Associates is celebrating its 25th year in 2009 -, the hub has already accumulated hundreds of references from which to build upon. The ‘software’: our website – www.e-dito.com – and its busy blog, or 8 years of comments, analysis, creativity and human involvement. The ‘forecasting’: new research methodologies, fresh intelligence and eye-opening insights into what is about to unfold.
Ci-dessous, toute l’actu des curieux, n’ayez pas peur, enfoncez vous dans la page…![]()
le 15 février
Dans la série découverte voici Bernard Duplé. Un type qui nous écrit
… moult remerciements pour vos sites associés vos liens divers et variés et e-dito / pure merveille d’un siècle plein de futur basé sur nos cultures multi-polaires / j’ai passé deux après midi entier de surf , j’en ai des crampes à la souris et un affolement des zygomatiques, /émoustillement neurologistique, perfectionnement oulipiste, métamorphose linguale ….
on ne peut pas rester de glace… alors on va y voir de plus près…

La recherche de Bernard Dublé dit “GK”, aidée pendant plus de 10 ans par le laboratoire Conception Produits Nouveaux de l’Ecole Nationale Supérieure Des Arts et Métiers de Paris, a abouti à la numérisation d’une forme archétypique nommée Lolart ©. Lolart © est horizontalement un poisson, verticalement une femme et en position renversée un vase. C’est une oeuvre anthropo-zoomorphique, un « courant d’Art Techno Conceptuel Métaréaliste ». Avec son concept de découpe Lolart ©, Bernard Dublé travaille depuis plus de 20 ans, principalement la sculpture. Il exploite tous les vecteurs de l’Art Contemporain en utilisant la forme à différentes échelles, en positif ou négatif, aussi bien pour les peintures, les installations que les vidéos. Il a exposé à Paris, Bruxelles, Château Royal d’Amboise, Tours, Rambouillet, Chatou, Nantes, Monts, Issy-les-Moulineaux, Il a vécu à Nice, Paris, Tours…
On lit sur son site: Avec le « lolartisme » le visible et l’imaginaire vont se côtoyer comme l’ombre et la lumière… Duplé est sur des pistes qui nous sont familières… à suivre, donc.
14 février
Philippe di Folco a le goût de bien des choses. Voici son GOÛT DU SEXE au Mercure de France qui donne envie de se replonger dans Fleur en fiole d’or , dans Pierre Louÿs et tous ces garnements et garnementes lubriques et charmant(e)s…

4ème de couv’: Depuis toujours, la littérature s’intéresse au sexe et le sexe s’immisce dans la littérature : des milliers de références en témoignent, l’Enfer pour les uns, un Paradis pour d’autres. Loin de l’interminable et répétitif catalogue de galipettes, positions et fétichismes, cette anthologie privilégie le style, l’inventivité, la richesse du vocabulaire, l’humour, l’originalité et la sincérité des situations. On prend goût, on prend plaisir à lire cette littérature quand la langue s’y fait labile et aventureuse, et met en scène désordre, luxure et volupté, dans un débordement des imaginaires qui semble vouloir nous révéler quelques secrets… À explorer en compagnie de François Rabelais, Colette, Pierre Louÿs, Louis Aragon, Georges Bataille, Guillaume Apollinaire, Jean Genet, Stendhal, André Pieyre de Mandiargues, Nina Bouraoui, Oscar Wilde, Guillaume Dustan, Marguerite Duras, Bret Easton Ellis, Jacques Serguine, Marie Nimier, Sade, Martin Amis et bien d’autres…
moins coquin mais même sujet:
Olivier Parent http://www.avenir.youvox.fr/ accueille cette semaine mon idée de – Psychodrome à écran - Son projet de journalisme prospectif explore avec bonheur les horizons qu’on se prépare. Dans ces fragments et ces passages furtifs se dessinent l’histoire de nos désirs. Ce texte est aussi en ligne dans L’ESCALE PROSPECTIVE (voir en haut à gauche sur cette page).
et aussi cette semaine:
Delphine Volange et un récital sidérant http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=169305373
Michel Lascault et les poésies de Charles d’Orléans
Jean-Francois Minne et le barouf à Neuilly
Philippe di Folco et les photos interdites d’Evgueni K.
Philippe Cahen et les signaux faibles
Benoît Peeters et Les Impressions Nouvelles
Brice de Villers et les machines désirantes
Jean-Yves et Sophie Corre et leurs blogs effrontés
Concert de Delphine Volange – intense, sidérante artiste – samedi soir 7 février à l’Archipel,
De quelle planète vient-elle? Volange est-elle déjantée ou gravement lucide? Vous choisirez.
Elle chante des mots signés Brigitte Fontaine, Marie Nimier, Thierry Illouz, Françoise Mallet-Joris, Isabelle Adjani ou d’elle-même (majoritairement) sur des musiques de Ferdinand Berville, Serge Gainsbourg, Bertrand Belin ou Marc Gauvin.
Sa voix cristalline se fait émouvante à souhait lorsqu’elle évoque son mal intérieur ou les voyages immobiles, suave sitôt qu’il s’agit de se rendre chez Ladurée ou Bonne maman, percutante si on la traite de “précieuse” ou face à la rumeur du monde, sensuelle à l’évocation de bijoux délicats ou de Paris Hilton.
http://www.myspace.com/delphinevolange

… et voici un monde à mi-chemin du quinzième siècle et d’aujourd’hui. Un monde avec des princesses lointaines, des hommes dévorés de solitude, avec des guitares électriques et des saxophones.

Michel Lascault, accompagné de Sandrine Liochon, qui lira les textes dans leur version originale, présente son nouvel album :
Chansons d’amour du quinzième siècle
le mercredi 11 février 2009
au Centre de la chanson
24, rue Geoffroy-l’Asnier
75004 PARIS.
De 18 à 20 heures.
Métro : Pont-Marie ou Saint-Paul
Parking : Pont-Marie
14 titres, poèmes ou chansons du quinzième siècle, principalement de Charles d’Orléans, mais aussi de Christine de Pizan et d’anonymes.
Ont mis leur touche dans cet album Eric Löhrer, Bubu Bricole, Travis Bürki, Xavier Ferran, Annie-Gabrielle Mallet, Virgile Vaugelade, Stanley Smith, Vincent Lepape, Alan Ward, Fabien Krzyzanowski.
Titres en écoute :
http://mlascault.free.fr/CD/quinziemesiecle.htm
7 février
Déjeuner hier avec Jean-François Minne qui a publié HOLD UP SUR LA MAIRIE DE NEUILLY

