Christian Gatard, études, recherches, curiosités, prospective


pour vous mettre en appétit pour le 4 février à la Gaîté lyrique
20 janvier 2012, 19 07 24 0124
Filed under: Actualité et nouveautés

Hervé Fischer souffle les braises des mythes. Il est mythanalyste. Son oeuvre surplombe le temps long du monde. A lire d’urgence. J’y reviens bientôt. (cg)

QU’EST-CE QUE LA MYTHANALYSE ?

La mythanalyse explore les imaginaires sociaux actuels, nos mythologies du XXe siècle, celles qui surplombent nos imaginaires individuels, déterminent nos valeurs et nos comportements collectifs d’aujourd’hui, le plus souvent à notre insu.
Nos sociétés contemporaines ne sont pas moins mythologiques que celle des Grecs ou des Vickings, mais nous ne le savons pas.En ce sens, la mythanalyse écoute et interprète la société. Les mythes sont créés par les hommes, ils naissent et ils meurent, ils se transforment. Ce sont nos mythes qu’il faut changer, pour changer nos sociétés.
Hervé Fischer

Il a lu Nos 20 Prochaines Années. Lire ses chroniques dans http://mythanalyse.blogspot.com/

pourquoi le 4 février ? lisez donc ci-dessous…



nos 20 prochaines années commencent le samedi 4 février à 14h30 à la Gaîté Lyrique
11 janvier 2012, 7 07 00 0100
Filed under: Actualité et nouveautés

- Je vous ferai découvrir la feuille de route de nos futurs

- Pas possible?

- J’ai pas dit le futur, j’ai dit la feuille de route, la carte quoi, pas le territoire, faut pas pousser

- Ouf!

un mot sur la Gaîté lyrique…

au centre de Paris entre le Bd de Sébastopol et la rue Saint Martin, à coté du CNAM. Depuis l’année dernière,  la Gaîté lyrique est la maison de la culture numérique et des musiques actuelles.

L’évènement 2062 c’est ça:

8 semaines pour appréhender le futur

Dans 50 ans, la Gaîté lyrique fêtera son bicentenaire. À cette occasion, le lieu vous convie à imaginer le futur aux côtés d’artistes, de bricoleurs, de penseurs et de créateurs au sein d’une capsule spatio-temporelle. Un véritable plongeon dans l’avenir à travers un voyage temporel de 2 mois dans tous les espaces de la Gaîté lyrique.
Des aller-retours dans le futur à travers une exposition, du théâtre, des concerts, des rencontres, des projections mais aussi des expériences individuelles et collectives.

La création et l’innovation dans les usages sociaux et le vivre ensemble sont le fil rouge de l’événement de ce début d’année qui s’articule à travers quatre grandes séquences :

  • L’exposition
  • Des spectacles vivants : théâtre, performances et concerts
  • Des expériences inédites : hypnose…
  • Des cycles de rencontres et de projections

et c’est dans ce cadre que  Rémi Sussan, écrivain, journaliste,  auteur de Utopies Post-Humaines  m’a proposé de faire la conférence d’ouverture le samedi 4 février à 14h30.


pour découvrir le programme:

http://www.gaite-lyrique.net/evenement/comment-predire-l-avenir

Rémi Sussan est journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies. Il s’intéresse notamment auxretombées sociologiques de l’usage des techniques, ainsi qu’aux mouvements parallèles et alternatifsqui en découlent. Rémi Sussan flirte depuis longtemps avec les milieux underground et a écrit pour de nombreux journaux et magazines, dont TechnikartPC MagazineComputer ArtsScience et vie High Tech, etc. Il est l’auteur des Utopies posthumaines, paru en 2006 aux éditions Omnisciences.



nos 20 prochaines années commencent maintenant…
12 décembre 2011, 7 07 09 1209
Filed under: Actualité et nouveautés

 

 

Contributions à une prospective buissonnière

(cliquez dans les titres ci-dessous pour y accéder directement)

Et si les mythologies anciennes et modernes étaient des  clés de lecture des temps à venir?

Mutations, Mythologies, Prospectives: vers un plan C.

Vincent  Leclabart vient de publier  Comment vendre des salades sans en raconter. Editions du Rocher. 2011. Paris

Confessions d’un grand enfant désenchanté et heureux de l’être ? Repentances lucides d’un chevalier de l’industrie publicitaire qui a façonné avec ses pairs la pub de ces vingt dernières années – de triste mémoire ? Ca donne une littérature de vitupération, à la fois mélancolique et joviale. Et une prose fringante et fluide. On peut lire le livre de Leclabart comme une déclaration d’amour à la mutation des temps. Celle-ci s’incarne dans une jeune interprète, Lin Yao, qui le guide, tel le Virgile de Dante, dans une exploration comparée de l’Orient extrême et de l’Occident extrême, enfers et paradis. Ils  échangent par e-mails tout au long de l’ouvrage. Ou plutôt – est-ce par pudeur ou par construction littéraire (mais si Lin est une invention elle est formidablement réussie), ce sont les lettres de l’auteur que nous lisons.

Leclabart lui raconte en creux l’état du monde occidental – calamiteux mais pas désespéré, et Lin, en promenades et en citations, lui fait découvrir le monde à venir : la Chine et son présent éternel et rugueux. La femme de Shanghai en 2030 sera-t-elle le nouveau modèle culturel féminin planétaire ? La femme chinoise, dans les chariots de l’émergence d’un monde chinois dominant, est-elle en passe d’influencer radicalement l’imaginaire féminin de nos vingt prochaines années ? Elle éclaire le livre de bout en bout, elle annonce, dénonce sans jamais renoncer, semble-t-il, à questionner et notre monde et le sien. On nous a annoncé que le 21ème siècle allait être féminin,  c’est en train d’arriver !  et le train de l’histoire s’annonce de l’Est. Leclabart donne à cet évènement considérable une vitalité convaincante.

Leclabart regarde notre monde dans le rétroviseur de son expérience – il s’est bien amusé mais il n’en reste plus que des braises qui sentent le souffre. Il regarde la Chine, ses promesses, ses bonheurs autant que ses maléfices, et il est sidéré. Pas dupe, mais sidéré. Face aux temps qui viennent les trente dernières années que nous venons de vivre vont faire pâle figure. Leclabart les connaît bien, il a eu et a toujours les instruments d’observation et de navigation les plus efficaces – les planneurs stratégiques de son agence… et surtout sans doute sa propre intelligence du monde, son flair et son savoir-faire. Dont il n’est donc pas dupe.

C’est qu’il sait que quelque chose est en train d’advenir. La principale activité fantasmatique qu’il décèle chez ses concitoyens, à partir de maintenant, est
l’émergence d’une prise de conscience globale de la granularité individuelle, c’est à dire pour être clair que les gens en ont assez qu’on les prenne pour des cons. Quand on arrive au niveau de granularité d’un système, on ne peut plus découper l’information – ce niveau est celui de la reconnaissance de la parole et de l’être individuel. Peut-être s’agit-il là d’un mythe fondateur des temps à venir : La granularité d’une phrase est le mot. La granularité d’un mot est la lettre. La granularité d’une population est propre à ses individus. Et l’individu ne veut plus faire partie d’un ensemble qui l’étouffe. Et si cette émergence des personnes en tant qu’êtres uniques (qui se refusent à n’être que des grumeaux dans une grande soupe collective) … si tout cela avait un effet sur le politique? Cela est peut-être le moteur des émeutes indignées et autres protestations très contemporaines. On peut envisager ensuite  un rebond sur l’économique ( en particulier pour ce qui concerne l’auteur sur la désaffection vis à vis de la pub qui symbolise bien les contestations ambiantes). Va-t-on vers plus de proximité, d’écoute? et tout cela peut-il créer du poétique et faire envisager un monde enfin tiré d’affaire ? L’émotion, l’humain, l’art reviendraient s’asseoir à la table des négociations ?

La bataille fait rage entre utopie et dystopie, entre ceux qui croient qu’on va sauver le monde et ceux qui sont persuadés qu’on va dans le mur. Leclabart fait partie des premiers. Il sait que ce n’est pas gagné mais il donne de l’espoir à l’espoir. Sans naïveté et avec beaucoup d’élégance.

cg

cliquez sur la couverture de son livre pour aller en Australie.

A lire aussi en priorité et avec gourmandise le livre de Thomas Jamet. Une lecture subtile et érudite de l’extraordinaire prégnance des mythes aujourd’hui. Mythographie brillante et passionnante, cette Ren@issance mythologique dissèque l’imaginaire contemporain et ouvre des pistes inspirantes. Leclabart et Jamet se rejoignent sur le retour nécessaire d’une voie/voix humaine… étonnant non?

cg

(cliquez sur la couverture de son livre pour aller sur son blog)

Cette semaine dans le Magazine des Livres mon entretien avec Joseph Vebret.

Le n°33 est en kiosque.

Pour lire l’article sur le blog cliquez dans la couverture ci-contre

Lire aussi l’entretien avec Laurent Courau dans La Spirale. Cyberculture, pop culture, contre-culture et subcultures du 3eme Millenaire… La Spirale- L’eZine pour les Mutants Digitaux .

Un clic sur le logo et vous y êtes!

Comment cette démarche s’inscrit-elle dans le réel des entreprises? Dominique Cuvillier m’a invité à participer à deux conférences au Forum Empreintes, les 20 et 21 octobre dernier. Un endroit où se forgent les mythes du 21ème siècle…

En voici les minutes, cliquez dans le logo de Empreintes:


avec Luc Dellisse

En attendant la poésie

(cliquez dans le titre  pour y accéder directement)

(extrait)
La poésie est absente de notre esprit et de notre vie. Il est intéressant d’imaginer qu’elle reviendra un jour – par exemple dans vingt ans. Que l’expérience précise, acérée et cruelle de l’imaginaire poétique retrouvera sa place dans la création du monde.


avec Yvonne Behnke

(cliquez dans le titre ci-dessus  pour  accéder à son site)

 qui expose chez Home Contemporain à Paris au 27 rue Mazarine.

Jeudi 24 Novembre de 18h à 22h

C’est le jour du vernissage!

ensuite c’est jusqu’au 14 janvier.



Mythes anciens et modernes pour demain
4 octobre 2011, 12 12 27 1027
Filed under: Nos 20 Prochaines Années

Et si les mythologies anciennes et modernes étaient des  clés de lecture des temps à venir?

en co-edition avec BumbleVox

Mythologies 3 ondes de choc

Christian Gatard est le fondateur de Gatard et Associés, cabinet d’études de marché international, et de christiangatard&go, conseil en stratégie. Sociologue, essayiste; romancier et prospectiviste, auteur de Nos 20 Prochaines Années paru chez Archipel en 2009, il termine son nouveau livre Mythologies du Futur. Il propose de considérer les mythologies anciennes et modernes comme clés de lecture des temps à venir. Il nous livre ici en avant première sa perception des trois ondes de choc qui vont selon lui influencer les années qui viennent.

Trois big bang mythologiques contemporains :
La transparence obscène, mauvais présage
L’hybridation dialogique, monstre apprivoisé
L’allégeance rebelle, divine friponne

Ces ondes de choc sont trois récits mythiques qui vont éclairer les temps à venir. Elles viennent de loin – les premiers frémissements se sont faits sentir au siècle dernier – ce qui peut assurer leur pérennité. Elles remplissent un certain nombre de critères-clés qui font d’elles des mythes, elles en ont l’étoffe. Elles expliquent plutôt bien une pratique sociale et la consolident, elles parlent du statut de l’être humain – dans ses rapports avec les autres, dans ses rapports avec le pouvoir, dans sa finalité.

La transparence obscène, mauvais présage


La transparence, première onde de choc. Au départ, cette transparence se veut angélique. Au fond, il s’agit de déjouer les abus, lutter contre les mafias et les malfaçons. Les portiques sécurité des aéroports vous mettent complètement à poil ? C’est pour votre bien. On exhorte les entreprises à plus de sincérité en exigeant des labels de toute nature : il s’agit de prouver sa bonne foi. Puis les réseaux sociaux sont allés plus loin, inaugurant un espace d’impudeur fascinant. Tout est dit, écrit et publié sur tout dans l’instant et par tous. Chacun s’exprime, annonce, applaudit ou dénonce. Chacun a une opinion et la proclame, chacun (les gens, les états, les entreprises, les contre-pouvoirs…) se dévoile ou dévoile et accuse. C’est à une mise à nu du monde que l’on assiste.

La dissidence canaille des nouveaux medias de type WikiLeaks ou Mediapart a voulu balayer les Ecuries d’Augias et à ce titre ils se sont décernés une médaille. Le mythe des travaux d’Hercule a ainsi repris du service!

Mais la vérité jusqu’à l’os entraine des dérives. A trop vouloir en faire, on se prend les pieds dans le tapis. La transparence s’est faite aussi policière et a installé des caméras de surveillance à tous les carrefours. Elle dévaste l’intimité, s’incruste dans les chambres à coucher et elle va jusqu’à l’utilisation légalisée de la nutrigénomique. Cette fois l’idée est la suivante : pour prévenir les risques médicaux on va surveiller jusque dans vos gênes ce que vous allez devoir manger pour réduire le déficit de la Sécurité Sociale… alors vient un moment où ça va comme ça !

Car à force de tout montrer, trop et en détail, on finit par ne plus rien voir. L’addiction à la nourriture saine, la dictature du génome, l’obsession de la transparence sont bientôt mises en accusation. Un vent de révolte se lève : manger, boire deviennent peu à peu des actes de rébellion contre la dictature de ceux qui nous veulent du bien. La logique de la transparence est enfin comprise pour ce qu’elle : une logique obscène, quasi porno. Or la pornographie, comme dit Robbe-Grillet, c’est l’érotisme des autres, c’est au bout du compte d’être dépossédé de soi. La transparence a ces effets-là et son obscénité la voue à sa propre fin : on ne peut pas éternellement imposer aux gens de ne plus s’appartenir. On ne peut pas demander à la nature d’être contre nature.

La dictature de la transparence ne va pas durer éternellement mais les ondes de choc qu’elle a déclenchées vont se faire sentir longtemps sous forme de résurgences plus ou moins violentes. Il y a et il y aura encore des évangélistes allumés en quête de grande lessive morale. La transparence leur apparait toujours comme l’argument absolu : Dieu voit tout ! disent-ils et diront-ils longtemps encore. (Ce qui permet de rappeler au passage que Dieu n’est pas mort du tout. Il a peut-être eu un petit coup de mou mais il est maintenant en pleine forme).

L’onde de choc qui va ébranler cette imposture qu’est la transparence c’est le retour en grâce du secret de fabrication. On a tous un secret de fabrication, une formule unique qu’aucune politique de transparence dictatoriale ne peut dévoiler. Préserver le secret de sa propre fabrication, c’est préserver ce qui est unique en soi, ce qui distingue de la masse. Voilà une trame mythique, un script essentiel qui va rencontrer un joli succès: l’émergence du moi contre l’indifférencié des origines – un combat qui remonte à la nuit des temps.
Celui qui est capable sans défaillance de garder ce secret acquiert une force de domination qui lui confère un sentiment aigu de supériorité. Garder le secret de ce que l’on est, n’est-ce pas la quête de… l’alchimiste ?

Derrière l’image des alambics et la quête de la Pierre Philosophale il y a bien longtemps qu’on a compris que l’alchimiste est à la recherche de l’essence des choses et au cœur des choses il y a lui-même. L’alchimiste « travaille » sur la matière en même temps que sur lui-même. Il est à la recherche du secret de fabrication de l’univers qui est aussi le secret de fabrication de chaque individu. Autrement dit il travaille aussi pour vous et moi. Est-ce ce que l’on appelle le sacré ? Peut-être. Si le sacré désigne ce qui est inaccessible, indisponible, mis hors du monde normal, objet de dévotion et de peur, alors non, ce n’est pas à ça que je fais référence. D’ailleurs cette notion-là de sacré va faire long feu, si ce n’est déjà le cas. Je retiendrais volontiers le terme de néo-sacré pour désigner ce qui émerge de nos jours. Une forme de sacré accessible et disponible, qui réintègre le monde normal en donnant l’exquis vertige que des mondes immenses sont à découvrir.

C’est un sacré de sidération devant le monde réel (fabuleux, abyssal, cosmique…) dont on sait qu’il reste à découvrir et dont on sait qu’on sait si peu de choses. La réalité de ce néo-sacré nous fuit sans doute : elle est à la fois technique et spirituelle, macrocosmique et microcosmique avec quelque chose comme une espièglerie cynique et ludique, quelque chose comme le rocher de Sisyphe ou L’Arlésienne, Godot peut-être. Quoiqu’il en soit c’est une claque à la transparence, la preuve que la transparence est un canular.

L’hybridation dialogique, monstre apprivoisé


Laissons les alambics et observons l’onde de choc qu’est l’ère de l’hybridation. Nous pataugeons dedans. Sa marée monte : assemblage, métissages, United Colors, coexistences et conciliations et /ou amalgames, mélanges douteux, confusions et coups fourrés. On va bientôt en avoir jusqu’aux genoux. La voie est ouverte pour un autre mode de rapport au monde : l’ouverture aux contradictions, à l’irrévérence, à la valorisation des contrastes… bref à un avenir dialogique. La logique de l’un OU l’autre n’aura plus court. L’un ET l’autre vont devoir s’entendre.

Le métissage du monde, les nouvelles alliances, les assemblages hybrides sont déjà à l’œuvre au début de la seconde décennie du XXIème siècle. Et on a encore rien vu. Avec l’hybridation dialogique les cultures vont devenir de plus en plus poreuses, elles vont envisager de s’échanger leurs ADN. Des cargaisons entières de fonds mythiques attendent d‘être déversées dans leurs entrepôts mémoriels. Les civilisations vont-elles s’inoculer leurs secrets de fabrication ?

L’Extrême-Orient pourrait remplacer l’Extrême-Occident comme représentation symbolique des pouvoirs dominants et la Chine redevenir le Milieu du Monde qu’elle fut autrefois. Traduction de l’idée de porosité : les Asies se sont dans un premier temps abreuvées aux comptoirs européens, dévalisant les étals haut de gamme, déguisant leurs enfants en petits empereurs haute-couture. La touche occidentale était du dernier chic. Les Asies ont ensuite mixé leurs propres mythes avec gourmandise à ceux de leurs anciens envahisseurs. Et l’extrême-Europe a frissonné d’aise et de terreur en poussant ses fourgons jusqu’aux contreforts des Empires aux yeux bridés. Et là, le fier Européen s’est mis à goûter aux fables asiates.

Ces affaires-là, celles de la confrontation/mixtion entre la Grande Asie et l’Occident ou entre utopies des villes et utopies des champs, vont peut-être s’arranger mais pas dans le sens qu’on croit (ou qu’on espère selon la position qu’on occupe sur l’échiquier stratégique planétaire ou sur l’échelle des salaires). Pas dans la domination insolente d’un monde sur l’autre. Personne ne va nécessairement gagner, c’est-à-dire profiter des fruits de ses victoires culturelles ou industrielles ou écologiques. La Chine ne peut laisser l’Europe les pieds au froid. Dans l’hypothèse d’un monde dialogique toute hégémonie fait long feu.

La survie est dans la coexistence.

Le scenario dialogique est une ère de réconciliation. C’est assez fragile. Les Européens ont envoyé à leur tour leurs enfants là-bas (finir leurs études à Shanghai) et le rapprochement géographique a remis les choses d’équerre. Mis à part quelques prédateurs hystériques ça s’est plutôt bien passé. Pour autant je ne me sens pas Chinois à Shanghai et personne ne me le demande. Nous sommes tous des cohortes sous indications géostratégiques protégées. Normalement il est impossible de dépasser sa propre culture dit Edward T. Hall, spécialiste de l’interculturel. Empathie et curiosité ne sont pas synonymes de mixtion, fusion ou incorporation.
Rien ne semble annoncer le désir universel d’une incorporation/dissolution des gens et des cultures dans un grand tout qui serait une soupe finale sans goût ni saveur. Bien au contraire mes voyages, mes enquêtes me confirment tous les jours que chacun – vous, moi – tend vers la conservation d’une organisation, d’une structure, d’une forme, d’un fonctionnement qui lui est propre. Pas tant à titre strictement personnel, plutôt dans le cadre de sa cohorte de référence, de son groupe d’appartenance – plus ou moins élargi, plus ou moins réparti.

L’art de l’assemblage est plus fécond pour rendre compte de ce que pourra être un bon scénario mythique. L’art de l’assemblage c’est l’art d’apprivoiser les forces cachées dans les choses.

S’apprivoiser, encore, s’apprivoiser sans s’assujettir ? C’est dans l’Océan Indien, enquêtant sur le concept d’îles du futur, que j’ai commencé à cerner les contours de ce que pourrait être une hybridation respectueuse des identités de l’autre, d’une utopie dans laquelle chacun se sent libre d’exister sans ressentir le besoin de trucider son prochain. Là-bas on est dans le métissage réel. Pas de fantasme, pas de discours creux. L’apprivoisement est un apprentissage de longue haleine. On entend dire là-bas : Ile de la Réunion : métissage omelette, Ile Maurice : métissage œufs sur le plat. C’est dans les îles qu’il faut repérer les signaux faibles du vivre ensemble de demain.

Ca va bien se passer pour les uns, moins bien pour les autres car l’hybridation a ses limites. Tout ne s’hybride pas comme ça. La résistance à l’hybridation sera sans doute une grande figure mythologique – elle l’est déjà : le monde ne se fracture-t-il pas entre une satiété arrogante d’un côté et une famine généralisée de l’autre ? Elle est numérique, esthétique, financière. Elle existe au niveau de la santé, du bien-être, de l’accès à l’éducation. Elle s’incarne dans les abymes qui se creusent entre le monde rural et le monde urbain, entre les banlieues en flammes et les ghettos chics organisés en fortin, ou inversement entre les banlieues vertes et privilégiées et les centres-villes dévastés.

Ces fractures sont là pour durer et génèrent rébellions, émeutes, mise à sac du palais-monde des nantis. La barbarie est une chose, mais le barbare en est une autre. Personne ne veut de la barbarie – qui est un concept barbare, mais le barbare n’a pas que des défauts : il participe de la nécessité revitalisante des catastrophes. Il pille, certes, mais il dissémine ce faisant des objets qui serviront à engendrer des formes sociales, des idées et des mythes nouveaux.

L’allégeance rebelle, divine friponne


Et demain ? L’allégeance rebelle ? C’est l’idée qu’il faut bien accepter les règles du jeu – la nature qu’il faut protéger, les estomacs qu’il faut remplir, la technologie qui permet de communiquer, un monde cruel et injuste, l’existence des picaros et des hidalgos. Et qu’au sein de cet ordre du monde mal fagoté il restera toujours une capacité d’impertinence et de rébellion. On finira par apprendre que c’est de l’intérieur qu’on pourra faire bouger les choses.

On pourrait aussi parler d’impertinence cérémonieuse. De quoi s’agit-il ? D’une sorte de choc en creux. Tout d’abord on va changer les règles, c’est à dire qu’on va les respecter…pour changer !…. On va spéculer que les forces de l’histoire sont d’irrésistibles marées dont les almanachs sont enfin lisibles, que les mythes anciens sont les scripts du futur. On ne va pas certes penser que tout est écrit mais que la notion de variations sur des thèmes connus est peut-être la meilleure, voire la seule façon d’avancer. On va donc s’intéresser à ce qui s’est passé avant. Lire peut-être les grands textes de l’humanité et leurs commentaires, s’intéresser à ce qui s’est passé autrefois. On va même accepter qu’il y ait une nature humaine.

Exit l’idéologie de la table rase, de la politique de la terre brûlée intellectuelle. On fait allégeance c’est-à-dire qu’on accepte de lui obéir, à la nature humaine – un tant soit peu. Non pas, encore une fois, qu’il n’y ait pas d’historiens, de penseurs patentés, d’intellectuels et de politiques qui nous aient alertés sur le besoin de comprendre l’histoire pour chevaucher le présent. Mais il y avait un nœud difficile à trancher qui restait en travers de la gorge. S’inventer la vie, c’était tout changer. Innover, bouleverser, disrupter. Panache prométhéen.