Quelle chose étonnante que ce livre pétillant, impliqué, ( embedded, faudrait-il sans doute dire), effronté et militant. Récit de navigateur dans un 92 rugissant, mugissant, c’est un parcours hors d’haleine dans un microcosme qui se bricole au jour le jour entre morceaux de bravoure et miettes pusillanimes. Effet garanti ! Nous avons eu des parcours parallèles, Minne et moi, des doubles vies qu’on ne se soupçonnait pas. Pendant que je m’aventurai au cœur de Bornéo chez les tribus dayaks, il ne prenait pas moins de risques dans les tribus de l’Ouest parisien. Nous étions donc décidément de la même cohorte : des buveurs de café fort.
4 février 2009
une info de Philippe di Folco, donc prioritaire: une expo très curieuse, ethnobizarre (organisée par Thomas Chaumont), qui sera ouverte le mardi 17 février
“PRUTJIA”
Photographies interdites d’Evgueni K.
présentées par Sydney Applebaum (PHOTO JOINTE)
Evgueni K., né en 1969, est un photographe de mode né en Russie, menacé par la censure dans son pays. Une première en France.
Galerie Bar Le Politburo
25 rue du roi de sicile
75004 Paris
19h. – Minuit.

3 février 2009

La nouvelle vie d’e-dito se met en place. Voici une contribution de notre philosophe maison, Brice de Villers. Histoire de remettre les choses à leur place.
Dis-moi comment tu fonctionnes…
Pour expliquer, justifier, excuser un comportement, nos contemporains ont de plus en plus recours à l’ expression « c’est comme cela que je fonctionne ». A-t-on affaire à des machines, à des organismes génétiquement robotisés ?
On sait l’influence des neurosciences et des théories comportementalistes – depuis le fameux behaviorisme des années 30 – sur la démarche et les soutiens psychologiques en tout genre. Mais qui est au principe de ces fonctionnements ou dysfonctionnements ? mon corps ? un amas de cellules ? un tas de neurones plus ou moins bien organisés ? un enchaînement de fonctions saisis dans une chair ? Dans toutes ces hypothèses, ce qui fait ma particularité d’individu disparaît derrière la transparence d’un système dont le « fonctionnement » est descriptible et surtout prévisible.
Loin de revendiquer une histoire, des intentions, des doutes ou des désirs, « je » fonctionne comme une bonne vieille machine à écrire, à parler, à me déplacer, à tousser ou à hoqueter comme ma guimbarde qui par ces frimas a du mal à démarrer.
Chacun en vient à parler de soi non plus comme « qui » il est mais comme la manière dont il se donne à décortiquer.
Bien sûr, me direz-vous, c’est l’environnement techno-scientifique qui favorise cette lecture de soi mais ne serait-ce pas plutôt une facilité de langage et d’action qui nous ferait oublier notre liberté, nos choix, nos décisions bien plus difficiles à comprendre et à faire comprendre ?
Bizarrement, on « fonctionne » ou , plus souvent d’ailleurs, on « dysfonctionne » , pour parler vulgairement, on « pète les plombs » de l’armoire électrique que nous sommes devenus mais en même temps, on s’imagine unique, particulier, singulier , en un mot, un Narcisse pour magazine.
Lorsque Deleuze et Guattari parlaient de « machines désirantes », ils échafaudaient un mécanisme organique animé de pulsions proprement humaines, le désir, le délire, la frustration, le vouloir-dire.
Si l’on en vient à réduire la « machine désirante » en simple machine, c’est toute l’aventure de l’individu qui se trouve atrophiée, parce que lui manque les hésitations, ratés, essais et réussites qui font de la vie de chacun de nous tout sauf un programme coordonné d’actions que le moindre plombier pourrait surveiller et réparer si besoin est.
Si tu me dis comment « tu fonctionnes », je ne te dirai pas qui tu es mais ce que tu représentes comme ensemble d’organes explicables et descriptibles.
Machine si vous voulez mais toujours et en même temps désirante
La video de l’apéritif littéraire du 16 janvier 2009 filmé par Vladimir Peeters. Moments épiques.



Belle réussite de l’apéritif littéraire de vendredi. Une centaine de personnes, des trouvailles et des retrouvailles. Bref un passage dans le monde réel. Luc Dellisse résume bien ce qui s’est passé : l’écoute, la rencontre, l’accueil fait aux auteurs – l’ambiance, le sentiment de participer à une manifestation culturelle de qualité et « d’en être », bref, l’effet « rendez-vous d’e-dito » – les ventes, l’intérêt pour les livres, la circulation du catalogue – la reconnaissance du travail des IMPRESSIONS NOUVELLES : un éditeur qui ne publierait que de bons livres, qui n’auraient que des auteurs intelligents.
En 2009 nous allons tenter une nouvelle expérience avec e-dito. Nous allons inverser les polarités. Nous allons transformer le site en blog – même nom , bien sûr, même adresse sous wordpress. Le site sera la salle des archives, il restera donc présent. J’expliquerai tout ça bientôt.
Le vendredi 16 janvier, apéritif littéraire au 3 rue Aumont Thieville dans le 17ème à Paris. Flyer ci -dessous.

Quelques tips, genre cadeaux de nouvel an:
Tout d’abord , le dernier livre de Benoît Peeters – ECRIRE L’IMAGE, un itinéraire – Passionnant récit d’apprentissage, essai et autobiographie, c’est un livre qui se lit comme on écouterait la narration d’un explorateur revenu d’un voyage haut en couleur dans le Paris littéraire et intellectuel des deux ou trois dernières décennies. Peeters est tout à la fois créateur et observateur participant, actif et attentif, écrivain et cinéaste, scénariste et essayiste, éditeur et concepteur d’expositions. A vous couper le souffle. Et encore vous n’avez rien vu. Ce livre n’est qu’une étape. Lecture de bivouac. Il est déjà en route vers ses nouvelles aventures.
Ensuite, une visite du site A.Word.A.Day créé, piloté, alimenté avec une belle énergie par Anu Garg à l’adresse: http://wordsmith.org
Wordsmith est une communauté en ligne d’un demi-million d’internautes qui se délecte tous les matins de mots nouveaux ou redécouverts, de vocabulaires revisités, des jeux de mots, de tournures de phrases. C’est en anglais. C’est un vrai bonheur. Les mots sont des plantes vivantes dont les racines vont jusqu’au commencement de l’histoire.
le 19 décembre , j’ai écrit ceci à Jean Yves Corre
il me répond cela:
arrêtez, je n’en peux plus, j’ai failli me pâmer de satisfaction.
Pour conclure sur cet échange disons que cela s’appelle de la cross fertilisation.
Le 18 décembre
Sophie Corre vit sa vie de Corre. On a vu Jean Yves Corre faire des siennes avec son blog des Ménagères http://corre-housework.blogspot.com/