Etait-ce bien nécessaire ? Ne voit-on pas que Prométhée s’essouffle ? Que son mythe a du plomb dans l’aile ?
On le dit métamorphosé, hagard, incapable de s’orienter.
Roger Pol-Droit

Son frère Epithémée va prendre la relève. Il est le créateur des animaux à qui il donne tous les instruments nécessaires à la survie (fourrure, sabots, ailes, griffes, nageoires..). Il fait un bon boulot mais quand il commence à s’occuper de l’homme, il n’a plus rien en boutique. Sarcasmes des dieux. C’est comme ça : l’homme épithéméen – vous, moi – est vulnérable. Il doit se débrouiller dans un monde hostile. De plus en plus hostile : le feu prométhéen qui nous chauffât est devenu le feu nucléaire qui nous cramera. Mais on n’en restera pas là. Le frère ne vaut pas grand-chose. C’est un faible. Il a épousé Pandore pour faire plaisir à Prométhée, on sait ce qu’elle fait de ses cadeaux.

A qui faire confiance ? A celui dont il faut se méfier le plus : le Fripon Divin. Pas un mythe commode. Perturbateur, figure du panthéon universel des casseurs de codes, le trickster a le fumet exotique de l’empêcheur de tourner en rond, du casseur de méthode. Dérision, perpétuelle dérision.
Les Fripons Divins sont légions : Till Eulenspiegeul, l’espiègle, le Petit poucet, enfant malin, Amaguq, dieu inuit des farceurs et des loups, le Petit Bodiel de la Savane africaine, le Renart du Roman éponyme des XIIème et XIIIème siècles, les gnomes, les lutins, Tristan et Iseult eux-mêmes… il me semble que le Collège de Pataphysique…il parait même que Cendrillon…

L’ironie sans doute mais peut-on être ironique sur l’ironie sans se prendre les pieds dans le tapis ?
Les idéologies, les religions, les visions du monde à géométrie variable vont se succéder, se confronter – négocier peut-être une paix des braves… mais au cœur de ces mondes vibrants, poreux, en chambardement constant, l’allégeance rebelle va émerger qui racontera l’histoire du monde qui vient, les contes populaires de demain.



MUTATIONS, MYTHOLOGIES, PROSPECTIVES: vers un plan C.
2 octobre 2011, 12 12 35 1035
Filed under: Actualité et nouveautés, Nos 20 Prochaines Années

Ce BLOG est  expérimental.

C’est sans doute aussi l’avis de Laurent Courau avec qui j’ai eu une longue conversation après ce post. C’est dans La Spirale

Plan A

Partout les gens repensent le monde et se penchent avec une sidération non feinte sur une carte insaisissable. Rien n’est plus stable. Le paysage des certitudes et des croyances sont sans cesse redessinés par les cataclysmes, les crises et les sautes d’humeurs. Individuellement chacun s’accroche à ses convictions et en groupe on trouve souvent un fil rouge qui donne le sentiment d’une certaine pérennité, mais ce sont des îlots de stabilité dans la mer démontée de notre devenir. Dans le Plan A on va dans le mur et on ne sait pas trop où il est. C’est la chorée de Sydenham plus prosaïquement appelée danse de Saint Guy – mouvements brusques, incohérents et incontrôlables

Plan B

Le mythique et le prospectif sont au cœur du Plan B. Le mythique et le prospectif ne sont pas des denrées périssables. Ils sont entreposés dans les soutes de notre imaginaire et assurent la survie de l’espèce. Le mythique est plutôt à rechercher dans notre mémoire collective et le prospectif dans les représentations qu’on se fait de l’avenir. Encore que cela soit sujet à débats comme on va le voir. L’un et l’autre permettent néanmoins d’envisager une amélioration des troubles décrits dans le Plan A.

Peut-être y-a-t-il un Plan C.

C’est l’expérience qu’on va tenter ici. La feuille de route du Plan C c’est de connaitre le monde et ses sortilèges. Pas tout du monde ni tous ses sortilèges. On se contentera de fragments et de passage. Ce sera déjà pas mal. C’est une vieille lubie, certes, mais toujours tentante, même à l’âge qu’on a. Surtout à l’âge qu’on a.  Et pour ne pas être sujet à l’ivresse du passé et aux vertiges du futur, pour éviter les problèmes de congestion des méninges, voire  de lésions de l’écorce cérébrale qui caractérisent la chorée citée, il faut s’équiper. Or que nous reste-t-il à l’âge qu’on a sinon soi-même ? Mais y-a-t-il un moyen d’aborder le mythique et le prospectif  à travers soi sans que cela soit narcissisme, nombrilisme et vanité ?

Protocole du Plan C. Les moyens.

On a appris que le moi est haïssable …

En un mot, le moi a deux qualités :

 il est injuste en soi,

en ce qu’il se fait le centre de tout ;

 il est incommode aux autres,

 en ce qu’il veut les asservir

Pascal, Pensées, XVIIème siècle

…mais si je est un autre …

J’assiste à l’éclosion de ma pensée :

je la regarde, je l’écoute

Rimbaud,  XIXème siècle

… ça doit pouvoir s’arranger.

 Si on mène l’enquête en se servant de soi comme équipement selon ce protocole – c‘est à dire trop pathos sentencieux ni parti-pris malhonnête – on va peut-être construire une feuille de route acceptable.

“Nous sommes des machines destinées à assurer la survie des gènes,

des robots programmés de façon aveugle pour transporter

 et préserver les molécules égoïstes appelées gènes”.

Richard Dawkins

Les sources.

Les gens. Ce qu’ils disent et ne disent pas, leur trajectoire dans l’existence, leurs références, leurs souvenirs, le plus souvent reconstruits, revisités et plus souvent encore mythifiés – nous y voilà déjà – c’est-à-dire puisés dans une histoire beaucoup plus large que celle de leur vie réelle. Leurs souvenirs, leurs expériences, leurs  histoires sont partagés par la cohorte sociologique, émotionnelle, intellectuelle à laquelle ils appartiennent.

Mais les gens qui lisent ce blog sont les façonniers du futur. Pas n’importe quels gens, donc. Ce sont des gens qui cherchent un moyen de s’inventer un futur supportable à partir d’un passé passable et d’un présent délicat. Ou encore des gens qui cherchent une façon de reconnaitre leur propre rythme mythique. Ou aussi qui veulent se débarrasser de l’idée qu’on peut se débarrasser du passé. Ou encore des gens qui pensent que vous avez peut-être à portée de main, de regard, de pensée un embryon de mythe, un mythème, un greffon, un golem qui peut vous tenir compagnie longtemps et un jour devenir un vrai mythe collectif explicatif du monde : votre Plan C personnel.



de la nature de ce blog
17 septembre 2011, 18 06 49 0949
Filed under: Actualité et nouveautés

Observer le monde et faire bouger les lignes, les regarder frémir et leur donner des coups, les questionner et les acculer au bord du précipice pour qu’elles sautent enfin dans l’ère suivante. Autrement dit faire œuvre d’observateur participant, d’observacteur. Ah faire l’acteur !

De nature curieuse, je cherche à comprendre – de manière buissonnière et non académique – vers où vont les gens, vers où va le monde, vers où je vais. De tempérament plutôt actif j’ai du mal à rester au bord de la route à regarder sans bouger. Je poursuis donc l’enquête entamée il y a peu[1]. Sans davantage prétendre à quelque objectivité dans le récit de cette fiction qu’est le futur. Je me suis simplement posé la question : y a-t-il pertinence à explorer ce que les mythes ont à dire sur le futur et à narrer cette exploration ? Ou pour le dire autrement à mêler récit et enquête ? Ou encore : être spectateur et acteur.  Michel Godet[2] – qui fait référence en matière de prospective – parle d’indiscipline intellectuelle. Cette logique me parait acceptable. Il suffit de la pousser un peu plus loin et se proposer une règle du jeu : le futur, ce sont des ondes de choc émises ici et là, hier et aujourd’hui, peut-être demain (si on pense que le futur influence le présent et je pense que, oui,  le futur qu’on imagine influence le présent qu’on vit et c’est l’objet même de ce livre). Ces ondes nous rebondissent dessus. On peut peut-être en ressentir les effets, ou les deviner. La meilleure façon d’en parler c’est de descendre sur l’aire de jeu et de plonger dans la mêlée. Mes notes de voyages sont pleines des histoires qu’on m’a racontées : il y a là-dedans des légendes qui se murmurent, des fantasmes qui se divulguent. Une grosse masse d’imaginaires flottent sur nos têtes : altocumulus gravitant autour de nous, nous surplombant avec bienveillance ou nous menaçant de biais et indiquant souvent des changements de temps sociétaux. Il m’a semblé qu’ils étaient autant faits de mythes (gouttelettes du passé) que de visions( cristaux de glace du futur). Les uns comme les autres s’emparent de notre bel et terrible aujourd’hui projetant sur l’écran de l’horizon immédiat un paysage sang et or. Image baroque, sans doute, qui témoignent d’un jeu de représentations du passé et du futur[3] qui se narguent ou s’épousent selon leurs humeurs… était-ce simplement la lecture que j’en faisais ?

C’est donc la nature de ce blog: un avant-goût de mon prochain bouquin sur les mythologies du futur.


[1]  Christian Gatard. Nos 20 Prochaines Années. L’Archipel. 2009

[2]  Michel Godet, Manuel de prospective stratégique, Dunod, 2ème édition, Paris 2004.



welcome
28 mars 2010, 0 12 00 0300
Filed under: COUPS DE COEUR

 

 e-dito est le blog de Christian Gatard. Sa cybercaverne pour  curieux. Le cabinet de curiosités de ses enquêtes  buissonnières. Bonne visite. Allez tout de suite sur http://christiangatard.wordpress.com/category/actualite-et-nouveautes-de-dito/

Semaine fertile.

Les 16 et le 19 mars, trois livres, trois évènements et un autre – à découvrir ici:

[Petit Robert.  Evènement: fait auquel vient aboutir une situation, ce qui arrive et qui a quelque importance pour l'homme]

 

Une soirée Impressions Nouvelles avec le livre de Xavier Noël

Paschal Grousset

De la Commune de Paris
à la Chambre des députés.
De Jules Verne à l’olympisme

et  une SOIREE MORTELLE avec Philippe di Folco

 et enfin le premier livre de Myriam Gallot

 

 

 

 

et ça aussi… Mardi, ça fait désordre!!!

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Premier évènement c’est Mardi 16 Mars 2010, à partir de 19h30

Soirée mortelle

Il y a tout juste deux ans Philippe di Folco me demandait de participer à son approche plurielle et généreuse des différentes façons de penser la mort. Ce que j’ai fait. Avec lui et 200 auteurs curieux. C.G.

http://christiangatard.wordpress.com/category/le-blog-de-la-mort/

Le 16 mars, vous apprendrezcomment la mort voyage à travers l’aventure des mots . Vous comprendrez comment les mots de la mort permetttent de mieux apprécier la vie.  Vous saurez pourquoi, face à la mort, les mots semblent résolument impuissants à signifier ce qui est. Tels sont les trois enjeux  qui parcourent ce dictionnaire, unique en son genre. 200 auteurs sous la direction de Philippe Di Folco croisent leurs approches.

Une soirée organisée par les Editions Larousse.

 

 

6, villa Marcel-Lods
Passage de l’Atlas
75019 Paris – FRANCE

 

 

 

 

 

 

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C’est quoi Mardi ca fait désordre ?Au bal des curieux ceux là font très fort. C’est aussi mardi 16, pas très loin du MOTIF. On peut faire la navette? Ben ouihttp://www.cafaitdesordre.com/blog/

Nous on fera!

 

 

 

 

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 le 19 mars, deuxième évènement: il y a quelque temps une visite ensoleillée au Salon du Livre Ancien de Bergerac me met en contact avec Alain Braut, résidant à Canals, près de Grisolles, le village où Paschal Grousset a passé son enfance.  Alain Braut a été co-organisateur du premier colloque sur Paschal Grousset, à Grisolles justement. Alain Braut me parle alors de Xavier Noël à qui je propose de rencontrer Benoit Peeters. Voici la suite :

Benoît Peeters, responsable des éditions Les Impressions Nouvelles vous prie de bien vouloir assister à la présentation en avant-première de la biographie de Paschal Grousset, par Xavier Noël le vendredi 19 mars 2010 à 18 heures 30 au Café des Techniques du Musée des Arts et Métiers 292, rue Saint-Martin, Paris 3e

Merci de confirmer votre présence au : 06 16 72 77 20Ou par courriel : noel-xavier@orange.fr 

 http://www.lesimpressionsnouvelles.com/

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Myriam Gallot vient de publier LES COEURS SUSPENDUS chez NOVINY. C’est un autre évènement dont on parlera bientôt. C’est aussi le 19 mars de 18h30 à 21h30 à la galerie Mycroft, 13 ter rue Ternaux Paris 11ème.

Myriam Gallot c’est aussi http://lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com/

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L’évènement du début du mois ce fut la soirée de Delphine Volange le 3 mars.

 Demandez son disque au  rayon chanson française  à la Fnac Ternes, Halles ou Montparnasse.

 Encore une fois, mille bravos & “bravi” à Delphine qui nous a enchanté!C’est un personnage qu’elle fait exister sur scène; et, de plus, elle joue avec son personnage! C’est carrément pirandellien. Elle n’est pas “qu’une”chanteuse-auteur-compositeur. Elle est un tout enchanteur, magique, qui nous fait entrer dans son univers en deux mots, deux attitudes, quelques répliques décalées, incongrues, drôles. J’ai A-DO-RE, comme tout le monde!  Françoise Gallo   le 4 mars

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La visite du Cabinet de Curiosités se fait dans la liste des CATEGORIES là, à gauche…

à lire dans cette nouvelle mise en ligne:

LE ROADSHOW de Christian Gatard

INFLUENCIA et Isabelle Muznik

LA CHINE selon Denis Lejeune

LA MORT en dictionnaire selon Philippe di Folco (voir ci-dessus et ci-dessous, la mort on y échappe pas facilement)

LE POETIQUE RADICAL de Luc Dellisse

LA CULTURE ET LA TRANSCENDANCE par Benoît Peeters

and much more avec Jean-Yves Corre, Sabine Baffray…

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e-dito a trois sons favoris, Jean-Philippe Goude, Alex Jacquemin et Delphine Volange.

Le clip de Delphine Volange est sur Dailymotion

http://www.balandraseditions.com/newsclipchina2.html

et sa page Facebook http://www.facebook.com/pages/Delphine-Volange/323308330190 est à déguster comme un macaron de LADUREE…

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Le roadshow a pris son envol, pour suivre son actualité, c’est ici: http://christiangatard.wordpress.com/category/ah-ah-ah-voici-nos-20-prochaines-annees-et-son-roadshow/ 

et pour en savoir plus sur ma démarche , l’entretien avec Myriam Gallot:

http://lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/11/09/entretien-avec-christian-gatard.html

 

 

 

 

Le roadshow c’est aussi l’actualité Prospective, et l’actualité prospective, c’est çà:

Le premier magazine interactif CarnetTendance Influencia est sur  http://www.influenciatendance.net/  Le Trendmag des influences est une source d’inspirations, de rebondissements et de surprises. Le futur est déjà là! C’est une prospective du présent, c’est le goût des choses qui s’annoncent. C’est le propos d’Isabelle Musnik. Son edito est à lire  tous les jeudis. Les tendances, signaux faibles des chambardements de demain, signaux forts de nos passés les plus récents?

 

 

 

 

dans son Observatoire des tendances, René Duringer en fait une analyse complète et passionnée

 http://smartfutur.blogspirit.com/archive/2010/02/13/influencia-lance-carnettendance-influencia-le-premier-magazi.html

l’actu de Nos 20 Prochaines années, c’est aussi http://www.trendmark.fr/perspectives53_tendance3.html avec un joli clin d’oeil de Dominique Cuvelier, fin tendanceur, passionnant blogueur de l’air du temps.

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- Une autre actu, c’est la Chine. Voici une contribution de Denis Lejeune qui y vit. C’est ici http://christiangatard.wordpress.com/category/le-blog-de-denis-lejeune/ et c’est assez radical.

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- Question radicalisation le regard de Luc Delisse sur l’efficace du poétique est remet une couche (c’est dans son blog et ça décape tout autant)http://christiangatard.wordpress.com/category/le-blog-de-luc-dellisse/

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Sortie le 16 mars 2010,  LE DICTIONNAIRE DE LA MORT, ça c’est toujours d’actu et c’est sous la direction de Philippe di Folco. Vous trouverez dans la catégorie LE BLOG DE LA MORT quelques unes des contributions que ce projet m’a inspiré.  http://christiangatard.wordpress.com/category/le-blog-de-la-mort/

 le communiqué de presse: 

http://www.philippedifolco.info/ext/http://www.editions-larousse.fr/Service_Presse/Communique/PDF/Dictionnaire_de_la_Mort.pdf

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Benoit Peeters  interroge la culture dans le magazine culturel de l’Université de Liège

http://culture.ulg.ac.be/jcms/prod_194866/-la-culture-est-peut-etre-la-meilleure-facon-de-croire-a-la-transcendance

Ses derniers livres : Lire Tintin, Les Bijoux ravis et Ecrire l’image, tous deux aux Impressions Nouvelles, 2009. Son témloignage est au coeur des tensions fécondes dans lequelles les lecteurs d’e-dito se reconnaitront.

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“L’Atelier du Scénariste”, un essai et “Le professeur de scénario”, un roman

Ecoutez Luc Delisse, passionnant analyste de l’écriture de scénario et romancier de son “autobiographie imaginaire”

http://www.demandezleprogramme.be/L-Atelier-du-Scenariste-un-essai

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Jean-Yves Corre continue de nous émouvoir avec ses béatifications numériques

http://madones-madhommes.blogspot.com/2009/10/madones.html

http://corre-housework.blogspot.com/

et, dans le genre décapant, Corre, c’est aussi ça:

http://uneimageunjour.blogspot.com/

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Sabine Baffray enrichit nos mythodromes contemporains d’une nouvelle belle prise: LE FAUTEUIL

c’est ici http://christiangatard.wordpress.com/category/mythodromes-contemporains/

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L’année a très bien commencé avec Delphine Volange, c’était aux Trois Baudets  les 12 et 13 Janvier . On la retrouve au China Club le 3 mars. www.lechina.eu

http://www.regarts.org/

Fragile et drôle, Delphine Volange offre à qui veut l’entendre sa sensualité singulière et la tendre extravagance dont elle a le secret. Elle semble réveiller le doux fantôme d’un passé éternel, diva de cinéma, pimpante ou poignante, qui joue sur scène – non sans dérision – ce qu’elle est au naturel à la ville, dans ses toilettes distinguées et subtilement anachroniques.

L’éditeur Laurent Balandras, à l’origine de la carrière d’Olivia Ruiz, décide de soutenir activement son travail. Entourée par un nouveau groupe de musiciens dont le guitariste Eric Delval et Gouleck, le batteur du groupe Weepers Circus, elle se produit en 2008 et 2009 à l’Archipel et au Sentier des Halles. En Octobre 2009, elle participe au Show Chet aux Trois Baudets, aux côtés d’Adrienne Pauly, Camille BazBaz ou encore Bertrand Belin. La chanson Sirènes est enregistrée au Studio « le Chantier » à Montreuil et un clip se prépare sous la direction d’Armel Hostiou. Delphine Volange a noué de solides liens artistiques avec Bertrand Belin qui participe aujourd’hui à l’écriture musicale de son premier album.

Dans Le FIGAROSCOPE

L’occasion de découvrir Delphine Volange, une artiste dont le cercle des admirateurs ne cesse de s’agrandir. On ne résiste pas au charme à la fois suranné et terriblement moderne de cette belle chanteuse. A.G.

 

http://www.myspace.com/delphinevolange

www.lestroisbaudets.com

64 bd de Clichy
75018 Paris

lire aussi le papier de Gilles Médioni (L’Express)

http://blogs.lexpress.fr/all-access/2010/01/post-4.php
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www.lesimpressionsnouvelles.com

 

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Sandrine Prévot, ethnologue, chargée d’études chez Gatard et Associés, publie chez L’Harmatt

an

Les éleveurs Raika en Inde. Nomades d’aujourd’hui? 

 

Sandrine a exploré un passé qui n’en finit pas de se survivre… Fascinante épopée.

Les Raika sont une caste d’éleveurs dans la zone la plus aride de l’Inde, le Rajasthan. Si, selon la mythologie, le dieu Shiva les a créés pour élever les dromadaires, ils sont aujourd’hui des éleveurs de moutons. Cette activité favorise l’intégration économique des Raika à l’Inde contemporaine, alors que les changements économiques et écologiques qui ont affectés le pays de ces dernières décennies ont paradoxalement contraint ce groupe à la vie nomade. Ce changement de mode de vie n’a toutefois pas entraîné une profonde modification de leur organisation sociale. Par ailleurs, la structure sociale pastorale a également été entretenue par la spécificité de leur système d’alliance : un mariage par échange de sœurs entre deux groupes agnatiques. Cependant leur mobilité croissante les isole socialement et culturellement de la société moderne. Cela pourrait n’avoir aucune répercussion sur leur structure sociale si certains membres de cette caste, qui choisissent d’abandonner le pastoralisme pour exercer des métiers dans les villes et remettent en cause l’institution du mariage, n’initiaient un mouvement de scission au sein de la caste.

 Sandrine Prévot a partagé pendant plus d’un an la vie des Raika. A travers une description fine de leur vie quotidienne elle propose dans cet ouvrage une analyse des transformations du pastoralisme face à la modernisation de l’Inde. Sandrine Prévot est ethnologue, docteur du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative de l’université Paris X – Nanterre, et membre du Centre d’Etudes de l’Inde et Asie du Sud. Elle apporte aujourd’hui toute la finesse de ses analyses à Gatard et Associés.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=numero&no_revue=&no=31396

  

   Gilles Schlesser, un des fondateurs d’e-dito, revient à ses premières amours.

Vient de paraître :

   

  C’est chez Parigramme. C’est donc dans toutes les bonnes librairies. Un polar rimbaldien ! et qui a déjà ses enthousiastes blogosphériques: http://4decouv.blogspot.com/2010/05/mortelles-voyelles-de-gilles-schlesser.html

http://www.paperblog.fr/3273651/mortelles-voyelles/

et un très beau papier dans Marianne du 29 mai de Guy Konopnicki!

   

 Thomas Schlesser, un autre fondateur d’e-dito, publie lui :

 Une histoire indiscrète du nu féminin

Cinq siècles de beauté, de fantasmes et d’oeuvres interdites

La nudité féminine parcourt toute l’histoire de l’art et devient centrale dans la peinture à partir de la Renaissance. Explorant la façon dont les peintres s’emparent des archétypes et jouent avec les codes de l’histoire de l’art, Thomas Schlesser, raconte cinq siècles de représentations de la femme occidentale.

Qui d’autre que Thomas pouvait se lancer dans cette sublime randonnée ?

http://www.evene.fr/livres/livre/thomas-schlesser-une-histoire-indiscrete-du-nu-feminin-43506.php

   

 Soline Haudoin etGéraldine Genin font Tilt.

Soline a été jusqu’à récemment au cœur de l’essor d’e-dito avant de voler de ses propres ailes et faire Tilt.

 L’agence Tilt est spécialisée dans le conseil en communication culturelle :http://www.agence-tilt.fr/SITE_FLASH_03.swf

Au service des entreprises, des artistes et des collectivités, l’Agence Tilt est spécialisée dans le conseil en communication et en développement d’initiatives culturelles et artistiques à travers trois pôles métiers :
- Le conseil en communication culturelle
- L’ingénierie touristique et culturelle
- La promotion d’artistes

L’agence est le commissaire de l’exposition :

L’art selon Elles, un regard sur les artistes femmes de 1850 à nos jours

Martine Aballéa – Geneviève Asse – Georgette Agutte – Virginie Barré – Carole Benzaken – Rosa Bonheur – Louise Bourgeois – Rebecca Bournigault – Sophie Calle – Geneviève Claisse – Céline Cléron – Camille Claudel – Louise Damasse – Sonia Delaunay  - Gloria Friedman – Cécile Hartmann – Rebecca Horn – Virginie Isbell – Krystyna Kaminska – Arezu Karubi – Yayoi Kusama – Nicola L – Emmelene Landon – Marie Laurencin – Dora Maar – Aurélie Mathigot – Lisette Model – Berthe Morisot – Lucy Orta – Vera Pagava – Catherine Panchout – Titi Parant – Malgorzata Paszko – Françoise Pétrovitch – Sophie Ristelhueber – Candida Romero – Colette de Sadeleer – Maria Sepiol – Jeanne Susplugas – Agnès Thurnauer – Suzanne Valadon – Françoise Vergier – Elisabeth Vigée Le Brun…

C’est à l’Espace Culturel Les Dominicaines, Pont-L’Evêque (Normandie) – 5 juin-19 septembre 2010 

Soline et Géraldine explorent les ponts de singe qui seront demain des viaducs de l’esprit : l’art et l’entreprise ont-ils signé leur pacte faustien ?

La renaissance annoncée dans le roadshow est entre leurs mains : fulgurance et  impertinence. Thomas Schlesser fera la conférence inaugurale de L’art selon Elles,  le 5 juin à 17h. 

 



de la nature du road show
1 janvier 2009, 8 08 04 0104
Filed under: Nos 20 Prochaines Années

2009 a été plutôt bienveillant pour NOS 20 PROCHAINES ANNEES

quelques extraits:

Plus on parcourt ces pages, plus on s’éprend de l’impertinence fulminante de l’auteur

Gérald Messadié, Le Magazine des Livres

Une balade parfois déroutante, mais toujours surprenante et amusante

Isabelle Giordano,Version Femina, JDD

Si vous cherchez une vision non académique du futur je vous recommande de vous intéresser au livre de Christian Gatard qui vient de sortir

Boris Perchat, boris.typepad.fr

Un livre remarquable que j’ai beaucoup apprécié. Les tendances de fond sur les 20 prochaines années pour travailler, consommer, voyager, vivre…

Benoit Arnaud, Le blog du MIP

Super original !

Serge Guerin, Prospectiviste, prospectivesociale.blogspot.com/ 

Bien écrit et vivant !

Guillaume Jobin, Président, Ecole Supérieure de Journalisme de Paris 

Vous avez vraiment renouvelé la façon d’aborder le futur, car je collectionne tous les ouvrages de prospective. Bravo pour le résultat final. Il y a vraiment des pistes nouvelles inside.

René Duringer, Trend-Spotter, http://www.smartfutur.fr

La plus grande surprise, la plus agréable peut-être pour moi, est d’imaginer qu’un livre reste encore le meilleur support envisagé pour rêver et réfléchir, même dans le futur !

C.Demoustier

Une profusion de matière à penser, c’est enthousiasmant. Félicitations !

Myriam Gallot, Blog littéraire Le Meilleur des Mondes

Très intéressant, une autre approche de la prospective

Laurent Courau, LA SPIRALE – An eZine For The Digital Mutants, http://www.laspirale.org

… voilà qui va permettre au Roadshow de continuer sur sa lancée:

 

Le roadshow de NOS 20 PROCHAINES ANNEES prend de l’ampleur.roadshow logo

La présentation dure environ 45 minutes. Images clés et phrases nerveuses mettent en scène les thèmes du livre. Les scenarios de futur craints ou espérés se dessinent sur les écrans et dans les regards.   Dans les états-majors des multinationales à Paris, New York ou Amsterdam, les yeux brillent. Des stratégies déjà s’imaginent. Dans les PME on se réjouit ou l’on s’inquiète, c’est selon.

Voici 5 semaines que je parcours le monde, bouquins sous le bras, ordi dans le sac à dos. Pas le temps de faire de prospection. Je réponds seulement aux invitations.

2010 va exacerber tout cela. Le futur est une aventure.

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François Druel, excellent traducteur de la METHODE GOOGLE de JEFF JARVIS , a lu le livre.

http://www.francoisdruel.fr/nos-20-prochaines-annees/

Nos 20 prochaines années

22 décembre 2009

By François Druel

Un livre pour la fin de l’année

Vous avez été passionné par La méthode Google et vous vous demandez de quoi seront faites nos 20 prochaines années ? Et bien figurez-vous que Christian Gatard, sociologue de la consommation s’est lui aussi posé la question.

Sa réponse fait l’objet d’un excellent livre. Je ne peux que vous engager à profiter de a trêve des confiseurs pour livre cet excellent ouvrage en vente partout.

Alors, naturellement, ce n’est pas très scientifique. C’est même parfois poétique (Christian parle de pensée buissonnière) mais c’est précisément cette créativité qui permet de se tapoter le menton en se disant « et oui, pourquoi pas ? ». La plume alerte de Christian Gatard fait que la lecture de ce livre est une vraie récréation.

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 Après Isabelle Giordano qui  fait du livre son coup de coeur en novembre dans le Journal du Dimanche, Florence Berthier dans IN FLUENCIA nous fait le coup du Père Noël. Merci Isabelle, merci Florence.

 

Le trendmag                

  Les mille et une pages de Noël

Publié le 16 Décembre 2009  

Influencia a sélectionné 10 ouvrages dont 7 sont de vrais outils pour la vie professionnelle parfois racontés comme un polar. Les 2 autres, des romans, invitent à l’évasion.  Mais tous sont l’œuvre de pubards ou de journalistes. A vos marque… pages.   

Quoi de plus merveilleux que ces quelques jours de Noël pour se retrouver en famille, se détendre et remettre à jour ses lectures ?  Influencia a sélectionné 10 ouvrages dont 7 sont de vrais outils pour la vie professionnelle parfois racontés comme un polar. Les 2 autres, des romans, invitent à l’évasion.  Mais tous sont l’œuvre de pubards ou de journalistes. A vos marques… pages.   

Nos 20 prochaines années, de Christian Gatard (Editions L’archipel), décrypte le futur de 2010 à 2030. Il étudie les nouveaux «paradygmes», les paradoxes, les surprises,  les tendances immédiates, les nouveaux rituels… tout est possible pour l’auteur qui a écouté les citoyens, les consommateurs et interrogé des observateurs ou des acteurs socioculturels. Placé sous le signe de la prospective, l’essai est documenté et pose de multiples questions comme « la ménagère rêve-t-elle de serpillères érotiques?  Que sont devenus les métiers?  Qui seront nos dieux? Manger, deviendra -t-il un acte de rébellion? »… Le prétexte à de multiples scénarii de vie de demain… 

 Ainsi que…

Le Monde de la Pub ou l’histoire globale (et inédite) de la publicité, de Mark Tungate (Editions Dunod),Brand Content. Comment les marques se transforment en médias de Daniel Bô et Matthieu Guével (Editions Dunod)Néo-Marketing (Reloaded), de Bernard Cova et Olivier Badot (Editions ems, Management & Société)Marketing Anatomy de Nicolas Riou (Eyrolles, Editions d’Organisation)Les sept règles du storytelling ou Inspirez vos équipes par un leadership authentique, de John Sadowsky et Loick Roche (Editions Pearson, Village Mondial)Réenchanter le futur par la prospective RH, de Edgard Added et Wilfrid Raffard (Editions Pearson, Village Mondial)Une histoire abracadabrantesque ou Abécédaire de la Vème République, de Marie-France Lavarini et Jean-Yves Lhomeau  (Editions Calmann-Lévy), Cubes de Yann Suty, concepteur-rédacteur dans une agence (Editions Stock). Un premier roman intriguant.   Aux lecteurs de le juger et de découvrir Thomas s’en fout, ce premier roman (Tédoublevé Editions) écrit sous forme de journal… horaire.       

 Florence Berthier

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 pour mémoire….

LES ENTRETIENS SUR LES 20 PROCHAINES ANNEES

Dans  la SPIRALE http://www.laspirale.org/  l’entretien avec  Laurent Courau

la spirale 

et dans LE MEILLEUR DES MONDES, l’entretien avec Myriam Gallot reproduit aussi dans paperblog

http://www.paperblog.fr/2500284/les-zones-blanches-de-la-carte-du-temps-entretien-avec-christian-gatard/

 http://lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com/

logo myriam gallot

 Dans ces entretiens des nouvelles du roadshow…

 roadshow logo

Pour une prospective non académique, inventive, opérationnelle.

J’entame donc ce roadshow à épisodes .

Il y aura une série d’étapes à géométrie variable centrées sur une  exploration nouvelle et créative de la prospective .

Les premiers épisodes  en version beta sont programmés en France et à l’étranger. J’en parle dès que la chose est faite.

Chaque étape est double  et se déroule sur une journée avec deux rendez-vous :

1.      Un rendez-vous avec  le monde réel des entrepreneurs et  des entreprises

C’est la face lumineuse, diurne,  de la prospective.  Rendez-vous avec les décideurs, décryptage des tendances à moyen terme, comprendre le futur pour prendre les décisions d’aujourd’hui, apprendre à prendre de l’avance,  pour apporter des réponses aux impératifs des entreprises, pour débusquer les certitudes, prendre de l’avance sur l’avenir

2.      Un rendez-vous avec le monde de la fiction, de l’art et de la recherche.

C’est la  face obscure, nocturne, éclairée par le principe  de plaisir et d’incertitude, pour défricher  de nouveaux imaginaires. Le rendez-vous se fait en soirée dans un lieu public et ouvert.



géographie du futur
12 janvier 2010, 4 04 32 0132
Filed under: Nos 20 Prochaines Années

Géographie du Futur 

  Autrefois on partait à la découverte des zones blanches de la carte du monde. Les grands dé couvreurs, les grands navigateurs ont fait rêver des générations entières. Ils sont partis explorer les terra incognita,  ils se sont émerveillés des différences, se laissant surprendre par des mondes encore impensables. Ils ont donné aux cartographes de quoi dessiner les contours du globe. 

 Les choses du futur sont un peu de cet ordre et c’est la vocation de la collection  Géographie du Futur : partir reconnaitre les zones blanches de la carte du temps.

 Du côté de la géographie de la planète les frontières et les topographies bougent à nouveau.  De nouvelles zones sont en passe de retourner à un anonymat barbare à cause de la folie des hommes. Explorer le futur c’est aussi questionner les certitudes, trouver des repères, montrer leur fragilité. Les incertitudes, les menaces, les fractures font de la prospective un sujet chaud. Des continents entiers de certitudes  sont peut-être en train de s’enfoncer dans l’abyme. Les zones blanches de la carte du temps sont de plus en plus mystérieuses. La perplexité est générale.

 La collection Géographie du Futur  est consacrée à une prospective collaborative et participative irriguée par l’ensemble des témoignages des gens et des experts. Nous voulons donner la parole à une prospective intuitive qui prend en compte utopies et dystopies sans en tirer une morale mais bien plutôt un enrichissement pour que chacun se projette d’une façon dynamique et s’enrichisse de pistes possibles. Les outils de recherche qui sont mis en œuvre sont le désir et l’inquiétude, les sciences humaines,  la création artistique et littéraire, la participation de prospectivistes et de créateurs (artistes, écrivains, sociologues, entrepreneurs, journalistes…) et une sociologie innovante fondée sur l’intelligence collective, la sérendipité,  la curiosité. Elle s’intéresse à la vraie vie des gens, aux mythes qui se construisent,  aux fantasmes, à l’imaginaire… Elle rebondit sur le réel et n’est pas dupe de sa propre fragilité.  

Christian Gatard, animateur de la Collection Géographie du Futur

La collection Géographie du Futur consolide la démarche entamée chez Archipel par trois ouvrages :

Médecine Objectif 2035 (sous la direction de Paul Benkimoun)

XXIème siècle Les innovations qui vont changer notre vie (Eric de Riedmatten)

Nos 20 prochaines années (Christian Gatard). 

Deux titres en préparation pour 2011 : 

Mythes du 21ème siècle  Christian Gatard

Le corps en révolution 2010-2050  Olivier Parent

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livraison printanière
3 avril 2010, 12 12 36 0436
Filed under: Actualité et nouveautés

Sommaire de printemps du hub curieux de Christian Gatard

(avril 2010)  

 

 

Le roadshow de Nos 20 Prochaines années inspiré par mon livre paru chez Archipel parcourt le monde. Après New-York, Amsterdam, Paris, je suis invité à l’Ile de la Réunion…

 

Actualisé en permanence, mon roadshow raconte les mythologies qui se préparent.

 

 

 

 


pour savoir où on va…

 

 

 et pour en savoir plus

christiangatard@gatardresearch.com

 

 

… le  Dictionnaire de la Mort  – dirigé par Philippe di Folco -   

 

   

a été lu par Baptiste Liger, publié le 02/04/2010

  

et c’est très vivant.

La mort pour les nuls

Un volume érudit et fascinant sur le passage de vie à trépas.

Si Eros (dieu de l’amour, chez les Grecs) va traditionnellement de pair avec Thanatos (la mort), il était logique que Philippe Di Folco s’intéresse au passage de vie à trépas. Après avoir supervisé un Dictionnaire de la pornographie (acception certes réductrice de l’éros…), l’ancien critique littéraire de Nova Magazine propose un passionnant volume en forme de question : qu’est-ce que la mort ?

A l’encontre des idées reçues

Près de 200 contributeurs ont défini les 1 000 entrées de ce dictionnaire, à travers la mythologie, la religion, l’ethnologie, le droit, les arts ou la médecine. Cette dernière nous offre d’ailleurs les éléments constitutifs du décès d’un point de vue biologique, via des phénomènes essentiels comme l’arrêt cardio-respiratoire ou la mort cérébrale. De ceux-ci découlent nombre de controverses sociales contemporaines, de l’avortement à l’euthanasie. L’un des intérêts de cet épais volume est de souligner à quel point la “destination finale” est une notion évolutive, avec des valeurs et des rites funéraires variant selon les époques ou les lieux (on saluera notamment tous les articles ayant trait à l’Asie). Mine d’informations sur la vision de la “Faucheuse” selon les grands créateurs (Bataille, Lovecraft, Cioran, Hitchcock, etc.), cette encyclopédie mortifère se révèle, au fil des pages, un régal pour l’amoureux des mots. Ainsi, saviez-vous que le gras de cadavre s’appelle l’adipocire ? Et que le karoshi désigne une pathologie mortelle liée à la surcharge de travail au Japon ?

Certes, comme toujours dans ce type d’ouvrages, quelques entrées sembleront saugrenues (Dark Vador ou l’arnaque nigériane) ou disproportionnées. N’empêche : les auteurs ont su briser bien des idées reçues dans cette large exploration de l’au-delà, où se cache, en creux, un véritable traité de vie.

et à voir:

http://www.dailymotion.com/video/xcjian_abc-dictionnaire-de-la-mort_lifestyle

Mes contributions y sont distribuées ça et là . Celle que je préfère: PSYCHOPOMPE

 … Luc Dellisse parle de Henri Van Lier et c’est magnifique. Lire dans son blog: http://christiangatard.wordpress.com/category/le-blog-de-luc-dellisse/

La Délégation générale Wallonie-Bruxelles à Paris et Les Impressions Nouvelles vous invitent à l’occasion de la parution de l’ouvrage d’Henri Van Lier, Anthropogénie, le jeudi 15 avril 2010 de 14h30 à 18h, à une après-midi de rencontres et de témoignages autour de la personne et de l’oeuvre de ce grand philosophe (1921-2009).

Lieu : siège de la Délégation générale Wallonie-Bruxelles
274, boulevard Saint-Germain
75007 Paris

Programme :
— Benoît Peeters : Introduction
— Présentation d’un entretien filmé inédit avec Henri Van Lier
— Pierre Sterckx : Henri Van Lier, quelques images
— Denis Baudier : L’Anthropogénie, petit survol d’une grande oeuvre
— Luc Dellisse : Les demeures philosophiques
— Christophe Genin : L’Anthropogénie : joindre le geste à la parole
— Emmanuel Driant : Van Lier, homme de radio
— Sébastien Fevry : Photographie et cinéma dans l’œuvre d’Henri Van Lier
— Jan Baetens : Sous le signe de Van Lier

Une réception et une présentation de l’ouvrage auront lieu dès 19h.

RÉSERVATION OBLIGATOIRE :
Tél : 01 53 85 05 11
Télécopie : 01 40 62 97 53
delgen@walbru.fr

 J’y serai.

 

   Sabine Baffray mythographie le singe 

  

et c’est impressionnant. (à lire  dans la catégorie http://christiangatard.wordpress.com/category/mythodromes-contemporains/)

Martine Roffinella publie Recherche de Fuite et Myriam Gallot Les cœurs suspendus 

  

et ce sont deux livres de nouvelles à découvrir (j’en parle dans quelques jours)

Jean Yves Corre  met en ligne chaque jour une nouvelle image de sa composition. Il y a du pire et du meilleur, du sale et du propre, du mauvais genre et du bon. Il apporte ainsi sa contribution aux rituels du quotidien.
 http://uneimageunjour.blogspot.com/?zx=8089b3982da04197

 Ca n’est pas pour les enfants. J’aime beaucoup.

et un beau papier sur Delphine Volange

http://www.regarts.org/

enfin une visite s’impose sur le blog de Nadia Bettega, photographe transculturelle

http://christiangatard.wordpress.com/category/le-blog-de-nadia-bettega/



Les coeurs suspendus de Myriam Gallot
10 avril 2010, 9 09 13 0413
Filed under: Actualité et nouveautés

C’est un livre superbe, aigre-doux et subtil, impertinent et pince sans rire. Quand on finit la lecture on est en manque… alors on relit et on découvre des coins de textes dérobés, on reprend au hasard des nouvelles et on se dit c’est aussi frais que cruel. Passionnant de découvrir la patte d’une écrivaine habile, d’une auteur si prometteuse. C’est son premier recueil de nouvelles.  15 nouvelles, pour la plupart inédites, et accompagnées des dessins en couleurs de Jean-Philippe Bretin. « Quand elle a passé sa petite annonce « JF cherche chambre contre services », elle pensait au ménage, au repassage, à garder des enfants, jamais elle aurait imaginé ça. » Une jeune provinciale cherche une chambre à Paris, un paysan endetté voit partir ses bêtes, une grande bourgeoise divorce enfin, un généreux mendiant se prend à rêver.

Le livre, publié aux éditions Novini 44, est en vente au prix de 16€. On le trouve en librairie urbi et interneti (éventuellement sur commande). 

 Myriam Gallot: son blog “le meilleur des mondes” sur le portail de Courrier International . C’est là qu’on s’est rencontré, ou plutôt qu’elle a fait un papier l’année dernière sur Bureau d’Etudes, mon bouquin paru en 2008. Papier spontané, non sollicité, très bien vu, très amusant et amusé. Début d’une correspondance. On se voit deux ou trois fois entre Paris et Lyon. Elle m’envoie le manuscrit de quelques unes des nouvelles de Coeurs Suspendus. Enthousiasme. Qui peut dire sans vergogne qu’internet et les TIC tuent la littérature? Nous vivons tous les jours leurs effets de diffusion fertile.

http://lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com/



Conversations avec Henri Van Lier
21 avril 2010, 6 06 19 0419
Filed under: Actualité et nouveautés

INTRODUCTION

La Délégation générale Wallonie-Bruxelles à Paris et Les Impressions Nouvelles ont organisé jeudi 15 avril une après-midi de rencontres et de témoignages autour de la personne et de l’oeuvre de Henri Van Lier (1921-2009).

Jean-Pol Baras, notre hôte,

 ici avec Pierre Sterckx                     

accueillait Benoit Peeters, éditeur d’Anthropogénie avec Jan Baetens et Marc Avelot

 
CONVERSATIONS
 
C’est ainsi que pas à pas je fis mieux connaissance avec Van Lier. Benoit nous offrit pour commencer ce très rare moment de conversation en image…

http://www.dailymotion.com/video/xczkgx_henri-van-lier-anthropogenie_school

Luc Dellisse et Emmanuel Driant

se succédèrent à la tribune. Je n’avais pas vu le premier depuis 3 jours et le second depuis 3 décennies.

CONSIDERATION 1.

La lecture de Van Lier est nécessaire. Elle est une connection ou une reconnection  indispensable avec le sens des choses. Pour ne pas se perdre de vue. Par SE j’entends bien sûr la conscience de soi, la méditation toujours féconde sur la place qu’on occupe dans son village et le repérage de son clan. Et par extension  le fait ne pas perdre de vue l’immensité des connaissances, de garder le contact avec la complexité du monde. Et en l’occurence avec ses amis. Les témoignages de cette après-midi d’hommages, souvenirs, anecdotes, inspirations croisées témoignaient que l’art de la conversation – et sans doute la façon dont Van Lier le maîtrisait – reste un bon moyen de retricoter tout ça.

CONSIDERATION 2.

Le pari des Impressions Nouvelles est de faire vivre ensemble le site http://www.anthropogenie.com  et le livre. L’écran et le papier se lancent des passerelles et ne se perdent pas de vue. Le livre est gros et lourd mais son approche et sa consultation autorisent une déambulation légère. Le site est immense. Il évoque ce que Roger Caillois appelle ilinx (jeux de vertige) où le plaisir ludique vient d’un certain affolement des sens.  Les clés d’entrée sont innombrables. Pour qui, comme moi, découvre Van Lier, il s’agit à cet instant d’une énorme gourmandise intellectuelle, de la promesse d’un festin philosophique.

CONSIDERATION 3.

J’avais été mis en appétit par la contribution de Luc Dellisse publiée sur son blog  (http://christiangatard.wordpress.com/category/le-blog-de-luc-dellisse/.  L’après-midi orchestrée par Benoit Peeters a confirmé une piste : la dégustation  d’un auteur relève d’une triangulation à la manière d’un GPS – le texte , l’homme qui en est l’auteur, le  moment culturel qu’il occupe dans son bassin sémantique(1) . Dégustation, donc, car c’est d’une invitation à un banquet qu’il s’agit. Menu en trois temps: entrée, plat, dessert. Pour ce qui est de l’ordre d’arrivée des plats, à chacun ses priorités. Le texte comme entrée, l’homme comme plat et le bassin sémantique en dessert… ce n’est pas normatif. On peut inverser.

(1) vous connaissez cette métaphore géniale de Gilbert Durand?

CONSIDERATION 4.

Benoît Peteers retissait un lien

que Luc Dellisse saisissait au bondet qu’Emmanuel Driant interpellait du fond des âges.

Mais ce sont là des considérations de l’intermonde chères à Villiers de l’Ile Adam. Vraiment de quoi je me mêle?



un post sur le roadshow
23 avril 2010, 21 09 25 0425
Filed under: Actualité et nouveautés

 

à lire dans http://christiangatard.wordpress.com/category/ah-ah-ah-voici-nos-20-prochaines-annees-et-son-roadshow/

 



porte dérobée
2 mai 2010, 9 09 44 0544
Filed under: Le Blog de Christian Gatard

Ceci est un work in progress.