la voici avec les Aventures d’Annie Maillart http://anniemailart.blogspot.com/

Voyage chez les CORRE. Vaut le détour ***. Créatifs, disruptifs, peur de rien, ces deux-là je leur ai promis un dîner à La Cigale à Nantes… d’autant qu’à Nantes les mascarons en cohorte nous feront la fête dans l’Ile Feydeau
sur DELPHINE VOLANGE d
Nous nous sommes rendus ensuite à L’Archipel pour le récital de Delphine Volange..
Delphine fend la salle en déshabillé de soie rose, verre d’alccol dans une main, et cigarette bio dans l’autre. Fatale et déglinguée, irrésistiblement drôle, elle nous plonge aussitôt dans sa petite folie “précieuse”, quand elle lâche comme une petite fille les mains serrées sur les tempes : “J’ai une intense vie spirituelle mondaine” ! On rit mais on tremble quand elle reprend Dommage que tu sois mort de Daho ou encore La gare du Maine-Montparnasse de Marie-Paule Belle. Céline et sa soeur Michèle n’oublieront pas de longtemps les trépidements intérieurs de cette ravissante femme au coeur fragile.
De la part de Anne Nguyen
Mademoiselle (de) Volange possède la grâce et l’esprit que sa noble filiation pouvait laisser pressentir, une voix enchanteresse, d’une voluptueuse ingénuité. Elle tient son personnage, que l’on imagine sans la connaître une tendre caricature d’elle-même, au plus près du bord, de ses multiples contours et sans jamais verser. On aurait aimé les musiciens, qui tous la servent avec talent, en nombre plus restreint dans un format si intimiste ou plus ouvertement complices dans un jeu de scène à l’équilibre. Mais ce fut une très belle soirée et je souhaite à Delphine encore beaucoup de roses pareilles au velouté de sa voix et à la délicatesse de ses tenues.
De la part de Claude Grunitzky
Merci pour ce sublime concert d’hier. j‘ai été très heureux de vivre ce moment de bonheur et d’émotion, en écoutant les nouveaux morceaux et la nouvelle version des bas filés. Cette nouvelle orientation jazz/soul a résonné fortement en moi parce que j’y ai trouvé, exprimé avec talent, une vérité qui correspond à l’image que je me fais de toi depuis presque dix ans. bravo, aussi, pour ce court métrage, que j’ai trouvé bien illustré et… hilarant. bises, et à bientôt.
de la part de Francoise Gallo
Bonjour, j’ai beaucoup aimé le spectacle de Delphine, hier, complet et irrésistible de drôlerie décalée, de charme. Elle a beaucoup de talent, c’est une artiste complète et elle semble très bien mener sa barque! Merci beaucoup à vous pour cette découverte et tous mes compliments à Delphine!
&
L’Expo Yvonne Behnke continue jusqu’au 6 décembre. J’ai fait une petite intervention sur LE PEUPLE DES TETES COUPEES samedi 22. Les sourires bienveillants des uns, les regards brillants de curiosités et d’étonnements des autres m’ont laissé à penser que les mascarons allaient avoir quelques amis de plus et que certains lèveraient la tête plus souvent vers les façades. Que de bonnes nouvelles.
L’expo d’Yvonne mérite le détour. Les visages qu’elle propose sont travaillés à l’eau et au jet tout comme les mascarons le sont par les intempéries. Cette fraternité du destin ne passa pas inaperçue…
Ma présentation a effectivement quelque chose comme ça…A ma gauche : la (fausse) naïveté, la vulnérabilité (prétendue) du peuple des pierres, tribus figées dans les façades, prisonnières des intempéries et du silence des passants. A ma droite : la ruse de la peinture, le couvert des galeries d’art, les exclamations des admirateurs. Deux armées s’observent, chacune sur leurs hauteurs. La première s’adosse à l’éternité, la seconde à l’éphémère. La première a oublié le monde des vivants, ses armes sont le silence et le vent. Elle est à l’extérieur, elle donne sur la rue, se voit de la rue, est exposée aux éléments. La seconde est le cri même des vivants, ses armes sont la conversation et la protestation. Elle est à l’intérieur, elle ne s’expose (précisément) qu’à l’intérieur. Peuvent-elles jamais se rencontrer si un mur les sépare, les met dos à dos, leur interdisant de jamais laisser se croiser leurs regards… ?
Pour en savoir plus cliquez à gauche dans la catégorie LE PEUPLE DES TETES COUPEES vous y lirez le papier de Myriam Gallot sur mon bouquin éponyme.
le site d’Yvonne: yvonnebehnke.com/ -
ca se passe là: Espace Tristan Bernard 64 rue du Rocher dans le 9ème
Christian Gatard est à la tête d’un Institut d’études internationales de marchés. Il est le fondateur du site www.e-dito.com, dédié à la création littéraire et à la recherche psychosociologique.
Ses études de littérature anglaise et de sociologie s’enrichissent d’expériences diverses. L’année 1969 est consacrée à Steve McQueen qu’il accompagne en tant qu’interprète sur un film. En 1971, lecteur de français en Corée du Sud, il rentre en délicatesse avec l’Ambassadeur de France après un dîner où leurs conceptions de l’ésotérisme élisabéthain ne concordent pas.
De retour en France il traduit des essais de psychanalyse qui paraissent chez Calmann Levy. Il crée bientôt avec quelques amis, en parallèle avec son Institut, dans un loft sur le Canal St Martin, « Au Lieu d’Images » un garage à musiques, théâtres et arts plastiques. Il monte des installations sur l’imaginaire des objets aratoires, puis sur les bêtes à cornes.
Son institut prend son véritable essor avec l’arrivée de Thierry Tricard, au début des années 90. Leur association fait merveille et Gatard & Associés s’installe solidement sur le marché.
Profitant de nombreuses missions d’études en Asie, Christian Gatard visite Bornéo à de nombreuses reprises, de 1980 à 1995, jusqu’à la parution de L’Ile du Serpent-Coq, son premier roman. Il publie De Conchita Watson le ciel était sans nouvelles en 2001. Et en 2003, En respectant le chemin des Dragons. Trois ouvrages qui se réfèrent au réalisme fantastique.
Le Peuple des Têtes Coupées, un essai sur les mascarons, paraît en 2005 et Bureau d’Etudes en 2008.
Gatard et Associés est une des dix premières sociétés d’études qualitatives en France
Récit de société
L’enquête sur les mascarons