Cette portion du hub a un avantage considérable. Elle est dérobée, presque secrète. Insuffisamment pour être privée toutefois, c’est un seuil, un interstice. Pour y parvenir il faut de la chance ou de la persévérance. C’est donc un lecteur chanceux et/ou persévérant qui débarque dans ce locus solus.C’est aussi là que je peux déposer les signes et les intersignes qui parcourent l’ensemble de cet épisode numérique. J’entends par épisode numérique la totalité de ce qui fait ce lieu : e-dito . Avant e-dito il y avait l’entrepôt de la rue Bichat, avant cela d’autres lieux ont fait l’affaire. Des locus solus. Des places fortes qui ont, comme tous les avatars du même acabit, été des épisodes d’immersion. Immersion dans un espace. C’est de cette nécessité d’un espace vital que je peux entretenir le lecteur qui par aventure se retrouve ici. Ainsi de cet arbre photographié dans le cimetière de Courbevoie . Il est contraint, travaillé, obligé. Il raconte la rencontre – tout sauf fortuite – entre l’organisation numérique et la sève qui grimpe encore des demeures des morts. C’est un point de départ… ou un carrefour. Les deux propositions fonctionnent. Elles ressortissent de la même nécessité. J’ai écrit sur l’idée de locus solus dans mon dernier bouquin: un lieu vierge et fertile où tout peut recommencer à partir d’une mise à plat, d’une évacuation radicale… Parlons donc de l’organisation numérique que cet arbre suggère au passant. Elle n’est évidemment pas libre. Les branches ont été soumises à la loi du jardinier funéraire. Elles n’ont pas l’apparente liberté de l’arbre en forêt. La liberté de l’arbre en forêt est au demeurant toute relative. Les formes des arbres sont celles de sa nature d’arbre. Elles subissent ou acceptent le destin de tous les arbres: être un arbre,  occuper son espace vital.  Sa liberté est de s’inscrire dans ce destin-là. L’arbre du cimetière de Courbevoie est conçue par et avec l’intelligence de la matière – et j’entends ça dans les deux sens : l’intelligence de la matière c’est une matière intelligente (le jardinier a lié  ce qui selon lui devait être lié,) et la compréhension même de cette matière par le jardinier( il s’est servi de la force de la sève qu’il a choisi de chevaucher et dominer – malin,  l’arbre a joué le jeu). Cet arbre est donc un lieu de tensions. Il évoque d’ailleurs les lignes de haute-tension qui lacèrent le paysage des campagnes et indiquent une modernité. Ou en tout cas un moment de la modernité : 20ème siècle et décennies suivantes, jusqu’au jour où elles seront enterrées. Signe ephémère donc. Quoiqu’il en soit, quelque chose se joue dans son espace vital. Quelque chose qui appartient à l’humus des morts, à la sève du vivant, au désir du jardinier. C’est peut-être le moment de convoquer la figure du serre-joint. Je n’ai pas encore écrit le mythodrome du serre-joint. C’est l’occasion de commencer.   J’utilise les serre-joints depuis les années 80. Dans l’installation proposée dans la Galerie de Virginie Jost et Guy Crété en 1989  – Les Origines de la Bête à Cornes des origines – j’avais joint des objets: des camions miniatures, des photographies, des morceaux de tissus épais. Ils étaient visibles, faisant partie du décor. Mon serre-joint de référence a longtemps été la gamme rouge importée d’URSS. On en trouvait pour pas cher dans les solderies. Il laissait une odeur assez désagréable sur les doigts, il ne fallait pas trop le forcer : il pouvait se briser, mais sa manipulation, sa ruguosité , son efficacité correspondaient parfaitement à ce que je cherchais… ou à vrai dire, comme je ne cherchais rien particulier, ce que je trouvais dans son fonctionnement me convenait très bien. Il autorisait des rapprochements, des attouchements, des étreintes, des oxymores d’objets. J’avais utilisé le terme de mythodrome pour présenter mon expo de 89. Ce n’était pas la première fois que j’en faisais usage. En 79, dans la galerie Au Lieu d’Image au 27 rue Bichat, j’avais titré mon installation Mythodrome Charrue. J’ai donc une certaine suite dans les idées puisque ce blog a aussi une catégorie intitulée MYTHODROMES et s’est enrichi de contributions de qualité que j’incite le lecteur à lire. J’ai peut-être de la suite dans les idées mais elles prennent leur temps pour s’exprimer dans les galeries. Une installation tous les dix ans! et encore celle des années 90 est dans la galerie d’ e-dito , celle de la première décennie de ce millénaire dans les bureaux/jardin de la rue Aumont Thiéville et tout ceci est d’une grande discrétion. Le titre de ce post - porte dérobée – reste donc légitime. Je disgresse. Revenons au cimetière. Le même lecteur avisé aura pointé l’évidence: le nom même de Courbevoie n’est pas fortuit. La pure ligne droite est rare dans l’univers naturel. Appolon est sans doute le dieu de la ligne droite et Dyonisos celui de la courbe. J’éprouve une gourmandise métaphysique dans les cimetières. Dyonisos, les courbes, les galbes, les formes de la caresse s’y rencontrent. Festin secret, bien entendu.

(à suivre le reste est dans la salle des machines…)

 

Cet arbre n’est pas virtuel. Sans entrer tout de suite dans les détails, je précise toutefois que je n’oppose pas virtuel et réel. C’est un combat dépassé. La porosité entre les deux a créé un nouveau composite dans la représentation du monde. (salle des machines)



Delphine Volange le 12 mai au Sentier des Halles!
13 mai 2010, 15 03 17 0517
Filed under: Actualité et nouveautés

 

Delphine Volange était le 12 mai à 21h45 au Sentier des Halles

http://www.lesentierdeshalles.fr/soiree/299

C’était au 50 rue d’Aboukir, c’était à Paris, c’était son nouveau spectacle!

Fragile et drôle, Delphine Volange a  offert à une salle comble et comblée sa sensualité singulière et la tendre extravagance dont elle a le secret.

Elle semble réveiller le doux fantôme d’un passé éternel, diva de cinéma, pimpante ou poignante, qui joue sur scène – non sans dérision – ce qu’elle est au naturel à la ville, dans ses toilettes distinguées et subtilement anachroniques.

Ce fut  l’occasion de célébrer la sortie du clip et du single Sirènes, dans les bacs depuis le 28 avril 2010

 

http://www.myspace.com/delphinevolange

son clip:

http://www.dailymotion.com/video/xc88a2_delphine-volange-sirenes_music

Mais de quel ciel tombe-t-elle ? Delphine Volange est venue au monde en déshabillé de soie rose pâle, parmi les roses anglaises d’un jardin sarthois, à la fin d’un mois d’août. Enfant, elle se plonge avec délices dans les Liaisons dangereuses et fait la lecture des Petites filles modèles à sa poupée en pimentant légèrement le récit. Ses parents, charmés, décident de lui donner une éducation religieuse, chez les Sœurs de Sainte Marie des Invalides, dans le 7ème arrondissement de Paris. Après avoir hésité à entrer au couvent, elle séduit ses professeurs de bel canto et débute en cocotte fin de siècle, délicieuse et déglinguée, dans les salons des beaux quartiers où l’on donne encore des concerts à l’heure du thé. Un passage éclair à l’École Normale de musique la conforte dans sa voie : elle sera chanteuse et auteure, aux confins de la musique de chambre et du pop-rock.

Depuis 2003, lancée sur les petites scènes du tout Paris, elle affole le cercle de ses aficionados : fragile et drôle, comédienne sur les bords, elle offre à qui veut l’entendre sa sensualité singulière et la tendre extravagance dont elle a le secret. Elle semble réveiller le doux fantôme d’un passé éternel, diva de cinéma, pimpante ou poignante, qui joue sur scène – non sans dérision – ce qu’elle est au naturel à la ville, dans ses toilettes distinguées et subtilement anachroniques.

Pour autant, les textes de Delphine sont étrangement modernes. On est tenté d’évoquer l’esprit poétique d’un certain XIXème siècle à la fois limpide et raffiné mais c’est pour dire qu’ils sonnent « classique » au meilleur sens du terme c’est-à-dire teinté chez elle d’une sorte d’intemporalité gracieuse. Ils témoignent d’une plume vénéneuse trempée dans l’eau de rose, une plume de cygne caressante, et acérée aussi.

Parmi les chansons que je préfère… la belle et intense Rumeur du Monde donne à entendre que nos chaos intérieurs entretiennent le brouhaha du monde, sa violence et ces guerres même dont nos médias sont obsédés. …

Entre un Je Vous salue Marie sensuel et rédempteur “entre vos cils merveilleux le diamant pur de vos yeux abolit le péché si vieux “ et des Bas de soie hautement féminins qui n’en finissent pas de filer vers les étoiles …Delphine exalte et taquine une virilité chérie dans ses quelque peu virtuoses Bijoux, saupoudrés de poil à gratter… Aux dernières nouvelles, elle célèbre le départ au Ciel de Paris Hilton tuée par les vanités terrestres et s’abandonne au chant des Sirènes de la ville qui chavirent d’amour les vaisseaux dans nos veines et nos cœurs au long cours, Capitaine …

Le plus grand mystère entoure la vie privée de la chanteuse. Je tiens de son père qu’elle cache un flacon de sels dans le revers de ses jupes, ne dit plus son âge depuis son douzième anniversaire, parle aux âmes errantes, ne boit que des jus d’algues et ne goûte que des gâteaux de riz japonais, n’écoute que du Puccini et danse sur Franz Ferdinand. D’aucuns disent qu’elle change d’hôtel chaque soir, en exigeant des duvets de soie. Qu’elle n’utilise que le parfum Empreinte de Courrèges, depuis introuvable. D’autres vous diront que l’amour de sa vie s’est noyé dans le lac de Côme et qu’elle chante à en mourir, pour le ressusciter. Décidément, la voix inclassable de Mademoiselle Volange et ses manières d’oiseau rare sont un baume pour les âmes sensibles en ces temps égarés.

Gilles Schlesser 

Gilles Schlesser



Le roadshow du futur à l’Ile de la Réunion
26 mai 2010, 19 07 03 0503
Filed under: Nos 20 Prochaines Années

 

le 24 juin 2010 à l’Hotel Mercure Creolia

au coeur de l’Ile Intense

à 8h30

une initiative de Master Group  Facto-Saatchi & Saatchi

Sociologue, essayiste, romancier, consultant, fondateur de Gatard et Associés, rédacteur en chef d’e-dito.com, directeur de la collection Géographie du Futur chez Archipel, Christian Gatard abordera dans le roadshow les thèmes suivants :

-       Les vingt années qui viennent n’ont pas bonne réputation… pourtant une Renaissance se dessine 

-       Les lignes de haute tension de notre avenir proche

  •  Les mythes anciens continuent de conduire le monde
  • Les fractures s’accentuent dans tous les compartiments du « jeu- monde »
  • Chambardement Orient/ Occident : le narcissisme européen en prend un coup
  • Place aux autres cultures : Asie, Amérique du Sud et bientôt Afrique

-       Art de vivre et consommation

  • L’homme nouveau est transhumain
  • L’homme nouveau est tout ou rien
  • L’homme nouveau est féminin
  • L’homme nouveau n’a pas l’âge de ses artères
  • L’homme nouveau entre spiritualité et barbarie
  • En route pour une mobilité immobile
  • La maison comme hub
  • Vers une satiété arrogante et une famine généralisée.
  • Manger pour sauver le monde et le retour des banquets
  • La recherche de la jouissance et de la palpation : le vow factor
  • L’art de plus en plus sauvage, de plus en plus ironique
  • Le corps, nouvel héros de l’imaginaire
  • Le jeu s’empare de la dynamique sociétale
  • Le commerce sera une fête
  • Les trois nouveaux enjeux pour les marques : océanique, folklorique, historique !

-       Les trois décennies qui viennent :

  • La transparence
  • L’hybridation
  • L’allégeance rebelle

-       Quelques sujets d’inquiétude

-       Quelques sujets de consolation

-       Vers où va-ton ?

-       Conclusions :

  • et l’avenir de l’avenir ?
  • L’imaginaire de l’Océan Indien sous le regard d’une enquête buissonnière

 



un été e-dito chaud
20 juin 2010, 10 10 33 0633
Filed under: Nos 20 Prochaines Années

 

Christian Gatard a présenté Le Roadshow de Nos 20 Prochaines Années  à  l’Ile de la Réunion le 24 juin…  savoir plus

 Actualisé en permanence, le roadshow raconte les mythologies qui se préparent. Une prospective en dehors des sentiers battus qui explore les zones blanches de la carte du temps

 

 Le roadshow  s’abreuve au futur, il se délecte aux frontières des temps qui viennent. Pour en faire partie avant les autres, pour marcher sur les lignes de crête,  appelez Christian Gatard 0607740771

 

and much more à croquer avec gourmandise en vous baladant dans le blog



e-dito est le Cabinet de Curiosités de Christian Gatard
18 juillet 2010, 13 01 19 0719
Filed under: E-dito


en cliquant ici: http://christiangatard.wordpress.com/category/ah-ah-ah-voici-nos-20-prochaines-annees-et-son-roadshow/ vous pourrez lire deux ou trois choses sur les aventures du roadshow à travers le monde.

et  en cliquant  http://christiangatard.wordpress.com/category/ah-les-coups-de-coeur-de-e-dito/

…  des commentaires enthousiastes et justifiés sur le Paschal Grousset de Xavier Noël, paru aux Impressions Nouvelles, un livre aussi étonnant que son sujet.

Paschal Grousset a vécu dans l’ombre de Jules Verne et dans la lumière de la Commune de Paris. Il connu la pénombre d’un pénitencier en Nouvelle Calédonie, et le crépuscule londonien d’une vie d’auteur en exil. Un parcours fascinant décrit par un chercheur fasciné…

et bientôt Aigues-Marines et Bleues Nuits de Christoph Chabirand… rencontré lors d’une mémorable signature à la Librairie Autrement à St Denis de la Réunion… une lecture croisée, amusée, poignante d’un écrivain qui est aussi tromboniste!!!

 

 

 

 

 

 

 

 

… à part ça vous trouverez  dans ce blog un peu labyrinthique qui a pour vocation d’être une salle des machines, un hub, un cabinet de curiosités, donc…des informations sur mes livres, mon activité professionnelle, mon roadshow, les blogs de mes amis, une galerie d’art et pas mal d’autres choses… bonne promenade !

 



e-dito est le blog de Christian Gatard. Le cabinet de curiosités de ses enquêtes buissonnières. Bonne visite.
13 septembre 2010, 9 09 00 0900
Filed under: E-dito

 

 

 

Luc Dellisse propose une m-éditation sur la poésie comme bouclier apotropaïque. Cliquez sur son nom pour aller sur son blog. A lire et relire.

On a toujours cette actu et il y en aura d’autres…

 

Delphine Volange

 

http://www.quartierdete.com/actualites/linvite-de-la-semaine/

Gilles Schlesser

http://action-suspense.over-blog.com/article-gilles-schlesser-mortelles-voyelles-noir-7-5-ed-parigramme-52501251.html

et toujours

Pauline Klein

Alice Kahn, http://christiangatard.wordpress.com/category/ah-les-coups-de-coeur-de-e-dito/

son roman chez Allia. Alice Kahn

et…

La bio de Paschal Grousset par Xavier Noël aux Impressions Nouvelles

Le retour du roadshow de Nos 20 Prochaines Années après mon périple (Shanghai, Mexico, New-York, La Réunion, etc), http://www.zinfos974.com/Le-futur-decrypte-aux-chefs-d-entreprise_a18915.html

la préparation de la rentrée prospective… et autres gourmandises...

Jean Yves Corre,.

 http://uneimageunjour.blogspot.com/

et des news de Nadia Bettega in America, dans son blog

http://christiangatard.wordpress.com/category/le-blog-de-nadia-bettega/

 



e-dito est le blog de Christian Gatard. Le cabinet de curiosités de ses enquêtes buissonnières. Voici le coup de coeur de la rentrée
14 septembre 2010, 10 10 41 0941
Filed under: COUPS DE COEUR

Dévoré, le passionnant travail de Dominique Cuvillier. Les 100 Tendances pour demain sont d’une grande efficacité. J’aime à la fois le ton, la posture de l’auteur, son humour et sa plume. Pour tout vous dire je le prends pour un des meilleurs bouquins parus ces derniers temps sur le sujet.Au vrai, c’est une formidable source d’inspiration , déjà incontournable.  Très impressionné par la maîtrise de tant de sujets, je confesse (avec bonheur) avoir appris plein de choses, et  avoir eu envie de rebondir, de partir fouiner pour en savoir plus sur d’autres. C’est un déclencheur que ce bouquin ! Sa liberté de ton est un délice… Ceci évoque nécessairement la proximité de nos travaux. Combien de fois ai-je eu le sentiment au cours de cette lecture que nous étions de même équipage, lancés sur les territoires vastes – et encore vierges évidemment – de futurs plus ou moins proches, arpentant  des terroirs numériques  et des arpents de réalités émergentes, tels des aventuriers sur ces sentiers prospectivistes. Lire Les 100 Tendances pour demain me donnait le sentiment que nous nous retrouvions au bivouac, nous donnant des tuyaux  pour l’exploration du lendemain, pour nos découvertes à venir.

CG

 http://www.cuvillierconsultant.com/



un automne bien rempli
16 octobre 2010, 16 04 28 1028
Filed under: E-dito

Commençons par des nouvelles de Claude Grunitzky qu’on ne quitte jamais même s’il est tout le temps dans le monde entier. Le NewYork Times le célèbre à sa manière mieux qu’on ne saura faire aujourd’hui

http://www.nytimes.com/2010/10/17/realestate/17habitat.html?_r=2&hpw

mais on se rattrapera bientôt… On sera chez lui à New York la semaine prochaine…

et toujours à visiter http://www.trace212.com/ qui va muter fêtant sa final party avant de repartir pour de nouvelles aventures

puis le formidable DERRIDA de Benoît Peeters dont on entame la lecture qui désintimide d’entrée de jeu et qu’on va commenter très bientôt

http://www.derridalabiographie.com/?p=60

Je me suis plongé avec délices dans la lecture. Clin d’œil de l’histoire j’ai côtoyé sans le savoir Derrida au Mans avec la même détestation de cette ville. Les touches impressionnistes sur la vie qui régnait là-bas sont tellement justes ! J’avais quelques années de moins sans doute mais pas moins de frustration à y être. Je médite sur ma propre lecture de ce livre magnifique : je crois que Derrida m’intimidait terriblement, il me semble que ce livre va me donner un peu  d’aplomb pour l’approcher. Et le dispositif des deux livres de Benoît Peeters qui met en abime la notion de biographie me parait totalement fascinante.

 ensuite le roman de Serge Filippini LE COMBAT DES TRENTE paru chez ARCHIPEL

le livre de Filippini rejoint absolument le chiasme triomphant de l’anticipation et de la mythologie… commentaires là-aussi pour bientôt

….ensuite encore le nouvel opus de Myriam Gallot

 

On emmènera le livre dans l’avion pour New York qu’on lira à Léa

enfin ne pas terminer cette mise à jour qui n’est qu’une mise en bouche sans parler de Xavier Noel, l’auteur du Paschal Grousset, qu’on a enfin rencontré et qui nous promet de belles conversations

http://www.lesimpressionsnouvelles.com/grousset.html

parce que Xavier Noel est aussi un passionnant photographe

http://www.xaviernoel-photo.com/

Ce post est un rattrapage. J’ai laissé passer l’été qui passa comme l’été. Fier et vitupérant. L’automne est du même tonneau. Il me faudra aussi dire l’insatiable Thomas Schlesser et ses livres d’art, l’Agence Tilt et ses passerelles entre l’art et les hommes, Gilles Schlesser et ses polars subtils, Luc Dellisse, ah Luc et son nouveau roman que j’attends avec impatience!, Olivier Parent et nos projets décapants, mon nouveau roman que je verrais bien paraître en feuilleton histoire de rejouer les choses d’antan, mes roadshows qui parcourent  la planète et la toute puissance de l’avenir qui éclate de rire.  A tout bientôt.

CG



Derrida et les démons de Michel Onfray
5 novembre 2010, 19 07 34 1134
Filed under: Luc Dellisse

de la part de Luc Dellisse,  co- fondateur d’e-dito, des commentaires qu’on partage absolument:

 J’ai découvert avec commisération, dans le numéro du Nouvel Observateur du 4 novembre, l’article que Michel Onfray consacre à la biographie de Derrida par Benoît Peeters. Ou plutôt, feint de lui consacrer. Car tout révèle, dans ce long texte bavard et malveillant, qu’Onfray n’a pas du tout lu la biographie, et qu’il s’attaque à son auteur sur base d’un texte annexe, Trois ans avec Derrida, qui décrit l’étrange entreprise qu’implique une telle plongée dans la vie et la pensée d’un mort.

 

Dans ces “carnets d’un biographe”, qui paraissent en même temps que la biographie, la modestie affichée face aux enjeux du projet, les difficultés rencontrées, les doutes avoués franchement, sont un contrepoint volontairement factuel à l’ambition de la biographie elle-même, et à l’énormité de l’entreprise. Onfray tente, non par analyse mais par divination, de déduire de quelques phrases picorées dans ce journal de bord ce qui peut bien figurer dans la biographie véritable. Il fait par exemple une ”sortie” contre l’indiscrétion supposée de Peeters à l’égard des amours de Derrida avec une prénommée Sylviane. Rien de tel  en réalité: le lecteur véritable est frappé au contraire par la pudeur du biographe à ce sujet, et par la rareté volontaire des remarques et informations à ce sujet. Mais en cela comme en dix autres matières, il aurait fallu y aller voir de ses propres yeux.

 

Ecrire un article d’une page de revue sans un mot qui implique même indirectement qu’on a lu l’ouvrage incriminé: c’est l’aveu qu’on écrit de chic, mu par l’adrénaline, et sans pratiquer le moins de monde la méthode expérimentale illustrée par Pascal: lire le livre dont on prétend parler. Tout le contraire de la façon dont procédait Derrida, incroyablement “enfoncé”, enfoui, dans les textes qu’il commentait. Derrida mérite mieux que ces panégyriques vagues et flous qu’esquisse Onfray, et il peut se passer d’un tel défenseur”.

 

Curieusement, l’article d’Onfray révèle bien la méthode du “philosophe” dans ses livres, tant celui sur l’horreur des religions que celui sur Freud: affirmations péremptoires et approximatives, lectures cursives et partiales, généralisations hâtives et surtout, foucades et mouvements d’humeur. Par là il se révèle idéologue et vaniteux, sans aucune des qualités de travail et d’esprit de suite qu’on attend d’un philosophe, d’un essayiste, voire d’un critique. 

 

Tant d’effets de manches et d’affirmations gratuites, de la part d’Onfray, visent peut être à masquer ce qui l’a en fait si fort monté contre le premier biographe de Derrida: une phrase du journal de bord de Peeters quelque peu critique à l’égard d’Onfray lui-même (Trois ans avec Derrida, p.237). 

 

Quand on a lu les textes d’Onfray sur l’athéisme ou sur Freud, on s’en veut presque de ses propres réticences à l’égard de la psychanalyse, ou de son propre athéisme. Car Onfray disqualifie ce qu’il défend, et redonne des lettres de noblesse à ce qu’il veut démolir. La biographie de Derrida sort confortée a contrario de ce fantôme d’article où Onfray se peint en creux, comme vide et comme fumée.

 

Quant à l’idée implicite que quelqu’un qui a écrit une biographie d’Hergé et des scénarios de bandes dessinées, comme c’est le cas de Peeters, ne peut par essence pas aborder la vie d’un philosophe, elle est atterrante, et d’autant plus ridicule qu’elle est un acte de paresse. Le Derrida de Peeters, philosophe de formation mais non de profession, est un modèle de savoir, de finesse et d’intégrité. S’intéresser par ailleurs à Hergé n’y change rien. Mieux vaut du reste étudier l’oeuvre d’un artiste graphique avec le regard d’un philosophe que de parler de Freud ou de Derrida avec les moyens conceptuels des Dupond et Dupont.

 

Luc Dellisse

retour au sommaire:

http://christiangatard.wordpress.com/category/actualite-et-nouveautes-de-dito/

Luc est rejoint cette affaire par des articles bien sentis, dont celui de Michel Rotfus dans Mediapart http://www.mediapart.fr/club/blog/michelrotfusorangefr/051110/les-parerga-de-michel-onfray



Nadia expose à La Serpentine
6 novembre 2010, 19 07 45 1145
Filed under: NADIA BETTEGA

 

 

 

This exhibition is for one night only and features the work of The Diana, Princess of Wales Memorial Fund and their partners.