La trilogie du i (avec Conchita, encore partie en ballade…)
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Classé dans : je me souviens...
Le lieu est connu de tous, dans ses déclinaisons diverses, la classe de ma première année d’école, quelque part au mois de septembre 1983, alors que dans le silence obtenu sous la menace, nous recopiions, mes camarades et moi, les 26 merveilleuses lettres de notre alphabet, je pris soudain la mesure d’un don. Je m’aperçu, par un hasard divin que je devais retrouver plus tard, que je parvenais à écrire les yeux fermés. Que ma main seule alors continuait de reproduire ces runes dont l’usage m’était encore tout à fait étranger. Je tente l’expérience une seconde fois, une troisième fois. La chose est acquise. Autours de moi, les têtes sont restées penchées sur leurs cahiers, ignorantes des risques de la scoliose et de mon pouvoir sur les lettres et sur le monde. Je demande l’autorisation à l’institutrice de m’approcher de son bureau. Je me lève, me dirige vers elle. Arrivé à ses côtés, je déclare, à voix basse : « j’écris les yeux fermés ». C’est mon premier souvenir d’enfant, et dans ce premier souvenir, je me souviens distinctement du hurlement qu’elle a alors poussé, en lieu et place de l’admiration que j’attendais : « mais il est fou celui-là, il écrit les yeux fermé ! Retourne à ta place ! ». Je suis retourné à ma place sous les regards amusés de ces petits écoliers consciencieux dont je ne me fis aucun ami. Ils n’avaient rien compris,… heureusement !
Hassan NASSER
Classé dans : Le Blog de Brice de Villers
C’est pour rire ?
La dernière trouvaille venue illuminer le monde de l’économie numérique porte ce joli nom, si paradoxal et délicieusement intraduisible de « serious gaming ». De quoi s’agit-il en réalité, pour susciter davantage d’enthousiasme, à en croire les propos tenus à son sujet par Nathalie Kosciusko-Morizet, notre si réputée Secrétaire d’Etat chargée des nouvelles technologies, que de circonspection ? Le « serious gaming » ou « activité ludique et amusante nourrie de sérieux » vise à exploiter les nouvelles configurations et potentialités des jeux vidéos pour les exploiter dans d’autres domaines de l’économie numérique. C’est un peu, au fond, comme si le jeu de l’oie pouvait – et devait- devenir un nouvel outil de management, ou le Monopoly faire office de manuel de gestion immobilière (ce que certains investisseurs ont d’ailleurs pu croire un peu vite…). Nous voilà bien loin de la définition devenue classique de l’écrivain Roger Callois qui, dans le remarquable essai sur Les jeux et les hommes, relevait les caractéristiques du jeu comme « une action libre, sentie comme fictive et située en dehors de la vie courante, capable néanmoins d’absorber totalement le joueur ; une action dénuée de tout intérêt matériel et de toute utilité (c’est moi qui souligne) ». On se pince pour y croire : les jeux vidéo ne devraient plus être des « actions dénuées de tout intérêt matériel et de toute utilité », sensées distraire, détendre, amuser le joueur mais comporter en eux-mêmes un esprit de sérieux recyclable par l’économie numérique et l’industrie informatique dans son ensemble ? C’est à supposer qu’en tout homo ludens ( pour reprendre le titre de l’ouvrage de l’historien des jeux J.Huizinga) est tapi un homo economicus qui ne demande qu’à être réveillé. Quel domaine de l’activité humaine pourrait par nature échapper à l’intérêt matériel et à l’utilité sinon le jeu ( et peut-être encore la méditation en attendant d’être reprise par un coach avisé…) ? « Serious gaming », dites-vous, mais pourquoi pas liberté payante, amusement réfléchi, distraction productive ou loisir efficace ? A tout lire sous le spectre d’une récupération possible par les fabricants et les marchands , sous couvert d’un discours nourri d’innovation et de création d’emplois bien sûr, si jouer devient un travail, si s’amuser est on ne peut plus sérieux, travailler deviendra bientôt un jeu d’enfant…. Brice de Villers
Une nouvelle image de l’outil (mars 2009)
Un fabricant renommé de téléphones mobiles et autres instruments de communication et de transmission vante l’un de ses produits sous le slogan « l’intelligence tactile ».
Nous voilà revenus à la lecture aristotélicienne de l’outil comme prolongement de la main, alors qu’il est question d’un objet relevant d’une technologie autant nouvelle qu’avancée.
Qu’en est-il de l’imaginaire des objets portés par ces instruments issus de l’innovation technologique appliquée à la communication ?
S’agit-il de promouvoir un autre rapport entre l’esprit et le corps ou de réitérer à nouveaux frais la dialectique anthropologique si subtilement décrite par le paléontologue Leroi-Gourhan du « geste et de la parole » ?
De quelle intelligence s’agit-il dans ces outils de communication que sont les téléphones, « blackberry » et autres prothèses communicationnelles ? de la capacité de la machine de produire des informations ou de l’un de nos organes sensoriels de saisir le sens d’un message sans en passer par les synapses neuronaux ? « Intelligence tactile » disent-ils, pour mieux rejouer le vieux mythe de l’union de l’âme et du corps ou pour au contraire distinguer ce qui relèverait de la production de signification par les sens opposée au fonctionnement analytique du cerveau ?
On sait désormais que la production et la diffusion de messages reposent autant sur l’activité cérébrale que sur la perception des sens mais l’association sous forme de slogan de la faculté de comprendre – l’intelligence- à la faculté de prendre – le toucher- produit un choc d’autant plus saisissant qu’à la saisie concrète du toucher semble s’opposer la saisie abstraite des informations issues d’un microprocesseur caché dans la « carte SIM » du téléphone en question.
Sous couvert de promouvoir une innovation technologique se cache peut-être la nostalgie d’un homo faber qui n’aurait pas à attendre l’homo sapiens pour être pleinement homo. La production de nouveaux instruments de communication traduit ainsi le désir plus ou moins refoulé de griller les étapes du développement des diverses facultés de l’homme. A l’immédiateté du toucher et de la communication permises par ces téléphones répond ainsi l’abolution des médiations pourtant nécessaires à la construction de l’homme et de son rapport à autrui, à travers ce qui n’est ni intelligent ni tactile mais bien plus que cela : le langage.
FICHER / TRACER ( avril 2009)
Perec, dans un très beau texte paru en 1982 sous le titre « Penser/Classer », nous invitait à revoir comment le monde était distribué par commodité – mais pas en vérité – selon les règles rassurantes d’un code unique : deux hémisphères, cinq continents, deux genres, trois règnes ( animal, végétal et minéral), deux orientations (droite/gauche), quatre saisons,…. Il montrait ainsi que cette tendance à classer, à construire des taxinomies, pour satisfaisante qu’elle soit pour l’esprit, s’épuisait à décrypter un réel qui « ne marche pas, n’a même jamais commencé à marcher, ne marchera jamais » comme ça.
Outre toutes les exceptions qui surgissent et dépassent dès que l’on tente d’ordonner, de lisser ce que l’on perçoit, il est aujourd’hui un massif impossible à faire entrer dans une case, une colonne, une rangée : le monde de l’infiniment petit dont les sciences et les technologies se sont emparées dans tous les domaines : celui du « nano » .
Alors que de sérieux offices, de rigoureux comités, d’irréprochables commissions – à commencer par la CNIL ( Commission nationale Informatique et libertés ) cherchent à protéger le citoyen, le consommateur, tout simplement l’individu privé en contrôlant les différents fichiers où son nom apparaît, ces fichiers deviennent presque exotiques pour ne pas dire obsolètes.