Photography by Nadia Bettega, the exhibition features individuals and projects dedicated to securing sustainable improvements in the lives of the most disadvantaged people in the UK and around the world

Kindly RSVP to have your name added to the guest list



e-dito actu de fin 2010
27 décembre 2010, 9 09 50 1250
Filed under: Actualité et nouveautés

à suivre, à lire, à voir, à découvrir en ce moment:

Le road-show de Nos 20 Prochaines Années c’est l’actualité du futur racontée par l’observation attentive du présent. L’enquête buissonnière que je mène depuis deux ans, je la raconte dans mes bouquins et conférences: par delà les technologies que peut nous enseigner une sociologie créative, intempestive et décalée?

- promenade en barque dans Central Park pour préparer une intervention à Boulder, Colorado ,

- récap des épisodes récents: roadshows pour et avec

et je repars à l’Ile de la Réunion pour une mise en pratique d’une prospective appliquée. Je raconterai.

La déconfiture de Michel Onfray! C’est dans le blog de Luc Dellisse: ”La biographie de Derrida par Benoît Peeters  est un modèle de savoir, de finesse et d’intégrité”    

Cliquez ici http://christiangatard.wordpress.com/category/d-comme-le-blog-de-luc-dellisse

 

Benoît Peeters

Luc Dellisse

à ne pas manquer: la déconfiture d’Onfray dans la mise en ligne du Nouvel Obs!

http://banquetonfray.over-blog.com/ext/

http://www.mediapart.fr/club/blog/michelrotfusorangefr/051110/les-parerga-de-michel-onfray

curieusement dans le nouvel obs en ligne je ne trouve plus que le texte d’Onfray, les commentaires ont disparu…

http://bibliobs.nouvelobs.com/20101111/22367/pitie-pour-derrida-par-michel-onfray

 

il faut chercher loin pour trouver http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20101117.BIB5975/pitie-pour-benoit-peeters.html

par Dominique Noguez

- L’expo de Nadia Bettega à la Serpentine, c’est dans son blog http://christiangatard.wordpress.com/category/n-comme-le-blog-de-nadia-bettega/

et son site

http://www.nadiabettega.com/

L’exposition des nouvelles toiles d’Yvonne Behnke  http://www.yvonnebehnke.com/

- Thomas Schlesser a signé  “Les Cent énigmes de la peinture – la beauté” paru aux éditions Hazan – c’est son dernier ouvrage mais ce n’est pas son ouvrage ultime ! – le mardi 23 novembre, à la librairie Delamain, 155, rue Saint Honoré dans le 1er arrondissement, en face de la Comédie Française. Ce sera à 20 h. Il  a proposé une petite discussion-intervention autour de la question suivante : “les mystères de la Beauté : pourquoi sommes-nous émus ?”. Pas un cours magistral, mais un dialogue informel avec l’auditoire.

Et après, il a signé: car c’est le cadeau idéal pour les fêtes, évidemment ! Et il y a eu des pistaches et du vin !CENT ENIGMES LA BEAUTÉ VOL2http://www.editions-hazan.fr/ouvrage/362123/cent_enigmes_la_beautE_vol2_thomas_schlesser

et le dernier livre de Eric de Saint Angel à l’humour décapant et mélancolique dont ceci donne un avant goût

«… Bref, selon le processus darwinien classique, les joyeux gentlemen bordelais furent dévorés par les Parisiens au regard morose, qui furent avalés à leur tour par les «défiscalisés» de tous poils avant que d’autres prédateurs, équivalents des requins baleines dans la chaîne alimentaire, ne reniflent l’odeur du carnage.Ces émirs du pétrole, capitalistes chinois et oligarques russes se souciaient peu du chant de la linotte mélodieuse et de la giroflée des dunes. Ils cherchaient seulement à répartir judicieusement leurs avoirs, et cette péninsule rabotée d’un côté par la houle océanique et de l’autre par les courants de marée, leur paraissait être, pour des raisons mystérieuses, un support d’investissement valable…»Couverture du livre Le roi du Cap-Ferrethttp://www.passiondulivre.com/livre-91866-le-roi-du-cap-ferret.htm

et surtout http://www.youtube.com/watch?v=PMNUk5sNbB8 Eric de Saint Angel participe d’une démarche prospective pétillante et créative….  welcome to the club, Eric!

Au royaume des miscellanées et autres incertitudes de l’existence contemporaine voici PHILIPPE DI FOLCO qui sort du DICTIONNAIRE DE LA MORT pour nous livrer son Encyclopédie bizarre et quelque peu décalée [avec la complicité d'Hervé Le Tellier] Editions Textuel 400 pages couleurs

… enfin Mortelles Voyelles de Gilles Schlesser fait un carton!!! Vous avez vu ça?:

http://www.lagriffenoire.com/mortelles-voyelles-de-gilles-schlesser–15-3065-0-Mortelles voyelles



Le cabinet de curiosités de Christian Gatard : deux objets psychopompes en une seule livraison… cadeau! et premiers indices pour arriver à l’heure au lieu-dit
5 décembre 2010, 10 10 43 1243
Filed under: Le Blog de Christian Gatard

Qu’il nous soit permis d’apporter notre contribution à l’ardeur des hommes … ce n’est pas qu’elle soit si belle, cette pontianak issue des peuples-pères, ce n’est pas qu’il soit avenant ce tracteur, figure endolorie des machines qui font le voyage entre les mondes, c’est qu’ils accompagnent une oeuvre en devenir et qu’ils ont besoin de prendre l’air quand d’incertains futurs se dessinent ici et là. On retiendra, pour les croyants, qu’ils sont les premiers indices d’un parcours qu’on retrouvera dans ce blog au cours de l’année qui vient.

De la pontianak on retiendra que c’est un vampire malais, du tracteur que c’est lui qui permet à la charrue d’opérer une trouée dans le sol vers Hadès. La pontianak est une figure ascensionnelle, le tracteur - et ses extensions métalliques acérées - suggère une figure de la verticalité.



Le cabinet de curiosités de Christian Gatard
11 décembre 2010, 16 04 08 1208
Filed under: Le Blog de Christian Gatard

 La rencension des personnages que l’on va rencontrer se met en marche.

Le premier a pris son envol.

 

Le second médite sur son rôle.

Les autres sont acquis à leur cause…

Bel exemple de solidarité planétaire. Le premier dormait devant le jardin de L’Observatoire, le second m’accueillit dans le Grand Palais et les derniers étaient au PS1 à Brooklyn.



christiangatard&co hybride e-dito
13 janvier 2011, 9 09 00 0100
Filed under: Actualité et nouveautés

e-dito, hublog métissé, mute au motif que la mutation est à l’ordre du jour, de nos jours.

à découvrir en 2011:

tout d’abord retrouvez Benoît Peeters le mercredi 26 janvier 2011, à 19 h 30 pour une conversation autour de la biographie de Jacques Derrida (éd. Flammarion) entre Benoît Peeters, écrivain, et Raphaël Enthoven, philosophe et producteur à France Culture.

 

Ce sera au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, 71 rue du Temple, 75003 Paris. 

Pour plus d’informations :

www.mahj.org/fr/5_auditorium/rencontre-Derrida.php?niv=4&ssniv=5

www.derridalabiographie.com

 Réservation : reservations@mahj.org

ou par téléphone au 01 53 01 86 48
du lundi au vendredi
de 14 h à 18 h

le Comptoir de la Prospective,

une initative de Christian Gatard et Olivier Parent

http://lecomptoirdelaprospective.blogspot.com/ (site en construction… patience!)

l’actualité du roadshow de nos 20 prochaines années

cliquez sur l’écran

puis allez ici:

http://christiangatard.wordpress.com/category/b-comme-bienvenu-dans-le-roadshow-de-nos-20-prochaines-annees/

Luc Dellisse fait chauffer les braises avant le lancement de son nouveau roman…

cliquez sur la photo

 

si vous voulez en savoir plus:  christiangatard@e-dito.com



une sorte de bio
23 avril 2011, 7 07 50 0450
Filed under: Actualité et nouveautés, Christian Gatard

Christian Gatard a fondé Gatard et Associés, logoInstitut d’études qualitatives  internationales .

Il propose en 2011 christiangatard&co une hot-shop dédiée à la prospective.

Eclairage: ses études de littérature anglaise et de sociologie s’enrichissent d’expériences diverses. L’année 1969 est consacrée à Steve McQueenqu’il accompagne en tant qu’interprète sur un film. En 1971, lecteur de français en Corée du Sud, il entre en délicatesse avec l’Ambassadeur de France après un dîner où leurs conceptions de l’ésotérisme élisabéthain Elizabeth1England.jpgne concordent pas.

De retour en France il traduit des essais de psychanalyse qui paraissent chez .

Il crée bientôt avec quelques amis, en parallèle avec son Institut, dans un loft sur le Canal St Martin, « Au Lieu d’Images » un garage à musiques, théâtres et arts plastiques. Il monte des installations sur l’imaginaire des objets aratoires, puis sur les bêtes à cornes.

L’institut prend son véritable essor avec l’arrivée de Thierry Tricard au début des années 90. Leur association fait merveille et Gatard & Associés s’installe solidement sur le marché.

Profitant de nombreuses missions d’études en Asie, Christian Gatard visite Bornéo à de nombreuses reprises, de 1980 à 1995, jusqu’à la parution de L’Ile du Serpent-Coq, son premier roman. Il publie De Conchita Watson le ciel était sans nouvelles en 2001. Et en 2003, En respectant le chemin des Dragons. Trois ouvrages qui se réfèrent au réalisme fantastique, publiés par L’Harmattan.

Le Peuple des Têtes CoupéesLe peuple des têtes coupées, chez Coprah, un essai sur les mascarons, paraît en 2005 et Bureau d’EtudesBureau d'études , aux Impressions Nouvelles, en 2008. Bureau d’études est une autobiographie.

Il contribue à Entreprises 2020 sous la direction de René Duringer en 2008.

Nos 20 prochaines années Nos vingt prochaines années : 2010-2030 : le futur décryptéest publié en septembre 2009. Depuis la sortie du livre “le roadshow de nos 20 prochaines années” parcourt le monde.

Il participe au Dictionnaire de la Mortsous la direction de Philippe di Folco en 2010.

A paraître à l’automne 2011 chez Archipel : MYTHES DU 21ème SIECLE 

Deux interviews pour en savoir plus:

par Laurent Courau dans La Spirale

http://www.laspirale.org/texte.php?id=245

par Myriam Gallot dans Le Meilleur des Mondes

http://lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/11/09/entretien-avec-christian-gatard.html



éloge des vieilles lunes
18 janvier 2011, 21 09 56 0156
Filed under: Actualité et nouveautés, Le Blog de Christian Gatard

Ca n’a pas une importance extraordinaire. Cela vous trouve au détour d’une randonnée urbaine. C’est à Saint Mandé, la photo doit dater de l’été dernier. C’est le point de départ de quelque chose. Probablement du gothique troubadour.

C’est à dire le point de départ des deux périples que voici:

Ils sont issus tous les deux d’un passé plus ou moins archaïque et ce n’est pas un problème: les choses antiques reviennent en cycle. Il n’y a là rien que de naturel. Ecrire, marcher. L’humanité n’a pas arrêté d’écrire et de marcher. Et de regarder. C’est ce que fait la soeur Anne de Saint Mandé qui regarde le scribe et l’aventurier.

Mais ce n’est peut-être pas une solution non plus, car le stylet du scribe n’est pas digital ni la canne de Savorgnan  une torche optique.  Assis, écrire. Debout, marcher. Pour autant chacun tient qui un stylet, qui une canne – Savorgnan a peut-être aussi un instrument d’écriture à la main.  Ecrire et marcher, est-ce la même chose? N’est-ce pas une vieille lune dont justement il faut faire l’éloge? cg



durable – jetable Une nouvelle contribution de Brice de Villers
2 février 2011, 11 11 13 0213
Filed under: Philosopher avec Brice de Villers

 

Le grand écart dans le temps

Si la mondialisation dans ses différentes composantes économiques, financières, technologiques et  culturelles représente un aplatissement – quoiqu’apparent- de l’espace, il n’en est pas de même du temps qui gagne en relief.

La mondialisation, c’est une affaire entendue, a réduit les distances, transformé la Terre en village, favorisé les déplacements des hommes et des choses.

Ce que cependant nous avons gagné comme facilité dans le rapport à l’espace, nous l’avons perdu ou pas encore acquis concernant le temps.

En effet, nos comportements de consommateurs, de citoyens, d’usagers oscillent en permanence entre le durable et le jetable, entre un temps lointain où se projeter et un immédiat auquel ne pas s’accrocher.

Durable la préoccupation pour le développement , les énergies, les réalisations architecturales et les projets environnementaux.

Jetable les objets du quotidien – de la vaisselle aux serviettes en passant par tant de gadgets –aussi bien que les types d’achats destinés à ne pas figer le client sur un produit : du forfait téléphonique résiliable à tout moment à un achat en leasing, il ne faut surtout pas acquérir un bien qui pourrait durer sinon perdurer.

Voilà bien le paradoxe : tout faire pour durer, ne rien avoir qui puisse durer !

Ce grand écart est significatif de notre instabilité : du haut d’une conscience aiguë de la préservation de notre environnement, de l’attention pour les générations futures, nous cherchons à faire triompher la « durabilité du monde » sur « l’usage des choses » pour reprendre les catégories de la philosophe Hannah Arendt.

Mais en même temps et pour les mêmes individus, la liberté de circuler dans l’espace désormais ouvert doit s’accompagner d’une liberté d’user du temps de sorte que l’on puisse à tout moment se défaire d’un quelconque engagement du présent vers l’avenir, ou d’un attachement du présent au passé ; bref, toujours préférer le transitoire à l’Histoire.

Croyant en avoir fini avec l’espace sans bornes ni frontières, nous aimerions qu’il en soit ainsi du temps : un temps sans relief ni aspérités, qu’il soit temps étendu sur une ligne continue ou temps réduit à la dimension d’un  point– jetable, provisoire, éphémère.

Tout l’enjeu est bien entendu de concilier le jetable et le durable , l’emprise du temps long et la déprise de l’immédiat, en d’autres mots, de rester dans ce grand écart sans effort ni douleur : rien n’assure que la mesure du temps rapporté à l’Histoire ne vienne subitement ruiner cette position inconfortable.

Brice de Villers



de la nature de ce blog
13 février 2011, 9 09 19 0219
Filed under: Actualité et nouveautés

 

news du jour

Un nouveau mythodrome est en ligne…

 

 cliquez dans l’image pour un lien direct

L’ours ou le réveil d’un roi déchu, par Sabine Baffray

 

Nos 20 Prochaines Années est le point de départ de mes “roadshows” et conférences. C’est une approche radicalement nouvelle de la prospective: impertinente, joviale, inspirante.

 

Bureau d’études est le récit de mes aventures dans la sociologie de la consommation de ces 20 dernières années.

Le peuple des Têtes Coupées est un essai sur les mascarons que vous decouvrez si vous levez la tête au dessus des portes cochères.

en cours: mes roadshows, donc, dont vous aurez un aperçu dans la catégorie B… comme Bienvenu dans… (jetez un oeil en haut à gauche de cet écran) ainsi qu’un nouvel opus sur les mythes du 21ème siècle pour la collection Géographie du Futur que m’a confiée Jean Daniel Belfond.

Bref tout ça c’est du work in progress … des trucs en salle des machines si vous préférez

en attendant

Deux coups de coeur dans cette mise en ligne:

Le dernier clip de Delphine Volange. On ne la présente plus. On en redemande!

cliquez dans l’image pour la voir sur YOUTUBE.

 

 

 

Le second c’est Jean Yves Corre. e-dito l’a déjà présenté et applaudi. On va continuer cette année! Corre explore avec la photographie l’hybridation du monde et le métissage des choses. Ca décape avec bonheur. Ca fait lacher prise. Des textes à l’appui de ces assertions pour bientôt. 

cliquez dans l’image

 

 

Ce hublog est ouvert aux contributions  qui touchent aux sujets annoncés dans la frise ci-dessus. Ce hublog est aussi  la tour de contrôle de mes roadshows – qui sont des conférences et des missions qui ont à voir avec une vision nouvelle de  la prospective.

Vous y trouverez (cliquez dans les raccourcis des mots en rouge pour un accès rapide)   des informations sur mes projets et travaux en cours, mes livres, mes activités professionnelles, les blogs de Luc Dellisse, Denis Lejeune, Anne Charbonneau, Brice de Villiers, Nadia Bettega

 

bonne promenade dans ce blog un peu labyrinthique à  visiter à partir de l’alphabet à gauche de l’écran dans CATEGORIES.



un nouveau mythodrome de Sabine Baffray:L’ours ou le réveil d’un roi déchu
12 février 2011, 14 02 24 0224
Filed under: Mythodromes contemporains

 

Petit rappel : le mythodrome, mode d’emploi

Laissez-vous surprendre par un objet. Quotidien, familier, peut-être un peu banal. Un objet anodin. N’importe quel nodin fera l’affaire, ils sont tous très serviables. Il vous aborde un jour ou l’autre. L’air de rien, ou l’air d’un autre. Ne vous laissez pas prendre trop tôt. Résistez juste assez. Il a tout son temps. Vous aussi. Il est là, quelque part dans le bric-à-brac universel – inventions en pleine gloire comme l’automobile, découvertes décaties comme le serre-joint, principes abandonnés comme les objets aratoires. L’objet qui vous aime prendra la parole. Ce jour-là, il faudra passer du temps avec lui, l’apprivoiser, le chevaucher, lui trouver un endroit. Les objets sont des véhicules qui voyagent en amont et en aval du temps.

Certains remontent vers les sources et témoignent à leur retour. Quelques uns ont assisté au commencement de toutes choses. D’autres descendent vers le fleuve et nous annoncent au monde futur. Quand reviennent ces voyageurs il leur faut un endroit pour se reposer, jouer, pisser, raconter: un mythodrome.

 

 

 

L’ours ou le réveil d’un roi déchu

 

L’ours: un enjeu symbolique fondamental pour les sociétés de l’Occident

Aucun animal n’est plus enclin à faire le mal / Pline l’Ancien, Histoire Naturelle

L’ours, c’est le Diable / Saint Augustin, Sermon sur Isaïe

… toutes ces ressemblances avec l’homme ne rendent l’ours que plus difforme et ne lui donne aucune supériorité sur les autres animaux / Buffon, Histoire Naturelle

Dans le monde occidental, le culte de l’ours vient de loin, de très loin, des temps paléolithiques: l’ours n’est pas seulement l’incarnation de la force brute, habitant des grottes où l’on passe d’un état à l’autre, il est l’intermédiaire entre le monde des bêtes et celui des hommes.

Dans la mythologie grecque, on retrouve déjà clairement les trois thèmes de base de la symbolique du plus fort des animaux présents sur le sol européen.

- La métamorphose : s’il est attribut d’Artémis, farouche et vindicative, chasseresse protectrice des bêtes sauvages, on retient surtout le sacrifice d’Iphigénie ou le destin de la nymphe Callisto, séduite par Zeus et transformée en ourse pour devenir constellation aux cotés de son fils;

- L’ourse maternelle qui protège et nourrit l’enfant humain: à l’instar de la louve romaine, Pâris, fils de Priam et Atalante (seule femme admise parmi les argonautes) sont nourris par des ourses;

- L’amour transgressif qui unit une femme et un ours mâle: histoire de Polyphonte, compagne d’Artémis, à laquelle Aphrodite inspira cet amour monstrueux avant qu’Arès ne la transforme avec ses enfants en oiseaux redoutables …

Dans tout le monde celtique, on honorait Artio, déesse du cycle des saisons, de la protection et de la prospérité et jusqu’au XIIème siècle, en tête de liste des cadeaux royaux, on offrira des ours… « Maitre du temps puissant à venir », réputé désirer charnellement les jeunes femmes qu’il enlève et viole pour donner naissance à des être mi-hommes, mi-bêtes, toujours guerriers redoutables, l’ours est l’ancêtre totémique de lignées prestigieuses : le roi Arthur, porte le nom d’Arth (ours), n’est-il qualifié et honoré du nom de « Roi ours »? Selon la légende, toutes les communautés tziganes ne l’ont-elles pas pour ancêtre fondateur?

 

 

Mais, à l’époque de Charlemagne, ce n’est pas tant ses troupes que les prélats et les clercs qui lui déclarent la guerre.  A cela une raison précise, l’ours, fait l’objet d’une vénération et d’un culte souvent frénétiques, voire de rituels « démoniaques », notamment chez les guerriers germaniques. Il faut l’éradiquer pour convertir les peuples barbares à la religion du Christ et de Rome.

Dans l’iconographie médiévale, l’ours chargé de péchés capitaux (tromperie, luxure, goinfrerie, colère, envie et paresse…) devient l’incarnation du diable: l’âme, le carnassier et l’homme au bâton ne sont qu’un…, on doit s’en protéger si l’on ne veut pas voir son âme dévorée par les passions.

Avec la montée du christianisme, il disparait au profit d’un autre animal : le lion venu de l’Orient (auquel succèdera l’Aigle, comme symbole de tous les empires). Il perd alors tout prestige. Le Roman de Renard le ridiculise à loisir. Humilié, pendant des millénaires, il devient bête de somme ou bête de cirque et la puissance de sa symbolique se replie dans les légendes et la culture populaire au plus profond de l’imaginaire collectif.

 (Sur tous les différents aspects, ici à peine effleurés, de la lutte de l’Eglise contre l’ours, les curieux se reporteront au merveilleux livre référence de Michel Pastoureau : l’Ours Histoire d’un roi déchu)

De nos jours, l’ours prends sa revanche

Quand l’homme semblait avoir depuis longtemps tué sa propre mémoire, quand sa disparition semble programmée et qu’il marche inexorablement vers l’extinction et la muséification, l’ours a réveillé l’intérêt de tous. La boucle semble bouclée. Peluche, animal fétiche, objet de rêve et de fantasme, il est redevenu un compagnon de l’homme, un ancêtre, un double, peut être même une divinité tutélaire.

Les publicitaires si gourmands de miroirs caricaturaux, de supports exotiques et d’anthropomorphisme y ont recours depuis années, souvent pour éveiller la bienveillance par un parfum d’enfance, toujours par l’humour et le rire. Et depuis très récemment ils en ont redécouvert les symboliques ancestrales et partout l’utilisent, oscillant entre leurs différents ressorts.

L’ours compagnon de l’enfance heureuse et protégée

En droite ligne des supposées aventures du Président Théodore Roosevelt  et de l’adoption universelle et fulgurante de l’ours en peluche (Teddy Bear) à l’aube du XXème siècle, le voici héros de la littérature enfantine et de ses produits dérivés sous le nom de Winnie, de Baloo, Bouba ou Michka… ; confiserie et décor prisé des paquets cadeaux de Noël.

L’ours, tout comme ses divers avatars, n’est pas un jouet comme les autres. Confident, consolateur et complice, il éveille la sensualité tactile. Premier animal dont il a la maîtrise complète, l’enfant en garde la nostalgie… Dodu et sentimental, pendant longtemps pour la publicité, l’ours apparait essentiellement comme compagnon rassurant de la douceur, de la chaleur et de la sécurité. Bleu, il est mascotte pour Butagaz; récemment, la Caisse d’Epargne délaisse l’écureuil à son profit (soyez sûr d’être bien protégé). Nestlé, les produits lessiviers et notamment Cajoline, (dont l’une des phrases clés était  « fais moi confiance, et tu verras ») ont largement recourus à ce registre.