Les nanosciences renvoient à la fabrication à l’échelle moléculaire de produits, instruments, outils et les nanotechnologies s’emploient à rendre possibles, à réaliser ces nouveaux dispositifs aux propriétés extraordinaires en matière de santé, de sécurité, mais aussi extra-ordinaires car utilisables pour le meilleur et pour le pire.
Ils posent alors la question de savoir comment les reconnaître pour mieux en contrôler l’utilisation : faire une fiche, rien de plus simple, mais pister le microscopique, traquer le moléculaire, débusquer l’infiniment petit de surcroît ambulant, et tout se complique.
Tracer, c’est fixer une date sur un lieu, c’est assigner un trait à un mobile, c’est signer d’une signature lisible ; mais si les nanotechniques, les nanoparticules se promènent dans un organisme, nomadisent de l’un à l’autre, divaguent dans l’atmosphère, comment assurer leur « traçabilité », autrement dit comment rédiger l’itinéraire de leur pérégrinations infinies, invisibles et changeantes ?
L’individu-citoyen-consommateur, et tout ensemble, devient un vaste univers peuplé de micro-mondes, le plus grand ensemble des plus petits sous-ensembles et du fait qu’il est lui-même toujours en mouvement, en interaction, en interdépendance avec les autres et son environnment, tout ce petit nanomonde échappe à la vigilance des antiques conservateurs des fichiers et hypothèques.
Ficher, on sait faire, mais tracer et suivre les traces sans s’égarer, s’embrouiller, confondre le petit et le très petit, le micro et le nano, le millionième et le milliardième, voilà ce qui attend notre devoir de vigilance.
Classé dans : kit de survie des curieux
Bernard Dublé continue ses facéties…
Dieu et le lapin
Un jour dieu pensif regardait un lapin bleu courir sur une île.
Le lapin cour il ne sait pas que c’est dieu qui lapin, qui lapine aussi.
Le boulanger sait qui l’a pain et Dieu regardant son lapin se demande qui l’a peint ?
Il appelle son peintre l’ange « mickey » (mickey l’ange…) Dis donc c’est quoi cette couleur bleu Klein pour un lapin
L’ange embarrassé les oreilles tombantes : c’est un pari avec ton ange préféré. Quoi ! fit Dieu interloqué : djélinajoly ? ( angélina joly…)
Oui elle en avait besoin pour le poser à cannes (yes we can)
Dieu n’était par courroucé seulement pensif en fait ça lui pétait un peu ses divines roubignolles dans son céleste tracé : des lapins bleus Klein, il le sentait bien, c’était la porte ouverte à toutes les fenêtres, un emmerde de plus à gérer dans cette planète bleu comme une orange où tout allait de travers
Il convoqua sur le chant d’un nuage un symposium avertis de puissants personnages, il y avait des émirs des vizirs des fakirs des grands et des plus petits. Messieurs dit Dieu d’un doux zéphyr : la chi enlie non.
Il fut rapidement décidé comme il était coutume en pareil cas de déterminer des classes, des familles, et des sous classes :
Lapin de première classe : lapinture , 368 familles ou couleurs 783678 sous classes ou mélanges. Contrairement à la féminité du mot chez les lapinture il n’y a pas de femelle mais trois catégories : lapinture mal, lapinture très mal et et lapinture très très mal, après c’est de l’abstrait connu aussi sous le nom de lapinsot.
Lapin de deuxième classe : la pinte, sorte de lapin au faux col de mousse blanche qui rode en périphérie des villes près des pubs, sous classe : la pintade le même avec des plumes même heures même endroits.
Lapin de troisième classe : la pimprenelle dont la sous variété rose se rapproche de lapinture famille 223.
Lapin de quatrième classe : lapince à linge dont l’ergonomie allongée des oreilles permet un étendage ventilé ou des gags à la télé.
Lapin de cinquième classe : lapimpon souvent pris pour des délateurs car à plusieurs ils peuvent appeler la police.
Lapin de sixième classe : lapincée : lapin schizophrène qui ne sait si lapin sait ou lapin c’est
Il ne peut non plus savoir qui l’a peint, Dieu, mickey ou le boulanger.
Lapin de septième classe : l’appendicite lapin dixit et tous les autres lapins petits grands moyens de droites et de gauches.
Puis, fatigué, Dieu pris, comme n’importe quel quidam, son dimanche : jour d’ouverture de la chasse : Dieu hait le lapin…
Bernard Dublé s’amusait déjà grave en avril !
On ne le connaîssait pas encore bien mais on le soupçonnait de piloter son hydravion à hélices ADN sans permis. On a suivi à la trace.
les gens et laid jean
Les gens ne savent pas qu’ils sont des gens, même si certains Jean parmi les gens savent qu’ils sont laids, c’est pourquoi nous les appelleront indifféremment les gens et laid jean
Les gens sont drôles et intéressants….à observer mais vivre avec ces étranges créatures qui nous ressemblent tant et que nous abhorrons tant est tout aussi insupportable.
Certains ne seront jamais nous même, heureusement, d’autres peut être.
Parler des gens c’est parler de soi de tout de son contraire, ne sont ils pas la propre projection de nos rêves les plus fous et de nos cauchemars les plus féroces ?
Depuis des siècles, des tentatives multiples et variées ont permis de définir des catégories, des listes, pas très objectives, mais plus ou moins efficaces pour séparer et différencier les individus pour les soustraire aux gens.
L’utilisation de critères tout aussi déplacés les uns que les autres ont servis tel que : la religion, la morale, la couleur, le sexe, l’éducation, la morphologie, la psychologie, le jardinage ou le papier peint…
Mais à force de dire que l’on est de tel ou tel « différenciant » l’on se rapproche et l’on s’éloigne de ce qui nous définit et nous contredit.
Pourquoi pas plus l’un que l’autre ce qui se nomme ou ce qui s’en déduit.
Nous allons procéder à une nouvelle tentative à l’aide d’instruments syntaxiques plus pertinents. Cette nouvelle grille offre deux entrées supplémentaires : les préfixes et les suffixes.
Exemples : négli-gens, inteli-gens, intransi-gens, mélan-gens, vermifu-gens, fourra-gens,
gens-tils, gens-bon, gens-brouille, gens-cherche, gens-passe, gens-pile….
Sans entrer dans les détails de la géométrie non Euclidienne, l’on se rend rapidement compte que cette nouvelle donne linguistique ouvre des portes à une interprétation de la théorie des Ensembles. Gens est devenu le centre d’une interdépendance entre préfixe et suffixe en plusieurs dimensions et couches de probabilités successives. Cela pourrait se représenter comme une hélice ADN avec ces plateaux, ces concordances, ces répétitions ces extrapolations..
Du coup les gens ne sont plus quatre lettres mais bien la réalisation de leurs choix par l’approche descriptive ci jointe : un négli-gens-brouille aura du mal à réaliser sa voie alors qu’un inteli-gens-cherche non ; de même un « intransi-mélan-fourra-gens-passe-bon-brouille » ne sera pas forcément bon aux poids et altères, car le poids désaltère…
Bernard Dublé
Atelier
15, place Dublineau
37000 Tours
France
Tél /Fax : +33 (0) 625 573 575
http://www.bernard-duble.com/
Classé dans : Le blog de Luc Dellisse
17 mai 2009
Le fil d’or d’Henri Van Lier
Commencer un blog par un tombeau : celui d’Henri Van Lier, l’esprit le plus délié qui soit, le plus universel, le plus inventif, sous les apparences d’un philosophe de 87 ans, qui a gardé jusqu’au bout un regard enfantin et savant sur le monde visible. J’ai appris sa mort par hasard, et à travers la fumée de son absence, je le revois, vivant et joyeux, à quelques-uns des moments les plus lumineux de ma vie.
Il est rare qu’un homme soit aussi intéressant qu’un livre – aussi vif, aussi divers, aussi accompli. Il est rare qu’entre l’entretien infini de la lecture avec Marcel, ou Vladimir, ou le gros Beyle, et les circonstances bien réelles d’une conversation avec un être vivant, dans un appartement inconfortable, sur un siège en bois dur, nous éprouvions, à choisir le second terme, autre chose que de la résignation. Il est rare que la vie réelle, sous les apparences d’un homme vif et maître de lui, vous offre quelques-uns des charmes propres à la littérature. Le plaisir de l’échange et de la vitesse est une circonstance si foncièrement textuelle que si nous la rencontrons soudain, dans la vie pratique, nous avons le sentiment de rejoindre, enfin, par une porte grande ouverte, le roman.
Mes rencontres avec Henri Van Lier sont de cet ordre : des moments de vraie vie, les yeux tournés vers l’intérieur, le corps transformé en personnage, inscrit dans un temps parallèle, branché sur la langue, en prise directe, et des raccourcis temporels, et de brusques sauts dans le vide.
L’espace où se déployait sa parole enchantée appartenait au genre merveilleux.
Je pouvais sonner à l’improviste. Il m’accueillait avec une exclamation joyeuse, un peu penché en arrière, avec un geste parallèle des bras pour encadrer mes épaules, sautant de son rêve dans un autre et s’exclamant sur un ton de surprise métaphysique : « Mais qu’il a l’air en forme ! qu’il est pétillant d’intelligence ! et de malice ! », compliments si excessifs que seul son parti-pris de m’évoquer à la troisième personne permettait de les écouter en souriant.
Je l’ai connu dans deux maisons distinctes, où quel que soit le nombre réel de pièces disséminées autour de nous (ces vieilles demeures bruxelloises sont des labyrinthes), tout se ramenait en définitive à une chambre d’étudiant ascétique et inspiré.
Réduite à la dimension d’un théâtre de la pensée, elle comprenait un bureau en bois, un ordinateur de première génération, une étagère chargée de très peu de livres, deux grandes photos morbides de mes hôtes, sorte de memento mori souriant, comme pour faire contrepoids à l’amas des partitions sur un piano droit, Bach et Beethoven en tête, un lit recouvert de coussins qui figurait un canapé du Banquet de Platon, et sur lequel Henri faisait une courte sieste, après son frugal déjeuner. Ce déjeuner, préparé par Micheline, et que j’ai partagé bien des fois, se serait borné à un repas philosophique, une pure idée alimentaire, avec ses olives, ses tomates, son fromage séché, son pain complet, son très bon café, si par amitié pour le goinfre que j’étais, Micheline n’y avait adjoint du vin, des sandwiches au crabe, des fondant aux myrtilles, délices qui suggéraient à Henri des vues ingénieuses et plongeantes sur le génie viticole de la France et sur l’inventivité alimentaire de l’Occident, sans qu’il songe pour sa part à goûter ces mets fastueux.
Je montais avec Micheline jusqu’à son atelier sous les combles ; je circulais dans la couleur et dans l’ardeur comme dans une Grèce mythologique : les têtes de taureau, le sang des arènes, la parole peinte et répandue en mots plus noirs que le noir, déroulaient une fresque éclatée. J’aimais la peinture de Micheline. J’aimais cette inspiration livresque transformée par la main en purs objets visuels et tactiles, en impacts dessinés, dressés devant nous comme les lambeaux d’une affiche sur lequel le monde, un jour, aurait été fixé. J’avançais, je reculais, j’étais pris dans les oscillations d’un réglage rétinien. Je me sentais minuscule et vivant. Nous redescendions.
Henri était réveillé, son écran allumé, quelques albums ouverts étagés, un numéro de La Recherche, des abstracts d’études biologiques en anglais. Ses mains maigres cherchaient l’ancrage – avec lui, la pensée manuelle n’était pas une clause de style, c’était une figure de l’esprit. Il portait son corps enroulé autour de lui comme une couverture, absent au monde mais merveilleusement inscrit dans le vif de l’instant.
La période où je l’ai vu le plus souvent correspond en gros à l’élaboration de l’Anthropogénie. Il donnait à ce terme un sens très différent de sa signification classique (l’étude de la reproduction humaine). Il s’agissait en fait de décrire l’espèce humaine, en se servant, dans tous les domaines, de l’état actuel de ses connaissances, de ses savoirs et de ses techniques : ce projet reposait sur l’interconnexion de trente synthèses, constituant un système général complet. Une telle entreprise avait quelque chose de fascinant, non par sa dimension, mais par sa construction. Elle impliquait un acte de foi : la double unité constituée de l’homme et de l’espèce, et dessinait une esthétique de la transmission. Henri m’avait dit une fois : « Je ne le croyais pas au début, mais il est vraiment possible, à la fin du XXe siècle, d’être au fait de l’état le plus abouti des connaissances, dans tous les domaines de la connaissance. Cela ne suppose même pas tant de travail. Sept ou huit heures quotidiennes, pendant dix ans. Et puis, les mises à jour… »
Sur le fond de cette Anthropogénie, nous n’avons jamais vraiment parlé. Nos discussions, informelles ou ciblées, ont toutes porté sur des cas d’anthropogénie locale, la peinture, le langage et quelques arabesques sociologiques et sexuelles de « l’animal signé ». Je ne veux pas laisser croire que je dominais ces sujets, ni que j’étais un débatteur cohérent. Mais Henri avait l’art de rebondir sur une remarque qu’on lui faisait et qu’il ouvrait aussitôt, comme un fruit, pour en examiner le noyau. Mon obstination à considérer aussi les questions de saveur et de texture devait lui paraître rustique, et une fois que je lui avais dit que pour être écrivain, il fallait lâcher l’approche conceptuelle et accepter d’être un peu bête, j’avais lu dans son regard une entière approbation. Toutefois, sur Sade, sur Virgile, sur la mer, sur la géologie, sur la structuration du corps par la langue, et sur certains autres points fragmentaires, il m’arrivait de trouver des angles qui suscitaient de sa part une réaction positive et nourrie : c’était l’espace où nous pouvions parfois nous croiser – j’y étais moins perdu que dans d’autres cercles de son jardin de la connaissance.
J’étais persuadé qu’il trouvait ses meilleures idées en parlant (il riait bien quand je lui disais que son imaginaire était verbomoteur). Il y avait toujours un moment où il cessait d’évoquer l’avancement de ses recherches pour entrevoir une piste entièrement nouvelle, surgie soudain comme une langue de feu. Il la décrivait, la niait, la célébrait, et saisissait enfin à pleine main ce fil d’or. Il en montrait en pleine lumière l’origine merveilleuse et paradoxale : l’Homo. Son humanisme caché lui faisait désirer parler de nos semblables et de lui-même en termes purement prospectifs. Mais à propos de Beethoven, il m’avait dit, un jour de pluie, tout en m’aidant en enfiler mon imperméable : « Quand je pense que j’appartiens à l’espèce qui a produit les Quatuors ! »
20 mars 2009
Un blog est une vue de l’esprit. Non pas qu’il soit imaginaire. Mais parce qu’il n’est rien d’autre qu’une catégorie du mouvement, un échange de substances qui n’a ni commencement ni fin, un “double héraldique” – pour parler comme Lawrence Durrell – de l’esprit aux aguets.
J’en demande pardon au lecteur éventuel: à partir de … bientôt, je vais essayer de l’associer, non pas à la valeur intrinsèque , mais à la mobilité, de quelques cas de figures – fournies par la mémoire ou actualité.
A bientôt?
Classé dans : Mascarons
Il s’agit ici de rendre visite à quelques Têtes Coupées, de les recevoir à la maison, discuter le coup, faire un tour d’horizon. Le Web ça crée du lien, paraît-il. Tentons, tentons, il en restera bien toujours quelque chose. Un fragment de pierre accroché au mur fera l’affaire. Le passage de la bourrasque dans l’impasse nettoiera l’insulte du temps. C’est une métaphore. C’est pour faire croire que la vraie pluie et le vrai vent influencent vraiment les vrais états d’âme.
Dans la CATEGORIE “Le peuple des tête coupées”, vous pouvez lire l’article de Myriam Gallot sur le bouquin éponyme… C’est ici: http://christiangatard.wordpress.com/category/le-peuple-des-tetes-coupees/
le 13 mai
… retour d’Amsterdam – partout les mêmes, lancinante répétition d’une configuration identique, même époque – toujours fin 19ème début 20ème – musique repétitive ?