Dans une série de spots Coca Cola pour les périodes de Noël, on retrouve le même contenu implicite et la mise en scène aboutie des mêmes constructions culturelles « naturalisées » (pour reprendre l’expression chère à Barthe). Là, l’anthropomorphisme est patent, au travers des mimiques et la gestualité d’ours blancs attendrissants et débonnaires, se décalque une famille où un petit, soit isolé sur un iceberg ou effrayé à l’idée de l’escalade d’une pyramide («castell » de la tradition catalane, pour décrocher la lune…) est amené à vaincre sa peur et se voit offrir par sa mère protectrice et initiatrice, une bouteille. Le produit, précieux, est récompense pour l’ourson métamorphosé et enfin intégré au groupe…

L’ours : invite au jeu, invite au rire

En filiation directe avec sa mise à l’index pendant des millénaires qu’illustra si bien La Fontaine dans sa fable « l’ours et l’amateur de jardin » où il écrase le nez de son ami l’émoucheur, borné, maladroit et nuisible, le voici aujourd’hui montré hilarant et support efficace de buzz.

Déjà en 2007, la « Bagarre » entre un homme et un ours karatéka pour une marque de saumon avait remporté un franc succès… En 2009, une campagne montre un ours polaire qui mastique son Freedent Fusion après une bonne ripaille (bien plus qu’un chewing-gum !), et à la fin, on comprend que le sympathique animal à dévoré son gardien dont il ne reste que les bottes et les outils attributs de sa fonction… Un spot Pepsi Cola montre à voir deux ours bruns chapardeurs (non pas de miel, mais de chèques et de cartes bancaires) démolissant l’intérieur d’une cabane… A l’automne 2010, Tip-Ex innove et fait un tabac sur YouTube avec sa campagne vidéo interactive qui invite à choisir la fin de la pub: tuer ou ne pas tuer l’ours… Fous rires et mémorisation garantis !

Mis à distance sur le mode ludique et humoristique, dans tous ces exemples, l’ours n’en est pas moins un double, alter ego de l’homme. Deux publicités récentes vont encore plus loin dans l’illustration de cette capacité toute particulière de l’ours à poser la frontière entre humanité et bestialité. En avril 2010, un spot TV  Ricoré met en scène le réveil d’un ours rustre et « mal léché »  qui par la magie du produit retrouve forme humaine. Il y a là métamorphose et produit mère initiatrice-protectrice. (D’ailleurs, la légende ne raconte-t-elle pas que les oursons nés difformes doivent être longuement léchés par leur mère avant d’intégrer la société de leurs pairs…). Par ailleurs, l’ours n ‘est pas seulement le grognon en nous, il est aussi colère et violence primitive: une Pub Bouygues Telecom montre un redoutable ours brun en colère. Attention de ne pas énerver un ingénieur réseau de l’entreprise, lui, il sait : En faire plus pour vous moi, c’est ce que je ressens quand j’entends dire qu’on a pas un bon réseau chez Bouygues !

L’ours image de la force, image de la nature 

L’ours symbole de force brute, guerrière, brutale n’est pas une nouveauté. N’est-il pas resté toujours le symbole conquérant de Bern ou de Berlin ? L’Ours russe ne s’est-il pas allié ou opposé aux Aigles et aux Lions des pays de l’occident ? En mai 2010, dans le différent frontalier qui oppose Russie et Norvège en Arctique, le Président Poutine, revêtu de son costume d’homme fort, caresse un énorme ours blanc et lui serre la patte devant les caméras de télévision : il connait tout particulièrement bien la puissance et la charge symbolique de l’emblème…

Image de la force de la nature, l’ours peut aussi être montré contrôlé. Avant d’adopter le tigre, Essolube n’avait-il pas un ours blanc comme symbole de ses performances? Cette force apprivoisée devient alors symbole de vie en symbiose avec la nature qui protège ce qu’elle a de plus précieux, comme dans un spot Valvert où un ourson cabriole avec sa bouteille ou dans une communication onirique de Novotel (avec élan et morse) quand il déambule, blanc, énorme, placide et précautionneux sur une moquette claire…(designed for natural living).

  

L’ours blanc mascotte de la pub associative écolo

Symbole et victime du réchauffement climatique, l’ours polaire se serait probablement bien passé de cette starisation. Dans toutes les communications sur ce registre, au delà de l’ours, c’est toujours et encore bien l’être humain qui est directement désigné et menacé. 

En 2008, l’association Quercus Global Warning donne un grand coup à l’émotion : sensibilisation, impuissance et déprime généralisée! Nous assistons au suicide d’un singe, d’un ours et d’un kangourou : if you give up, they  give up. Dans un autre message marquant aussi d’intérêt public, la maison rétrécie subrepticement chaque jour : when you feel it, its already too late. Environmental defence fond-polar bears réalise un happening des ours blancs en baudruche gonflent et s’affaissent sur les trottoirs au rythme des courants d’air de bouches de métro : là est suggéré de façon imagée une alternative concrète : Help save the planet / ride, dont drive !

En 2009, Plane Stupid, (association contre le développement des aéroports) offre une vidéo choc et saignante sur le web pour sensibiliser le public sur l’impact du développement croissant des avions et de la pollution que ce trafic engendre. Des ours blancs y tombent du ciel matérialisant les kilos de gaz à effet de serre libérés des avions qui s’écrasent sur la ville.

En décembre 2010, pour communiquer sur un émission TV qui traite du réchauffement climatique, un ours polaire navigue sur sa banquise sur les canaux d’Amsterdam…

Dans la communication commerciale, l’ours peut être vecteur de greenwashing

  

Certaines pubs d’entreprises ne sont pas, elles, toujours « bio », notamment dans l’automobile où le grand classique est « d’apprivoiser la nature », voire de l’asservir. Dans cette catégorie, on peut citer l’exemple caricatural de la Jeep Grand Cherokee (au nom sauvage) qui porte secours à un ours grâce à ses sièges chauffants…

 

Septembre 2010, une jolie pub « détente » pour la Leaf la voiture 100% électrique de Nissan, idéale donc pour ne pas polluer, montre à voir un ours chassé de sa banquise qui découvre la terre et la forêt ensoleillée, un papillon, une ville déserte, la route où roulent les camions … Au matin, un homme sort de sa maison pour prendre sa voiture « éco-responsable », l’ours le domine de sa haute taille … et ils s’enlacent (The way you move). Certains crieront au greenwashing « devenez l’ami des ours polaires » quoiqu’il en soit, la pub (et dans ce cas la voiture) acte d’une préoccupation réelle de l’environnement dans la stratégie de la marque.

L’ours rival ancestral de l’homme pour la possession de la femelle

Symbole de la nature sauvage, l’ours symbolise toutes les forces élémentaires et les instincts primordiaux.

Au XVème et XVIème siècles, le jeu de mot entre « dame » et « ours » donnant « d’amours » devint populaire, tant l’animal n’a jamais quitté sa réputation sulfureuse, symbole de vice et de péché. Même dans le « monde savant », il fallut a attendre Buffon et les années 1700 pour démentir la conviction bien ancrée selon laquelle l’ours s’accouple more hominem (face à face)… La croyance en un couple femme-ours fécond est quasi universelle : dans maints contes et légendes (conte-type de la Belle et la Bête), l’ours tient symboliquement le rôle de tisseur d’union fécondantes et d’initiateur marquant l’accession à la sexualité des filles.

Héritage des rites païens qui impliquaient des déguisement et des jeux sexuels lors du passage des saisons et notamment à la fin de l’hivernation, la « fête de l’ours » sous des formes folklorisées et expiatoires, s’est maintenue bien ancrée notamment dans la tradition locale des Pyrénées. A la chandeleur, un homme revêtu de fourrures, le visage noirci, donne la chasse aux femmes avec des simulacres sexuels très explicites; il est pris en chasse par des chasseurs masqués avant d’être rituellement mis à mort pour disparaitre jusqu’à l’année suivante…

De tous temps, l’ours a été transgression : en revêtant sa peau, on observe la même fascination de l’homme pour le corps et la puissance de l’animal.

Ours et hyper sexualisation 

Depuis une quinzaine d’années : la marque italienne Diesel fait de l’ombre aux géants du jean avec des pubs « qui se moquent de la pub ». Déluré et échevelé, le fabricant a forgé son art de la provocation explosant régulièrement le score des campagnes censurées. Diesel prône un amour de la nature absolu, passionnel, voire ouvertement charnel (« Nature : love it while it lasts » / « Happiness comes from Inside, I’m working on it »). La pub qui met en scène une belle allongée sur une peau d’ours, avec dans la gueule un ballon sado-maso, ne peut pas manqué de rappeler à d’aucun la représentation traditionnelle de pinups convoquant semblable image.

 

Enfin, impossible ici de passer sous silence le coup de tonnerre dans la planète pub fin 2007, quand Orangina Schweppes sort sur les écrans sa campagne « naturellement pulpeuse » (naturellement juicy). Démarche chaloupée du strip-tease, caresses, symboles phalliques et utérins en cascades, tout évoque un grand lupanar auquel chacun devrait rêvé de participer. Là, la marque « se dé-marque » (tout en énonçant promouvoir son image originelle : « sexy, méditerranéenne, festive »)… Si la publicité n’a été l’objet que de simples controverses en France, outre Manche, elle a provoquée une indignation certaine qui l’a faite carrément supprimée de la diffusion télévisuelle.

En juin 2009 les créatifs américain du budget Coca-Cola Zéro se la jouent comédie musicale à la Disney. Reprenant des éléments des spots Orangina, dans un retour en arrière bon enfant, ils adaptent une recette qui marche.

Image 17

 

Dans toutes ces campagnes, sur fond de libération des mœurs, l’ours est travesti en homme. Dans une caricature, sa bestialité naturelle est transformée en sophistication ambiguë qui ne peut qu’interpeller et troubler.

Double, frère ennemi, craint, divinisé, exploité, l’ours hante l’homme comme un miroir de ses travers et défauts. Animal anthropomorphe qui se dresse à la verticale, capable de tenir des outils, l’ours saute, nage et même danse… Nos rapports à l’ours furent toujours passionnels. Perçu trop proche de l’homme pour ne pas être dangereusement transgressif et fascinant, la publicité contemporaine commence à s’engouffrer dans ce lien, et il est probable que cela va continuer.

Puissance du fond des âges, en relation directe avec l’instinct, symbole des aspects non maîtrisés de l’inconscient, l’ours nous permet de symboliser notre animalité, d’appréhender sinon d’étalonner notre part d’humanité (« l’animal que donc je suis » aurait dit J. Derrida). … et vous, penserez-vous maintenant encore que ce n’était que simple hasard quand il accompagna Neil Armstrong et ses compagnons dans leur voyage vers la lune ?

Sabine Baffray



bonjour
5 mars 2011, 8 08 05 0305
Filed under: Actualité et nouveautés

quoi de neuf?

Rien. Tout. Non nova sed nove, vieille rengaine: ce n’est pas tant que les choses soient nouvelles, voire qu’elles  changent de nature, c’est plutôt la manière d’être du monde qui évolue… Vous avez remarqué le succès de la citation de Lampedusa : tout changer pour que rien ne change? Très branché! Culte! Interesting, no?

…bon pour l’instant je repars en campagne: Istanbul, Moscou, Athènes,Boulder Colorado pour le roadshow… retour vers la mi-avril.

D’ici là je mets en ligne dans Futur Hebdo un nouvel épisode de L’HEURE; je découvre, par les bons soins de Michel Gorsse un artiste d’Oulan- Bator dont il me tarde de parler: Ganbaatar Choimbol; je sors de la soirée de networking prospective – organisée par René Duringer au peak de sa forme – avec les yeux qui brillent de plaisir; je  vous donne rendez vous pour le lancement du dernier roman de Luc Dellisse en avril ( info tout bientôt); je découvre à Beaubourg Éric Duyckaerts grace à Benoit Peeters et Jan Baetens

et dans quelques jours je mets en ligne des développements idoines.



Une liberté
6 mars 2011, 19 07 00 0300
Filed under: Actualité et nouveautés, Luc Dellisse

Le billet de Luc Dellisse

 Crédit photo: Studio cuicui, Paris

 

La meilleure idée que j’ai eue dans ma vie, qui m’est venue très tard, est qu’on est libre – en tout cas beaucoup plus libre qu’on ne prétend. D’autres époques ont cru à la liberté ; la nôtre admet comme évidentes la prédétermination et l’aliénation. Un petit retour à la liberté n’est pas excessif. Je ne parle pas de liberté métaphysique – on ne peut pas changer de nature ni de corps, ni faire que Dieu existe, ni naître, hélas, à une haute époque.  Mais on est libre de changer d’existence et d’idées.

Pas toute son existence ni toutes ses idées – ce qui reviendrait évidemment à devenir quelqu’un d’autre – mais pour ce qui concerne son idéologie, son habitat, son type d’activité, son pays, son rapport à l’argent et au sexe, son caractère, son inscription dans la société, rien n’est fermé. Au contraire. Il suffit d’avoir l’idée d’essayer autre chose pour découvrir que les murs reculent au fur et à mesure qu’on avance.

Je crois avoir tiré quelque parti de cette découverte fabuleuse.

A la fin du XXe siècle, j’étais consultant et prosateur, libertin et prodigue, Européen et citadin. En trois ans je devenu enseignant et poète, raisonnable et rêveur, Français et campagnard. Je me doute bien qu’on lira cette déclaration avec une certaine incrédulité. J’assure à mon lecteur que le saut quantitatif de ces changements de cap a été radical et conscient. 

            La vérité est que ces métamorphoses faisaient partie de mon caractère et de mes ressorts, que je ne suis devenu que ce qui, en moi, existait potentiellement. Sauf que les conditions de vie ordinaire ont tendance à vous simplifier, à vous faire tourner le dos à ce que vous auriez pu faire ou être mais qui ne s’est pas présenté d’emblée. Sauf qu’à partir d’un certain âge, vous êtes rivés à la spécialisation involontaire que vous a donné le hasard. Convertir son être est autrement complexe que se reconvertir professionnellement.

Après coup, je me suis rendu compte que je n’avais pas procédé par simple mouvement du caprice ou de la volonté, mais en fonction de petits plans précis, étalés sur trois années, et qui n’étaient rien d’autre que des scénarios. J’en avais établi le point de départ, l’éthique, le mode opératoire et les résultats prévisibles. Commençant par fermer des portes avant d’en ouvrir d’autres, refusant ce qui avait fait la matière courante de ma vie pour me condamner à d’autres issues : le dos au mur, on agit avec plus de détermination.

            Plus tard, quand on a redéfini quelques-uns des courants forts de sa vie, on doute de n’avoir pas rêvé ces scénarios du réel. On en vient à se dire que ces quelques évolutions locales sont sans doute le fruit d’un désir vague, et qu’elles ont été obtenues par essai et par erreur. Mais j’ai retrouvé la semaine dernière un cahier de projets de l’année 1997 et le feuilletant, j’ai été foudroyé : j’avais prévu, planifié et décrit ce qui s’est réalisé quelques années plus tard. Sur le plan de mon caractère seulement, je ne peux pas juger si la transformation est réelle ou illusoire. Ai-je raison de croire que je suis devenu plus simple et plus hardi ?

« Nous devons aller à la vérité de toute notre âme » (Platon) est une phrase que je n’ai jamais prononcée sans émotion, car elle indique que l’aimant de notre boussole, c’est l’intensité du désir.

 

 et maintenant glissez vous dans ses chroniques  sur http://www.lesimpressionsnouvelles.com/category/50/53/ ( gardez la date: le 8 avril!!! C’est la date de lancement de son dernier roman. Les Atlantides. Aux Impressions Nouvelles. Bientôt des précisions sur le lieu et l’heure)

 



Luc Dellisse nous invite sur le chemin rapide et cruel des Atlantides, le 8 avril
27 mars 2011, 7 07 06 0306
Filed under: Actualité et nouveautés
Ce blog est un hub,  c’est à dire un point de convergence autant que de divergence: inspirations, inventions, salle d’arrivées, salle de départs, perles de sociocultures en vitrine, Cabinet de Curiosités en arrière-boutique, salle des machines un peu partout.  CG

Avril sera décidément délicieusement dellissien.

Luc Dellisse nous invite à le rencontrer le 8 avril prochain à Paris, à l’occasion de la sortie de son nouveau roman, Les Atlantides.

 La rencontre et le cocktail sont à 18h30, à la Délégation générale de Wallonie, 274 boulevard Saint-Germain 75007 Paris.

Entrée libre en ce printemps radieux.

 

photo de Luc Dellisse – studio cui cui http://www.studiocuicui.fr/

À la faveur d’un choc au poignet, le narrateur voit surgir du néant une voiture jaune, il entend une voix de femme, il revit le moment le plus aigu d’un amour destructeur qu’il a éprouvé trente ans auparavant. Ses souvenirs remontent alors par vagues, aidés par un auxiliaire d’aujourd’hui : Google. La femme qu’il a aimée jadis n’a pas laissé de traces, mais il trouve au hasard de ses recherches une inconnue, Eva, jeune peintre polonaise qui a créé une série de toiles inspirées d’une scène d’un de ses romans, L’Apprentie sorcière. Il se méfie. Il sort d’une année particulièrement chargée : treize histoires de femmes, toutes assez surprenantes. Il a décidé de se protéger. Il finit pourtant par rencontrer Eva. Avec elle, il va trouver le chemin des Atlantides. C’est un parcours piégé…

 

Ce nouveau roman s’inscrit dans un cycle romanesque commencé avec La Fuite de l’Eden (l’Harmattan) et poursuivi dans trois autres romans : Le Jugement dernier, Le Testament belge et Le Professeur de scénario (tous les trois aux Impressions Nouvelles). Luc Dellisse est le héros de ce cycle. La passion et l’humour sont au rendez-vous…



une semaine chargée
11 avril 2011, 15 03 38 0438
Filed under: Actualité et nouveautés

Le vendredi 8 avril, Luc Dellisse a dévoilé ses Atlantides. Cliquez dans l’image…

Le samedi 9 avril au Baiser salé , l’excellent Yvan Xufre et ses Demagos étaient à 20h au 58 rue des Lombards, Paris 1er
www.lesdemagos.fr

et toute la semaine Tami Notsani a proposé un parcours discret et subtil entre réel et imaginaire autour des BIJOUX DE FAMILLE au 157 rue de Crimée dans le 19ème (c’est entre 15h et 20h)

Atelier 004 – 157 rue de Crimée 75019 Paris – M° Crimée – 06 19 50 35 24
Ouvert samedi-dimanche 15h – 20h ou sur rdv – http://tamin.free.fr

J’étaisdans le Colorado. Je vous ai confié ces trois perles de cultures différentes. C’était bien, très bien. Je n’y étais pas.



Istanbul – Colorado
18 avril 2011, 17 05 37 0437
Filed under: Actualité et nouveautés

 

Ce blog est un hub,  c’est à dire un point de convergence autant que de divergence: inspirations, inventions, salle d’arrivées, salle de départs, perles de sociocultures en vitrine, Cabinet de Curiosités en arrière-boutique, salle des machines un peu partout.  Ne vous étonnez pas de vous y étonner. S’y bricolent des pistes pour demain. CG.

Retour de voyage. Le nabot flamboyant du bazar d’Istanbul avait besoin de prendre l’air. Lui payer le voyage était la moindre des choses. J’avais laissé un printemps radieux. J’ai trouvé la même chose la-bas.

 

Pour autant tout se vaut-il? interrogeait mon ravi.

 

 

 Il n’avait plus toute sa tête – exp(l)osée du reste encore là-bas. Mais là-bas où?



exercice sémiurgique
20 avril 2011, 19 07 05 0405
Filed under: Actualité et nouveautés
De page en page , de post en post, ce blog explore le fil du temps. Je dis ailleurs ce qu’il est. J’explore aussi ce que peut être la sémiurgie: au carrefour de la sociologie, de la performance et du commentaire. Découvrant ces jours-ci un littérateur oublié : Claude Farrère, je mettrai volontiers son écriture en vitrine dans mon Cabinet de Curiosités.

Trace de lecture de ce fumeur d’opium et d’explorateur de légendes d’au-delà du Bosphore.

à suivre



News
2 mai 2011, 5 05 46 0546
Filed under: Actualité et nouveautés

 

Des nouvelles du roadshow de

Nos 20 Prochaines Années

Vin et unième siècle: l’étonnante saga du vin de demain

Le Dimanche 19 juin 2011

(prenez date!)

14:30
Amphithéâtre B – Palais des Congrès

http://www.vinexpo.com/fr/visiter/programme/

 Cette conférence haute en couleur cherche à cerner le rôle symbolique et réel du vin, les fantasmes et les légendes, les usages et les mythes qui feront de lui, dans les décennies qui viennent, un acteur clé du vivre ensemble. L’approche de Christian Gatard n’est pas (du tout) académique. Il dira pourquoi et comment le verre de vin sera (peut-être) au cœur des  reconciliations possibles entre les civilisations. Il expliquera que la transparence qui est devenue une dictature politiquement correcte à la mode va sans doute laisser place à une ère d’hybridation, de métissage dont le vin – art de l’assemblage – détient le code secret. Il … mais chut! il faut y aller pour tout savoir de ces mystères…

Après Mortelles Voyelles, Gilles Schlesser revient avec SAGA PARISIENNE. En librairie dans quelques jours!

1942 / 1958 Un balcon sur le Luxembourg
 
Paris sous l’Occupation. Un tableau de Picasso disparaît dans la grande rafle du 16 juillet 1942. Une famille se déchire. La guerre scelle les destins… et notamment celui de Pierre Ormen, romancier en vue et résistant de la première heure, que tout oppose à son frère Amédée, vague collabo et vrai salaud. Pierre fait partie de ces êtres auxquels la Providence semble avoir donné toutes les vertus et la vie toutes les chances. Après la Libération, sa réussite est éclatante. Mais derrière les apparences s’abrite une âme sombre, dévastée par des secrets que nul ne doit partager.
Ce portrait de famille est aussi celui d’une époque, de l’effervescence du Paris de l’après-guerre, des cabarets de Saint-Germain-des-Prés, des cafés où l’on reconstruit le monde, des maisons d’édition où l’on tente de le conquérir…
Un balcon sur le Luxembourg est le premier volume d’une « Saga parisienne » qui en comptera trois, donnant vie à autant de générations de la famille Ormen, de l’Occupation à nos jours

 

Magazine à géométrie variable et réjouissante USBEK  & RICA autorise des lectures longues et approfondies, curieuses et radicales. Je suis un fan depuis le début… en fait non pas tout à fait. La librairie de la Place Clichy m’a offert le premier numéro que j’avais loupé – j’y ai acheté le dernier hier. Même s’ils n’avaient pas besoin de me convaincre j’ai aimé leur enthousiasme.

http://usbek-et-rica.fr/

prochain numéro le 9 juin, chez vos libraires!

Je n’ai pas vu une ligne de “pub” dans le magazine. Cette absence de publicité lui donne une fraîcheur épatante et pointe l’émergence d’entités rédactionnelles (faute d’autres termes pour qualifier ce travail inventif et subtil) autonomes, indépendantes et franc-tireurs. Cela permet de requalifier ce qu’est – et sera peut-être – les lectures du futur : pertinentes, utiles et titillantes. On peut imaginer que des annonceurs acceptent de jouer le jeu et que leurs produits soient présentés comme des faits de société, comme des héros de contes populaires, bons ou méchants, bons et méchants. Peut-être paieraient-ils pour ça. Question: est-ce que USBEK & RICA aura besoin de ça? Peut-être pas. Je lis que le prochain numéro sort le 9 juin et, j’imagine, toujours sans pub. En fait il y a une question beaucoup plus intéressante: est-ce que les annonceurs auront besoin de USBEK & RICA et de “supports” de ce genre: enthousiastes sans être naïfs, inspirants et utopistes, drôles et tendres? Je ne sais pas si c’est un nouvel humanisme, mais ça ne ferait pas de mal aux annonceurs de se poser la question.