19 avril 2009
…me vient à l’esprit que la littérature sur les mascarons n’est pas bien épaisse…
voici quelques titres glânés ça et là. Je suis preneur de toute piste nouvelle…

le 14 avril 2009
L’atlante de Varsovie apprend que la pneumatique était la science des choses de l’esprit.

Le 10 avril
Dans la cour (splendide et discrète) de la tribu de l’Agence Carrément (Corinne et Dominique) ces deux mandegloires (sobres et enrobés) accomplissent leur mission ( apotropaïque et flegmatique)

celui de droite...

celui de gauche...
si on pousse un peu l’analyse on se dit que ces bêtes-là sont un croisement entre musequin (lion) et mandegloire (homme vert ou feuillu) et on se dit donc que c’est très intéressant, assez rare…
Le 5 avril
c’est un autre, figé dans une serrure, c’est un même, pourtant… il est tenu par un lacet qui fait breloque. Un jour je l’attacherai, il fera cloche…

Le 28 mars
Sur un rempart de Bari, l’ange cherche à détourner l’attention sulfureuse provoquée par un pontife décalé

Le 4 mars
Retour de New York, l’hibou du West Side surveille l’Hudson River. On le surprend pas loin de l’atelier de Merce Cunningham. Il sort un peu du cadre habituel, n’étant ni coupé ni occupé. A peine visible, il fallait le chercher. Comme toujours c’est lui qui vous trouve.

le 14 février
Les fontaines et les balcons sont des terrains de jeux pour les mascarons. Ils y apparaîssent furtivement, ils s’y délassent et s’y lassent peut-être. Quatre photographies (Aix en Provence et New-York ci-dessous). Un champ à explorer?


le 13 février
Avant-goût d’arrière-goût new-yorkais. Celui-là je passerai le saluer dimanche prochain.

et eux, lundi…

le 3 février
http://jeandler.blog.lemonde.fr/2008/02/06/mascarons/
Une photo de nos têtes coupées sur un blog. Pétillant. Les commentaires sont nombreux et vivifiants.

25 janvier 2009
L’éléphant est rare sur les façades. Sur son échine repose l’univers. De la symbolique dont il est porteur, l’Occident retient la lourdeur et la maladresse, l’Orient la puissance et la sagesse. Ici dans le zoo, là-bas dans la rizière. Certains soirs j’aimerais qu’il y ait autre chose que de la symbolique en toutes choses. Qu’y-a-t-il au delà du signe et du symbole? Le discours savant sur le monde épuise-t-il le monde? Je veux dire: le vide-t-il de tout le reste? le rend-t- il incapable d’être autre chose qu’une perpétuelle interprétation?