USBEK & RICA fait une prospective du présent et raconte le futur. Et vice-versa.

et le nouveau billet de Luc Dellisse sur son blog

http://christiangatard.wordpress.com/category/d-comme-le-blog-de-luc-dellisse/



un dimanche sans fin
1 mai 2011, 20 08 55 0555
Filed under: Actualité et nouveautés

 



itinéraire de ce hub
14 mai 2011, 5 05 12 0512
Filed under: Actualité et nouveautés
Dans cette livraison: Luc Dellisse, Thomas Schlesser, Gilles Schlesser, Brice de Villers, Yvonne Behnke, les Ateliers “prospective”, L’Heure, quelques mascarons et quelques mythdromes…

Le nouveau billet de Luc Dellisse, Culte Solaire: étonnant!

(cliquez dans la photo)

 

Le nouvel essai de Thomas Schlesser: décapant coup de coeur!

http://christiangatard.wordpress.com/category/c-comme-les-coups-de-coeur-de-e-dito/
(cliquez dans le lien ci-dessus)
 
Thomas Schlesser est historien de l’art, professeur à Penninghen, journaliste pour Beaux Arts magazine, chroniqueur à la télévision et à la radio. Spécialiste des liens entre les champs esthétique et politique, il est l’auteur de nombreux livres, parmi lesquels d’importants travaux sur Courbet et Une histoire indiscrète du nu féminin (Beaux Arts éditions). Il est aussi un de nos compagnons de route!

Les Schlesser mettent le feu! Le dernier de Gilles fait un carton.

 tout est dans la photo, cliquez-y!

Christian Gatard?

(cliquez-moi donc)

L’HEURE est un roman d’anticipation à épisodes mis en ligne toutes les semaines sur FuturHebdo.

hé oui faut cliquer dans la photo aussi…

Les mythodromes font passerelles entre hier et demain.

(pareil)

Les mascarons vous contemplent des façades.

(encore)

 une nouvelle contribution de Brice de Villers – Qui a peur du futur? brrr… pas lui, mais il reste prudent

cliquez ici pour le site d’Yvonne http://www.yvonnebehnke.com/

mais pas sur les photos…

Yvonne Behnke exposait lors des Portes ouvertes des ateliers d’artistes à Meudon, le week-end du 7 et 8 mai

Le travail d’Yvonne Behnke prend de l’ampleur et de la vigueur. La figuration des visages a baissé la garde. Quelque chose est à l’oeuvre dans un espace nouveau. Un espace derrière les visages qu’elle convoquait encore l’année dernière. Elle est allé y voir : téméraire exploration. Dans le jardin ensoleillé du week-end, les toiles témoignaient du voyage.  Au-delà du seuil qu’elle venait de franchir un paysage de forces et d’énergies: quelque chose comme la gestation de la matière brute du monde. Fascinant.

et pour tout savoir sur tout

ça c’est ici http://christiangatard.wordpress.com/category/a-comme-actualite-et-nouveautes-de-christiangatardco/ mais en fait vous y êtes, c’est tout ce qui se passe en dessous



Regis Estace, Stephen Peirce, Emile Morel et Pascale Consigny
5 juin 2011, 6 06 21 0621
Filed under: COUPS DE COEUR

 Ce blog est un hub,  c’est à dire un point de convergence autant que de divergence: inspirations, inventions, salle d’arrivées, salle de départs, perles de sociocultures en vitrine, Cabinet de Curiosités en arrière-boutique, salle des machines un peu partout.  Ne vous étonnez pas de vous y étonner. S’y bricolent des pistes pour demain. CG.

Envie d’un bonus prospectif ? cliquez dans l’image   

Regis Estace, galeriste visionnaire, 74 rue Charlot dans le Marais, à Paris.

à visiter avant le 18 juin

J’étais venu pour Pascale Consigny qui présente l’exquis projet de La voleuse, Galerie Charlotte Norberg, au rez de chaussée de cette même adresse et dont je vais dire un mot dans ce post mais c’est Régis Estace qui m’accueille à l’étage. Il présente Stephen Peirce. Pascale Consigny propose une peinture figurative et un immense talent dans la veine de Hopper. Stephen Peirce explore les mondes transhumanistes et croise la science-fiction. Emile Morel, autre artiste proposé par Régis Estace, lui répond en écho et fait surgir les imaginaires d’un futur baroque. Il y a une filiation avec Yves Tanguy pour le premier et peut-être avec le Douanier Rousseau pour le second.

Que ces trois artistes évoquent ainsi des figures connues de l’histoire de l’art me semble parfaitement réjouissant. Ils s’inscrivent dans un cheminement, un sillon fertile. Pascale Consigny expose  un monde familier qu’elle recrée avec une empathie et  une  fraîcheur émouvante. Stephen Peirce et Emile Morel explorent des mondes inconnus, intérieurs et futuristes qui relèvent de la prospective la plus téméraire.

Un passage au 74 rue Charlot est urgent pour s’imprégner – au rez de chaussée comme à l’étage – d’expériences profondément différentes mais essentielles.

Régis Estace devant un Peirce (reproduit plus bas) et un Morel 

Régis Estace présente ainsi sa démarche: “un art de l’infiniment petit, de l’infiniment grand, de la répétition, de l’enchevêtrement. Un art qui a presque rejoint les comics et les BD d’anticipation que nous lisions enfant. Un art bouleversé par l’informatique, la génétique, la globalisation. Un art alchimique aux frontières du figuratif et de l’abstrait. Un art où l’on ressent un futur qui s’effraie en même temps qu’il espère”.

C’est peu dire que nous sommes sur des carrefours communs. La prospective buissonnière et peu académique que je pratique s’abreuve à ces sources. Croisements fertiles entre science-fiction, sociologie du présent, exploration des textes ésotériques , voyages, ethnographie du réel, un bon principe de réalité ancré dans l’entreprenariat  des créatifs culturels, un solide principe de plaisir que les conversations seules autorisent. Rencontrer Régis Estace accélère le monde et ralentit le temps pour mieux le goûter.

 

Stephen Peirce

Les peintures de Stephen Peirce décrivent des mondes inconnus composés d’éléments familiers et pourtant inidentifiables. Inspiré par l’astronomie, les écrits de Ballard et Huxley, le cinéma de Tarkovski et l’inquiétude de la communauté scientifique quant à l’avenir de la planète, Peirce imagine la vie dans un chaos post apocalyptique. A partir des déchets d’une société humaine disparue, une matière s’accumule, se développe et s’organise en formes nouvelles. Processus d’agrégation propre à la vie dont l’artiste nous rappelle la permanence et l’infinie valeur…

Emile Morel  http://emile.morel.over-blog.com/

Émile Morel -  surréaliste, voire psychédélique -  attire, inquiète et fascine. Dans ses « dessin-collage » des éléments disparates, de sources diverses, sont redessinées et réunis dans des mises-en-scènes où le bonbon le dispute à l’entraille. À la fois pop, drôle, éclatante et ostentatoire, contemplative et silencieuse, l’oeuvre de Morel joue sur les contrastes, s’amuse à les mixer. On pense d’abord contempler une scène pleine d’insouciance, de luxuriance, de lumière, de couleurs – en un mot presque enfantine – mais bientôt, on est obligé de constater le drame qui se joue. Chaque scène renferme le même secret : les personnages, les animaux et les choses y souffrent d’un mal étrange qui les duplique, les métamorphose voire les ronge sans qu’ils en aient apparemment conscience. Une sorte de lèpre baroque, qui, dans la multitude et la saturation, anime le détail de compositions en apparence classiques et posées. Les personnages de Morel ne comprennent-ils pas ce qu’ils leur arrivent ? Souffrent-ils stoïquement, résignés, fiers et mélancoliques? Ou ont-ils simplement décider de s’adapter en permanence afin de préserver l’équilibre, l’harmonie de l’ensemble mouvant qu’ils composent ? S’adapter, quitte à ne plus se reconnaître, à disparaître, à ne plus être…?

(Ces textes sont de la Galerie Estace)  www.estace.fr

Si la peinture de Pascale Consigny relève d’une autre démarche elle n’en est pas moins fascinante. Le dispositif scénique de la galerie installe une histoire. En voici la maquette. Cela parait un peu abstrait à partir de cette photo mais sur place on entre avec bonheur dans cette enquête mémorielle de l’artiste.

Dans l’oeuvre de Pascale Consigny et la brillante installation de la Galerie Charlotte Norberg des secrets sont cachés, des enquêtes sont menées, des pistes sont à découvrir.

Lien indispensable vers un très beau texte sur le travail de Pascale Consigny

http://mariedeparis-yafil.over-blog.com/article-pascale-consigny-est-elle-une-voleuse-les-indices-sont-a-la-galerie-charlotte-norberg-74493020.html

Au 74 rue Charlot, deux tensions de la modernité de l’art se cotoient et se complètent avec brio.

cg



sommaire du jour
10 juillet 2011, 10 10 33 0733
Filed under: Actualité et nouveautés

Bonjour, ce blog est le hub de nos 20 prochaines années,  c’est à dire un point de convergence autant que de divergence: inspirations, inventions, salle d’arrivées, salle de départs, perles de sociocultures en vitrine, Cabinet de Curiosités en arrière-boutique, salle des machines un peu partout.  Ne vous étonnez pas de vous y étonner. S’y bricolent des pistes pour demain. CG.

Sommaire de cette livraison

contacts & commentaires christiangatard@gmail.com

Les ateliers prospectifs, les news de Nos 20 Prochaines Années, les initiatives pour prendre de l’avance sur… cliquez sur ce mot: l’avenir

http://mtonvin.net/ merci à Daniel Berger

Les marques en 2029

à lire ici:

 http://www.prodimarques.com/documents/gratuit/65/les-marques-en-2029.php

Les chroniques Sciences & Fictions de Peyresq

Le blog de Luc Dellisse sur Insolvables

Cliquez dans les photos pour accéder aux liens.

Meet your host:



le nouveau single de delphine volange
19 juillet 2011, 8 08 47 0747
Filed under: Actualité et nouveautés

 Delphine Volange

Hier j’ai reçu, par le hasard des réseaux, Hôtel Chopin de Delphine Volange.
A la première écoute, j’éprouve un coup au cœur familier, une réminiscence musicale, amoureuse même, portée par la voix singulièrement suave de l’interprète.
Une chanson languide, lancinante, avec des paroles faussement simples – poétiques.
Je regarde mieux les indicateurs: Jean-Claude Vannier a fait la musique. Lui, l’immortel co-compositeur de Melody Nelson. Pas mal…
Son talent est là, intact : lyrique, précis, transparent.
Et elle, la chanteuse à voix pure qui déroule ses mots ardents avec une sorte de sensualité mélancolique… ( je la connaissais déjà un peu à travers un titre hypnotique, Sirènes, l’an dernier…).

J’ai écouté, puis ré-écouté cet Hôtel Chopin: comme les chasseurs de gros gibiers, je tire toujours deux fois de suite.
J’aime cette voix des altitudes, et ce sourd battement dansant.
C’est contemporain et intemporel – violemment romantique, dirons-nous.
Ce sont les premiers frémissements d’un album complet de Delphine Volange qui – m’a-t-on répondu – sortira bientôt.
Je l’attends.

Luc Dellisse

Cliquez dans l’image pour écouter son  nouveau single “Hôtel Chopin” (Delphine Volange/ Jean-Claude Vannier) – réalisé par David Aron-Brunetiere, mixé par Dominique Blanc-Francard, arrangements de David Aron-Brunetière et Victor Paimblanc, guitares Eric Delval et Ambroise Willaume, batterie Tatiana Mladenovitch, sténopé de Philippe-Georges André, 2011 Balandras Editions



bienvenue dans nos 20 prochaines années
1 août 2011, 6 06 16 0816
Filed under: Actualité et nouveautés, Nos 20 Prochaines Années

 

Une prospective décapante et inspirante pour prendre de l’avance sur l’avenir

 De quoi nos 20 prochaines années seront-elles faites ?

Comment les ondes de choc qui se dessinent dès aujourd’hui vont impacter nos vies ?

Comment surfer sur ce futur déjà là mais d’une façon trop souvent illisible ? De quoi aurons-nous envie en 2015, comment voyagerons-nous en 2020 ? Comment nous soignerons-nous, travaillerons-nous, aimerons-nous en 2030? Quels citoyens, quels parents serons-nous ? Qui seront nos dieux ? Quels seront nos mythes ? Où en seront nos loisirs ? Manger deviendra-t-il un acte de rébellion, rire une affirmation politique et dormir une activité scientifique ? Le commerce va-t-il connaitre une mutation radicale et le paysage media échapper à l’hiver nucléaire annoncé ? Quand ? Pourquoi ?

 

L’avenir, avec son flot de paradoxes et de surprises, nous guette. Prévoir le probable? Insuffisant ! Le XXIe sera baroque et déroutant. Sociologue de formation, Christian Gatard se risque dans la jungle des possibles. Il étudie les nouveaux «paradigmes», il scrute au-delà des tendances immédiates, il cerne les nouveaux rituels. Contes et légendes, promesses et espoirs du monde de demain sont au bout de cette exploration. Aventurier de l’éventuel, adepte de la «pensée buissonnière», Christian Gatard écoute citoyens et consommateurs, interroge observateurs et acteurs socioculturels. Son approche apporte sang neuf et sens neuf. Ses ateliers prospectifs, hauts en couleur, documentés et ludiques, présentent d’étonnants scénarios de vie.


rendez vous à la rentrée pour la suite de

 





été 2011
26 juillet 2011, 9 09 48 0748
Filed under: Actualité et nouveautés

Bonjour, ce blog est le hub de nos 20 prochaines années, métissage du site e-dito (créé en 2001), du blog christiangatard&co (créé en 2011). Hub? Point de convergence autant que de divergence: inspirations, inventions, salle d’arrivées, salle de départs, perles de sociocultures en vitrine, Cabinet de Curiosités en arrière-boutique, salle des machines un peu partout.  Ne vous étonnez pas de vous y étonner. S’y bricolent des pistes pour demain. Le point de départ en est NOS 20 PROCHAINES ANNEES paru chez ARCHIPEL en 2009. Depuis, un dispositif à amplitude croissante s’est mis en place, fait de rencontres, de conversations, d’inspirations croisées débouchant sur des évènements, des travaux , des missions variées sur toute la planète. Les fidèles de ce blog en ont deviné les contours. Le futur est déjà là mais il n’est pas réparti de façon égale. Les pistes qu’on propose sont de cet ordre: du familier et de l’extravagant – au sens littéral -. Réparties de façon inégale dans l’ensemble de ce hub.

Voici donc quelques pistes pour aller plus vite que l’été et ralentir toute accélération inutile:

Le nouveau single de Delphine Volange, le nouveau livre de Michel Hébert (article dans Futur Hebdo ici) ( et dans ce blog:là) , la mise en ligne du 15ème épisode de L’HEURE, un aperçu sur les ATELIERS PROSPECTIFS, les chroniques Sciences & Fictions de Peyresq, le blog de Luc Dellisse, le site de Daniel Berger, le roman d’ Hervé Brasebin de@d, le site d’Olivier Parent: l’incontournable FUTUR HEBDO

(cliquez dans les noms pour aller vers leurs sites )

 Christian Gatard.



LE PROCHAIN CONCERT DE DELPHINE VOLANGE
10 septembre 2011, 10 10 11 0911
Filed under: Actualité et nouveautés

Le vendredi 16 septembre 2011 à FONTAINE LA SORET, dans l’Eure. En dehors des sentiers battus, tout comme elle.





Il faut réinventer les impressions d’enfance – nouvelle contribution de Luc Dellisse à la fabrique du futur
16 janvier 2012, 21 09 14 0114
Filed under: Luc Dellisse

La mise à feu de Koenigsmark

Un événement du passé ne subsiste que s’il fait partie de la splendeur du présent.

Son importance ne dépend pas de son authenticité, mais de son choc émotionnel. L’univers imaginaire, les voyages dans le temps de l’esprit, rendent un son plus clair que mainte anecdote de la vie réelle.

Ainsi je ne peux évoquer mes lectures anciennes que si elles m’ont laissé une trace vive, durable et en somme érotique dans l’esprit.

J’habite la Rome du Satiricon, je fréquente les mardis de Mallarmé, j’embrasse les seins de Gilberte ou d’Albertine, avec autant de réalité que dans l’action la plus directe ; et la saveur d’un verre de rhum dans un roman d’Hemingway est aussi forte que celle de mon café matinal. Ma première lecture d’Arsène Lupin se confond avec le grain de sable qui craquait sous la dent, mêlé à la chair de la gaufre que je mangeais au bord de la mer : ces découvertes continuent à rayonner.

A l’inverse, bien des faits vécus n’appartiennent pas au roman de la vie. Mon service militaire, mon second mariage, mon accident d’avion, pourtant rocambolesques, sont depuis longtemps raturés, biffés, rayés.

Car le moteur du souvenir, comme de l’écriture, ce n’est pas ce qu’on sait déjà, mais ce qu’on ne sait pas encore ; et on l’invente à mesure, non pour transcrire les chiffres de sa mémoire, mais pour les créer, et ainsi, les éprouver véritablement pour la première fois.

L’un des premiers romans que j’ai ouverts, de moi-même, sans regard d’adulte par-dessus mon épaule, m’est resté intime jusqu’à aujourd’hui. Je l’ai relu deux ou trois fois au seuil de l’adolescence, et ensuite plus jamais. Mais est toujours là, oublié, nécessaire, profond. C’était Koenigsmark de Pierre Benoît. Sans lui, tout aurait été très différent.

Ce n’est pas un de ces rares livres dont la connaissance vous rend plus riche et plus aigu. Dans ces enchantements de jeunesse, il n’y a pas de sacre. La royauté n’est permise qu’après coup. En somme, on lit peu de chefs d’œuvre à huit ans. On n’est pas équipé pour les opérations sous-marines du génie.

Pierre Benoît était une gloire faiblissante quand j’ai commencé à le lire, environ l’époque de sa mort. Le vaisseau spatial de Star Trek, les labyrinthes temporels de Barjavel et de Poul Anderson, les pyramides magnétiques du Matin des Magiciens, commençaient à nous fabriquer ce futur du présent qui allait se vérifier en juillet 1969, dans les craies blanches de la lune, et qui depuis n’a fait que croître. C’est elle qui nous permet aujourd’hui de circuler dans le moindre village, limousin,  berbère ou bochiman, connecté au silence des autres par les oreilles et par les yeux.

Ce renouvellement des paradigmes de l’aventure commençait à dater furieusement les paquebots, les malle-cabines, les méharis, les comptoirs maritimes, les cercles coloniaux, les diners priés, les femmes en robe longue et les chagrins secrets qui ont peuplé l’œuvre Pierre Benoît jusqu’en 1960 – après, il perd sa femme et mijote dans son deuil. Mais c’est aussi ce qui en faisait le charme, ce monde perdu.

Il arrive parfois que l’ancien monde et le nouveau, comme le feu et la glace, surgissant de deux côtés du réel, se touchent, et c’est l’explosion.

Ma rencontre avec Pierre Benoit fut cette explosion initiale, le roman dont est sorti mon propre roman, c’est-à-dire ma propre vie.

 

Koenismark, où se combinent la beauté des femmes et la magie des bibliothèques, a été pour moi, en moins d’une heure, la seconde naissance que j’attendais. Je me suis retrouvé pourvu, là, à huit ans, comme par dotation magique, de toutes les armes dont j’avais besoin : le goût de l’action et de l’aventure, l’impatience de l’amour, la violence de l’écriture et la certitude que la vraie vie n’est pas ailleurs.

Ma destinée m’est apparue comme un roman à vivre. J’ai pris la décision de le mener jusqu’au bout, et de mourir irradié par le bonheur.

J’avais quelque mérite à pressentir cet avenir heureux, car rien ne ressemblait moins à une promesse ou à une chance que l’endroit du monde où j’étais tombé ; je dois dire que la province flamande, le catholicisme superstitieux et borné, l’ignorance spéculative de mes parents, la singularité gothique de mes sœurs, et les convulsions de la société en train de mourir autour de nous, ne laissaient aucune place à l’espérance et à la charité.

Je me réfugiais dans un fracas de rêve, de violence et de voyages, strictement intérieurs.

Koenismark m’a miraculeusement aidé à sortir de mes ténèbres. Il a été une lampe-torche durant mon commencement – dans cette obscurité poussiéreuse où je baignais. La batterie est usée depuis longtemps : mais le pinceau de lumière continue à frapper et à ouvrir la nuit devant moi.

Bien plus que les grands événements et les grandes rencontres, il m’a fait.

Le contexte historique m’était assez étranger, dans ce tombeau d’ignorance où je vivais en famille, dans la plus parfaite incompréhension du monde et de ses mystères. Tout au plus, mon père, ancien prisonnier de guerre, frère d’un frère fusillé, fils d’une famille ruinée, nous avait élevé dans l’horreur de l’Allemagne : atavisme bénin et d’autant plus absurde aux yeux de ses enfants que le venin de l’Allemagne – ressort implicite du premier livre de Pierre Benoît – avait perdu l’essentiel de son acuité.

Toutefois il y avait quelque chose que je comprenais sans décryptage, lors de ma lecture enfantine de ce roman à la fois naïf et profond, tout pénétré de péril et de péché : un pétillement d’impatience déguisé en sagesse, une saveur de nuit blanche, une bouffée de parfum entre deux portes, qui me faisaient éprouver par anticipation ce qui plus tard deviendrait mon moteur personnel : la passion.

Cette passion, dans Koenigsmark, est celle qu’éprouve d’entrée de jeu Raoul Vignerte, un jeune professeur français qui débarque dans le palais grand-ducal  d’une petite principauté allemande. Il est fasciné par la femme du grand-duc: Aurore de Lautenbourg-Detmold, une splendide créature à pommettes slaves et esprit romanesque. Ses sentiments sont interdits, mais partagés.

Au moment où tout semble en place pour une résolution triomphante, l’histoire rattrape le héros, la guerre éclate entre la France et l’Allemagne, et à la fin, comme d’habitude, « il n’y a que la mort qui gagne ».  Mais je n’attachais pas une grande importance à ce contre-point historique. Mourir à la guerre ne faisait pas partie de mes priorités.

J’enviais le sort heureux d’élu invisible que Raoul occupait dans l’espace géométrique du château de fiction.  Non comme amant, mais comme être libre.

Je ne souhaitais pas, même par procuration, tenir Aurore dans mes bras. Mais boucler mes bagages, enfiler une veste de pluie, me glisser dans les rues qui conduisent au large, commencer à vivre autrement que dans l’imaginaire, appareiller.

J’ai voyagé beaucoup, en effet, dans l’espace virtuel trois continents. J’ai été d’une mobilité infernale. Mettre la main sur moi n’était pas à la portée de n’importe qui : il aurait fallu être au moins Interpol ou une femme déçue. Je n’intéressais pas Interpol.

J’ai été aussi, quelquefois, un amant de l’ombre. Si je retrouvais la nuit une amazone qui préférait ne pas trop m’exhiber au grand jour, j’étais préparé de longue main à ma double vie : maître du monde dans les rouages de l’écriture ; et n’importe qui, vivant caché, dans ma folle vie privée. Chaque voyage ou chaque chambre d’hôtel me renvoyait à un roman perpétuel. A tous les coups, j’étais mu par le sang souverain de cette histoire ancienne, et je courais masqué aux rendez-vous secrets que me donnaient la resplendissante Aurore : géant rapide qui avait pris le trot du mince, fluet, mélancolique et passionné Raoul Vignerte – mon nom caché, en quelque sorte. Koenigsmark a été mon filigrane

Les voies impénétrables de la fiction y prennent la forme magnétique de la femme fatale; non que certaines femmes soient plus maléfiques que d’autres, mais parce que le destin, chaque fois qu’il a besoin de nous, ne choisit pour éclaireur, ni un homme, ni une circonstance historique, mais une femme, et de ces rencontres dont nous pensons mourir, nous sortons transfigurés.