Eléphant, Paris

Eléphant, Copenhague
le 18 janvier 2009
Le vieux surveille sans voir. Tout autour passent les foules. Zeus otiosus, retiré du monde qui grouille sous lui. On ne se sépare pas de ses vieux amis. Quand je longe King Street je suis le seul à lever la tête. Il m’en sait gré. Il ne m’intimide presque plus. Bientôt j’aurai affuté mon vocabulaire. Je saurai le lui dire.

Zeus, toujours, dans King Street au coeur de Covent Garden
le 27 décembre 2008
Zeus, très colère, masque de Rodin devant les Serres du Bois de Boulogne, interpelle le quidam. Plus que quelques semaines pour rendre visite au Musée d’Orsay où quelques murs assignent ses amis à résidence. L’occasion de parler d’eux, de les voir de près sans avoir à trop lever la tête est rare.

17 décembre 2008
Certains mascarons sont dit musequins. Ce sont des lions. Certains lions ont un anneau dans la gueule. Comme celui-ci, à Londres. Cet anneau représente ici deux serpents qui soutiennent une sphère. Cette symbolique me résiste. Ce n’est pas faute de chercher. Le plus souvent l’anneau est neutre, rarement tératomorphe.

15 décembre 2008
L’Hôtel Amigo, à Bruxelles, est une ancienne prison. C’est aussi l’un des plus chics de la ville. Certainement mon préféré. Dans le Hall trois mascarons goguenards. Ames furtives de détenus en maraude? L’Hôtel Amigo est il sur un « Grimlingweg » c’est à dire un chemin emprunté par la Chasse Sauvage, La Mesnie Hellequin, le cortège des revenants qui traversent les nuits en cortèges effrayants au son d’étranges musiques?

Mascaron dans le hall d'entrée de l'Hôtel Amigo, Bruxelles


Avenue de la Bourdonnais Paris 7ème
Je me fais la réflexion que ces deux premières Têtes Coupées ont un regard absent. Pourtant elles surveillent. Sans doute avec un troisième oeil.

Myriam Gallot fait un papier sur Le Peuple des Tetes Coupées. Etonnante Myriam Gallot.
lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com
Le peuple des têtes coupées
Publié le 25 octobre 2008 par Mgallot
Suite à mon article sur Bureau d’études, j’ai eu le bonheur de rencontrer dernièrement Christian Gatard, son auteur, de passage sur Lyon pour l’une de ses études. Christian Gatard voyage énormément, fréquente nombre de personnes d’horizons les plus divers, et pourtant il a cette qualité rare de savoir se montrer disponible et curieux de l’autre, avec simplicité, de vous donner l’impression d’être tout à vous, attentif et bienveillant.
Christian Gatard, esprit vivace et atypique, s’est pris d’une passion aussi insolite que contagieuse pour les mascarons – oui, vous lisez bien, les mascarons avec un “s”, rien à voir donc avec cette délicieuse pâtisserie fourrée très dans l’air du temps – les mascarons, ces figures qui ornent nos façades urbaines, tout aussi délicieuses mais parfaitement ringardes, dont on aurait pu penser un peu hâtivement que plus personne ne les regarde vraiment. Christian Gatard a poussé la passion (je n’ose dire “le vice”!) jusqu’à consacrer un ouvrage entier à ces visages de pierre qui semblent toujours nous contempler de haut, à cet art naïf, mineur et pourtant moins anecdotique qu’on pourrait le penser, parangon du mauvais goût bourgeois: “Le peuple des têtes coupées” (voir sa présentation).
Ils sont Jupiter, Cérès, lion, cheval, et même éléphant, on les trouve sur les immeubles bourgeois du second Empire puis de la IIIème république, à Paris, mais loin d’être une exception culturelle française (Jack Lang nous en garde!), ils pullulent aussi à Londres, à Milan, à Venise, à Prague, à Bruxelles, sur les façades de la même époque. La première guerre mondiale leur fut quasiment fatale, ils agonisèrent pendant les années 20 et 30 jusqu’à la complète extinction.
Inévitablement se pose LA question ontologique fondamentale, une question de nature à vous faire passer quelques nuits d’insomnie: pourquoi les mascarons? Ces figures suspendues sur nos épaules m’ont toujours fait un peu peur, je dois l’avouer…et voici que je découvre avec Christian Gatard que leur fonction originelle (ancestrale) est probablement, justement, “apotropaïque” (elles servent à faire peur aux ennemis, à éloigner le mauvais oeil), comme les têtes coupées aux ennemis suspendues au-dessus des habitations dans les peuplades primitives. Ce n’est pas ce mascaron photographié récemment à Marseille, sur le bâtiment d’une banque, qui démentira l’hypothèse (que cherche à repousser ce mascaron? les démons de la crise financière, peut-être…)
Mais cette première réponse, pour convaincante qu’elle soit, n’était pas de nature à satisfaire Christian Gatard, qui en entrevoit bien d’autres, des plus sophistiquées aux plus fantaisistes et nous convie dans son livre à une bien étrange promenade dans les dédales des villes, mais aussi – et bien plus sûrement – dans ceux de son imagination érudite et sympathiquement farfelue. Car, qui vous dit que les mascarons ne sont pas des agents de circulation des énergies, là pour ralentir l’Histoire? C’est un banquier d’affaire rencontré dans un avion qui inspira cette interprétation inattendue à Christian Gatard: “François F. émettait l’hypothèse que l’Histoire – économique, sociale, culturelle et en l’occurrence financière – venait de connaître une dangereuse accélération et que le monde entrait dans une phase de décélération. Obligatoire, inéluctable, sous peine de déflagration universelle.”
S’il m’est arrivé de me perdre en tentant de suivre les détours de l’esprit de Christian Gatard dans son livre, me voici pleinement convaincue: le rôle des vieux mascarons du capitalisme contre la crise financière ne fait plus de doutes. Esprits rationnels, je vous vois qui souriez, mais on le sait maintenant, rien de plus irrationnel que la finance mondiale.
L’enquête n’est bien évidemment pas close et les mascarons n’ont pas livré tous leurs secrets. Christian Gatard envisage de leur consacrer un blog, occasion de partager ses plus beaux specimens photographiés et ses hypothèses récentes – et peut-être d’initier quelques profanes à l’art clandestin de la chasse au mascaron. (photo ci-contre: Christian Gatard and friend).