J’ai donc racheté par internet, le livre de Benoît, dans l’édition où je l’avais découvert. Et les libraires en ligne étant plus soigneux que je n’ai jamais été avec les objets de pure consommation, j’avais la jouissance de tenir entre mes mains, à l’état neuf, un livre de poche que je n’avais connu qu’en lambeaux.

Autant dire que l’histoire dont je me souvenais était doublée par une histoire réelle assez différente. Je ne gardais aucun souvenir du mariage d’Aurore avec son beau-frère, de la décharge de chevrotines en plein visage de Mélusine, amante et traitresse, ni du duel au browning entre les deux soupirants d’Aurore.

A première vue, c’est une œuvre lisse, contenue entre les bordures d’un imaginaire ratissé, et sans grandes perspectives. Mais elle révèle, quand on la déplie, des dimensions inattendues : le sexe, l’orgueil, la folie, la soumission héroïque au destin.

Une phrase faussement innocente : «  Ils étaient quatre, dont une femme, rose et jolie sous les fourrures réapparues », peut préparer l’explosion d’une vie tout entière – il est vrai que la fourrure est un signe de danger, et qu’aventuriers du XXIe siècle, nous avons entendu parler de Sacher-Masoch. Le sûr est que la passion est la conséquence nécessaire des rencontres fortuites et des visages innocents. Par des chemins circulaires, elle nous ramène au cœur de nous-mêmes – et la noirceur des choses ne nous quittera plus jamais.

Voulant ranimer, après si longtemps, l’intensité de ma première découverte, et la force syncrétique de mes impressions d’alors – je retrouve le glissement de mon corps dans les étroites failles de réel que la vie étriquée de mes parents et la tristesse profonde qui nous enserrait, laissaient subsister. Je m’écorchais à chaque mouvement, je laissais la peau de mon âme derrière moi en progressant ; mais chaque centimètre gagné me rapprochait de la lumière.

Les émotions qu’on accumule dans les prisons de l’enfance, en attendant d’être élargi par l’âge adulte, n’ont aucune valeur en soi ; elles n’existent que comme pièces de musée : la plupart seront sacrifiées pour nourrir le feu de notre liberté. Elles servent d’abord à créer des schémas mentaux, invisibles et secrets (mais non pas inconscients) dont dépend très exactement notre capacité d’être heureux.

  Luc Dellisse

  Janvier 2012



dans LE MAGAZINE DES LIVRES n°33
23 novembre 2011, 18 06 18 1118
Filed under: Le Blog de Christian Gatard

Christian Gatard

Christian Gatard est le fondateur de Gatard et Associés, cabinet d’études de marché international, et de christiangatard&go, conseil en stratégie. Sociologue, essayiste, romancier,

auteur de Nos 20 Prochaines Années paru en 2009, il termine son nouveau livre, Mythologies du Futur. Il propose de considérer les mythologies anciennes et modernes comme clés de lecture des temps à venir. Une démarche tout aussi sociologique que littéraire. Rencontre.

 

Propos recueillis par Joseph Vebret

— Qu’est-ce qui vous a amené à écrire Nos vingt prochaines années ?

Jean-Daniel Belfond était venu, à mon invitation, assister à une réunion de groupe marketing que j’avais organisée pour lui et les livres qu’il avait envie de tester devant les consommateurs. Il avait été très intéressé de voir comment on pouvait faire réagir les consommateurs sur une couverture, sur un concept, etc. Et puis nous avions déjeuné ensemble pour faire un débriefing. J’étais dans une réflexion, pas encore très précise, sur la prospective. Je sentais qu’il y avait des choses à faire de ce côté-là. C’est vrai que c’est dans l’air du temps, que ça intéresse désormais un peu tout le monde. Et puis je suis sociologue de formation : trente ans de terrain à travers le monde, pour réfléchir sur l’évolution de la société… Tout d’un coup, Jean-Daniel Belfond a pris son crayon et a gratté quelques mots sur la nappe. « Que fait-on dans nos vingt prochaines années ? » La réflexion s’est cristallisée sur ce titre, et c’est devenu notre processus de rencontre dans les jours qui ont suivi. Je lui ai envoyé un sommaire sur ce que pourrait être un livre sur nos vingt prochaines années, basé non pas sur la technologie ou la philosophie mais sur une sorte de sociologie créative, une sociologie qui serait un peu visionnaire sur ce que l’on allait pouvoir faire dans les vingt ans qui viennent, aussi bien dans les déplacements que dans la consommation, l’amour, la religion, etc. Depuis cette époque il m’a confié la direction de la collection Géographie du Futur. Nos projets sur 2012 sont passionnants. Je mettrai tout ça sur mon blog www.nos20prochainesannées.com…

— Alors, qu’allons-nous faire dans les vingt prochaines années ?

Il y a un premier principe : celui que j’appelle « l’effet de sidération ». Je suis absolument convaincu que nous allons vers un processus de sensualisation de plus en plus fort. On est à la recherche de choses qui font plus vibrer ; on est en train de mettre le curseur plus haut pour en prendre plein les yeux, pour avoir des expériences plus fortes ; on est dans une recherche d’extase qui me semble de plus en plus importante. C’est un premier principe.

Le second, j’en parle dans mes textes actuels, c’est le métissage. Nous sommes, à côté de cette forme de sensualisation, à la pêche de toutes les informations qui viennent du monde extérieur pour essayer de les hybrider, de les métisser. La Chine nous irrigue de ses informations contemporaines et de ses produits, mais l’inverse est vrai : un grand nombre de parents de la classe aisée chinoise envoit leurs enfants faire leurs études en dehors de l’Asie. Il y a une sorte de porosité du monde qui me semble importante.

Et puis on assiste à la réintroduction de l’artiste, de son rôle créatif. L’artiste d’autrefois, au XIXe siècle, était diabolisé dans sa chambre de bonne, il jouait sur le registre d’un romantisme exacerbé… C’est totalement terminé. Aujourd’hui, l’artiste, avec toute sa créativité personnelle, accepte les règles du jeu : c’est un artiste industriel, un homme qui est parfaitement capable de gérer son marché, etc.

— À l’instar de Steve Jobs…

Steve Jobs faisait totalement partie de cette nouvelle catégorie d’artistes industriels. Absolument. Et je pense que c’est aussi pour cela qu’il y a eu une émotion mondiale autour de lui. Dans la presse, on a fait une équivalence intéressante entre la mort de Kennedy, celle de John Lennon et celle de Steve Jobs. Ce sont des hommes a priori de mondes extrêmement différents, mais ils se rejoignent certainement dans une sorte d’archétype.

Les vingt prochaines années seront à mon avis très hautes en couleur. Et très certainement influencées, voire totalement phagocytées, par la notion de fracture. Nous sommes dans un monde où la fracture est de plus en plus abyssale, incontournable, entre les élites et le mainstream, entre les riches et les pauvres, entre les connectés et les non-connectés, entre les villes et les campagnes, entre l’hyper urbanisation des mégalopoles et la désertification du monde… Ce sont des sujets de livres de science-fiction, mais c’est très important. À cet égard, je voudrais dire que je crois beaucoup à la science-fiction. Je pense qu’elle a défriché et défriche de plus en plus les choses. On y trouve beaucoup d’intuition, beaucoup d’intelligence, un côté précurseur. Aujourd’hui, nous avons des Jules Verne que nous ignorons, mais qui sont très présents autour de nous et qui apportent beaucoup de choses.

— Revenons à vous. Vous vous dites un aventurier de l’éventuel et un adepte de la pensée buissonnière. C’est une belle formule !

« Aventurier de l’éventuel », la formule n’est pas de moi mais d’Olivier Philipponnat, directeur littéraire aux Éditions de L’Archipel.

Je pense que j’ai toujours un peu été aventurier. J’ai toujours été passionné par le fait de partir défricher des mondes. Bornéo a ainsi été une de mes passions pendant une quinzaine d’années. Je partais avec mon sac à dos dans les tribus pour découvrir soit leur propre vision de nous et des produits de la consommation occidentale, soit simplement à la découverte de moi crapahutant dans les sentiers, en me faisait construire des radeaux pour descendre les fleuves, et partant à la découverte de quelque chose qui m’a certainement toujours un peu poussé : les visions, les spéculations métaphysiques de ces gens-là. D’ailleurs, j’ai toujours été intéressé par la littérature anthropologique, par les mythes.

Mais même avec mon sac à dos, je suis une sorte d’intellectuel itinérant. Cela reste des aventures dont le vrai plaisir est de mélanger le fait de dormir dans les arbres et d’avoir une pensée métaphysique sur le monde. C’est ce qui est amusant. Et je suis également aventurier à Paris. Pendant une quinzaine d’années, j’ai eu un grand loft sur le canal Saint-Martin dans lequel on faisait des expériences de musique, de théâtre d’avant-garde, etc. C’est quelque chose qui m’intéressait. Je suis même aventurier dans mes romans, où je glisse plutôt du côté du réalisme fantastique.

Concernant la notion d’« éventuel », il s’agit de ne pas raisonner mais de se laisser porter par l’intuition du monde de demain, par l’inspiration. J’aime beaucoup cette idée d’inspiration, d’intuition. C’est finalement un outil de travail. Je crois beaucoup à la sérendipité. C’est une notion très à la mode, mais j’y suis très attaché. C’est sans doute là un des moteurs qui me porte dans mon nouveau livre. Sans doute liée à la synchronicité jungienne. Je crois assez volontiers à cela. L’« éventuel », c’est la fascination des possibles.

— Le livre sur lequel vous travaillez actuellement traite des mythologies du futur. Vous dites que les mythes anciens et modernes permettent d’expliquer le monde à venir.

L’expliquer, peut-être pas tout à fait. Mais j’ai le sentiment qu’ils sont une sorte de synopsis qui reste à écrire, à nourrir. Ils sont les synopsis des temps à venir, un peu comme si on ne pouvait pas faire autrement que de les réécrire à chaque époque. On réécrit à chaque époque un récit faustien, un récit prométhéen, un récit donjuanesque, etc. Et aussi, très probablement, des récits encore plus récents, comme un récit « sherlockholmesien »… Quand on gratte un peu ce qu’il y a derrière ces personnages, on voit bien qu’ils sont des archétypes, des façons d’expliquer le monde, de vivre plus ou moins bien le monde tel qu’il est aujourd’hui. Nous avons à notre disposition une assez vaste bibliothèque d’archétypes et il faut les convoquer, s’en servir comme étant des outils de navigation.

Dans mon livre, je décris cela d’une façon un peu particulière : c’est un essai dans lequel je suis extrêmement présent. Tout simplement parce que je raconte cette enquête buissonnière, c’est-à-dire une enquête qui n’est pas académique, une enquête qui se veut amusée et amusante, qui rencontre les vrais gens, et qui parle du monde tel qu’il est aujourd’hui… en m’impliquant.

Il y a un assez fabuleux livre ethnographique qui est fondateur de ce type de démarche : Les mots, la mort, les sorts de Jeanne Favret-Saada, qui raconte la sorcellerie contemporaine en Mayenne – une enquête qu’elle a menée entre 1960 et 1980. Ce livre est fabuleux à la fois sur le sujet, qui m’intéresse beaucoup, et sur le personnage de Jeanne Favret-Saada, observatrice et participante dans un monde finalement profondément violent et dangereux. Cela m’intéresse d’autant plus à titre personnel que mon père était médecin dans la Sarthe à l’époque, et je me souviens que dans ma petite enfance, il me parlait de sorciers, de sorcellerie… alors que lui était dans la science positive et avait une profonde interrogation face à ce qui se passait là. Bref, il y a quelque chose qui me fascinait dans cette idée. Je crois d’ailleurs que la sorcellerie, dans des formes contemporaines, reste extrêmement présente. Je le décris comme étant ce que j’appelle le paradigme Paracelse, cet alchimiste du XIVe qui a précisément fasciné Jung, qui était à la fois médecin, métaphysicien, sorcier, alchimiste, et qui avait une démarche profondément magique vis-à-vis de la science. On était dans la pensée magique. Aujourd’hui, je suis convaincu qu’on reste bien souvent dans la pensée magique par rapport à cela. Je travaille précisément sur un chapitre à ce sujet. Et la façon dont les fractales de Mandelbrot sont utilisées par toute cette cohorte d’ésotéristes, d’alchimistes postmodernes, des sortes d’incantations vis-à-vis de la matière. Cela donne le sentiment, parfaitement inacceptable pour la science positive et l’académie contemporaine, qu’il y a une âme dans les choses. Aujourd’hui, c’est parfaitement scandaleux. Alors que c’est parfaitement envisageable. Et cela crée une véritable tension.

— Les objets, les maisons ont une mémoire…

J’adhère à cela, mais l’informaticien qui a permis la construction d’une fusée qui envoie Hubble dans l’espace peut-il se permettre d’y croire aussi ? C’est une vraie question à laquelle je n’ai pas de réponse. C’est un des thèmes de mon livre.

En juin dernier, par sérendipité, à travers les recherches que je faisais sur Internet, je suis tombé sur un blog très intéressant à propos de l’alliance entre écologie et science-fiction. Je me suis rendu compte que ce blogueur allait participer quelques semaines plus tard un séminaire dans un tout petit village des Alpes de Haute-Provence qu’une équipe d’universitaires belges a totalement retapé dans les années 1950. Ce séminaire de quatre jours, sur la planète Mars, était organisé par l’université de Nice. J’ai réussi à me faire inviter et je me suis glissé pendant ces journées dans un univers absolument fabuleux qu’est celui des écrivains de science-fiction, des universitaires, qui réfléchissent de façon à la fois rationnelle et très poétique sur le monde de demain. J’en parle dans mon livre.

— Livre dans lequel vous identifiez trois « big-bangs mythologiques contemporains »…

Effectivement, des ondes de choc qui sont trois récits mythiques qui vont éclairer les temps à venir. Elles viennent de loin – les premiers frémissements se sont fait sentir au siècle dernier – ce qui peut assurer leur pérennité. Elles remplissent un certain nombre de critères-clés qui font d’elles des mythes, elles en ont l’étoffe. Elles expliquent plutôt bien une pratique sociale et la consolident, elles parlent du statut de l’être humain – dans ses rapports avec les autres, dans ses rapports avec le pouvoir, dans sa finalité.

— D’abord « la transparence obscène, mauvais présage »…

La transparence est la première onde de choc. Au départ, cette transparence se veut angélique. Au fond, il s’agit de déjouer les abus, lutter contre les mafias et les malfaçons. Les portiques sécurité des aéroports vous mettent complètement à poil ? C’est pour votre bien. On exhorte les entreprises à plus de sincérité en exigeant des labels de toute nature : il s’agit de prouver sa bonne foi. Puis les réseaux sociaux sont allés plus loin, inaugurant un espace d’impudeur fascinant. Tout est dit, écrit et publié sur tout dans l’instant et par tous. Chacun s’exprime, annonce, applaudit ou dénonce. Chacun a une opinion et la proclame, chacun (les gens, les états, les entreprises, les contre-pouvoirs…) se dévoile ou dévoile et accuse. C’est à une mise à nu du monde que l’on assiste.

La dissidence canaille des nouveaux médias de type WikiLeaks ou Mediapart a voulu balayer les Écuries d’Augias et à ce titre ils se sont décernés une médaille. Le mythe des travaux d’Hercule a ainsi repris du service !

Mais la vérité jusqu’à l’os entraine des dérives. À trop vouloir en faire, on se prend les pieds dans le tapis. La transparence s’est faite aussi policière et a installé des caméras de surveillance à tous les carrefours. Elle dévaste l’intimité, s’incruste dans les chambres à coucher et elle va jusqu’à l’utilisation légalisée de la nutrigénomique. Cette fois l’idée est la suivante : pour prévenir les risques médicaux on va surveiller jusque dans vos gênes ce que vous allez devoir manger pour réduire le déficit de la Sécurité sociale… alors vient un moment où ça va comme ça !

Car à force de tout montrer, trop et en détail, on finit par ne plus rien voir. L’addiction à la nourriture saine, la dictature du génome, l’obsession de la transparence sont bientôt mises en accusation. Un vent de révolte se lève : manger, boire devient peu à peu des actes de rébellion contre la dictature de ceux qui nous veulent du bien. La logique de la transparence est enfin comprise pour ce qu’elle : une logique obscène, quasi porno. Or la pornographie, comme dit Robbe-Grillet, c’est l’érotisme des autres, c’est au bout du compte d’être dépossédé de soi. La transparence a ces effets-là et son obscénité la voue à sa propre fin : on ne peut pas éternellement imposer aux gens de ne plus s’appartenir. On ne peut pas demander à la nature d’être contre nature.

La dictature de la transparence ne va pas durer éternellement, mais les ondes de choc qu’elle a déclenchées vont se faire sentir longtemps sous forme de résurgences plus ou moins violentes. Il y a et il y aura encore des évangélistes allumés en quête de grande lessive morale. La transparence leur apparait toujours comme l’argument absolu : Dieu voit tout ! disent-ils et diront-ils longtemps encore. (Ce qui permet de rappeler au passage que Dieu n’est pas mort du tout. Il a peut-être eu un petit coup de mou, mais il est maintenant en pleine forme).

L’onde de choc qui va ébranler cette imposture qu’est la transparence c’est le retour en grâce du secret de fabrication. On a tous un secret de fabrication, une formule unique qu’aucune politique de transparence dictatoriale ne peut dévoiler. Préserver le secret de sa propre fabrication, c’est préserver ce qui est unique en soi, ce qui distingue de la masse. Voilà une trame mythique, un script essentiel qui va rencontrer un joli succès: l’émergence du moi contre l’indifférencié des origines – un combat qui remonte à la nuit des temps.

Celui qui est capable sans défaillance de garder ce secret acquiert une force de domination qui lui confère un sentiment aigu de supériorité. Garder le secret de ce que l’on est, n’est-ce pas la quête de… l’alchimiste ?

Derrière l’image des alambics et la quête de la Pierre philosophale il y a bien longtemps qu’on a compris que l’alchimiste est à la recherche de l’essence des choses et au cœur des choses il y a lui-même. L’alchimiste « travaille » sur la matière en même temps que sur lui-même. Il est à la recherche du secret de fabrication de l’univers qui est aussi le secret de fabrication de chaque individu. Autrement dit il travaille aussi pour vous et moi. Est-ce ce que l’on appelle le sacré ? Peut-être. Si le sacré désigne ce qui est inaccessible, indisponible, mis hors du monde normal, objet de dévotion et de peur, alors non, ce n’est pas à ça que je fais référence. D’ailleurs cette notion-là de sacré va faire long feu, si ce n’est déjà le cas. Je retiendrais volontiers le terme de néo-sacré pour désigner ce qui émerge de nos jours. Une forme de sacré accessible et disponible, qui réintègre le monde normal en donnant l’exquis vertige que des mondes immenses sont à découvrir.

C’est un sacré de sidération devant le monde réel (fabuleux, abyssal, cosmique…) dont on sait qu’il reste à découvrir et dont on sait qu’on sait si peu de choses. La réalité de ce néo-sacré nous fuit sans doute : elle est à la fois technique et spirituelle, macrocosmique et microcosmique avec quelque chose comme une espièglerie cynique et ludique, quelque chose comme le rocher de Sisyphe ou L’Arlésienne, Godot peut-être. Quoi qu’il en soit c’est une claque à la transparence, la preuve que la transparence est un canular.

— Puis « l’hybridation dialogique, monstre apprivoisé »…

Laissons les alambics et observons l’onde de choc qu’est l’ère de l’hybridation. Nous pataugeons dedans. Sa marée monte : assemblage, métissages, United Colors, coexistences et conciliations et/ou amalgames, mélanges douteux, confusions et coups fourrés. On va bientôt en avoir jusqu’aux genoux. La voie est ouverte pour un autre mode de rapport au monde : l’ouverture aux contradictions, à l’irrévérence, à la valorisation des contrastes… bref à un avenir dialogique. La logique de l’un OU l’autre n’aura plus court. L’un ET l’autre vont devoir s’entendre.

Le métissage du monde, les nouvelles alliances, les assemblages hybrides sont déjà à l’œuvre au début de la seconde décennie du XXIe siècle. Et on n’a encore rien vu. Avec l’hybridation dialogique les cultures vont devenir de plus en plus poreuses, elles vont envisager de s’échanger leurs ADN. Des cargaisons entières de fonds mythiques attendent d‘être déversées dans leurs entrepôts mémoriels. Les civilisations vont-elles s’inoculer leurs secrets de fabrication ?

L’Extrême-Orient pourrait remplacer l’Extrême-Occident comme représentation symbolique des pouvoirs dominants et la Chine redevenir le Milieu du Monde qu’elle fut autrefois. Traduction de l’idée de porosité : les Asies se sont dans un premier temps abreuvées aux comptoirs européens, dévalisant les étals haut de gamme, déguisant leurs enfants en petits empereurs haute couture. La touche occidentale était du dernier chic. Les Asies ont ensuite mixé leurs propres mythes avec gourmandise à ceux de leurs anciens envahisseurs. Et l’extrême Europe a frissonné d’aise et de terreur en poussant ses fourgons jusqu’aux contreforts des Empires aux yeux bridés. Et là, le fier Européen s’est mis à goûter aux fables asiates.

Ces affaires-là, celles de la confrontation/mixtion entre la Grande Asie et l’Occident ou entre utopies des villes et utopies des champs, vont peut-être s’arranger, mais pas dans le sens qu’on croit (ou qu’on espère selon la position qu’on occupe sur l’échiquier stratégique planétaire ou sur l’échelle des salaires). Pas dans la domination insolente d’un monde sur l’autre. Personne ne va nécessairement gagner, c’est-à-dire profiter des fruits de ses victoires culturelles ou industrielles ou écologiques. La Chine ne peut laisser l’Europe les pieds au froid. Dans l’hypothèse d’un monde dialogique toute hégémonie fait long feu.

La survie est dans la coexistence.

Le scénario dialogique est une ère de réconciliation. C’est assez fragile. Les Européens ont envoyé à leur tour leurs enfants là-bas (finir leurs études à Shanghai) et le rapprochement géographique a remis les choses d’équerre. Mis à part quelques prédateurs hystériques, ça va plutôt bien passé. Pour autant je ne me sens pas Chinois à Shanghai et personne ne me le demande. Nous sommes tous des cohortes sous indications géostratégiques protégées. Normalement il est impossible de dépasser sa propre culture dit Edward T. Hall, spécialiste de l’interculturel. Empathie et curiosité ne sont pas synonymes de mixtion, fusion ou incorporation.

Rien ne semble annoncer le désir universel d’une incorporation/dissolution des gens et des cultures dans un grand tout qui serait une soupe finale sans goût ni saveur. Bien au contraire mes voyages, mes enquêtes me confirment tous les jours que chacun – vous, moi – tend vers la conservation d’une organisation, d’une structure, d’une forme, d’un fonctionnement qui lui est propre. Pas tant à titre strictement personnel, plutôt dans le cadre de sa cohorte de référence, de son groupe d’appartenance – plus ou moins élargi, plus ou moins réparti.

L’art de l’assemblage est plus fécond pour rendre compte de ce que pourra être un bon scénario mythique. L’art de l’assemblage c’est l’art d’apprivoiser les forces cachées dans les choses.

S’apprivoiser, encore, s’apprivoiser sans s’assujettir ? C’est dans l’Océan Indien, enquêtant sur le concept d’îles du futur, que j’ai commencé à cerner les contours de ce que pourrait être une hybridation respectueuse des identités de l’autre, d’une utopie dans laquelle chacun se sent libre d’exister sans ressentir le besoin de trucider son prochain. Là-bas on est dans le métissage réel. Pas de fantasme, pas de discours creux. L’apprivoisement est un apprentissage de longue haleine. On entend dire là-bas : Ile de la Réunion : métissage omelette, Ile Maurice : métissage œufs sur le plat. C’est dans les îles qu’il faut repérer les signaux faibles du vivre ensemble de demain.

Cela va bien se passer pour les uns, moins bien pour les autres, car l’hybridation a ses limites. Tout ne s’hybride pas comme ça. La résistance à l’hybridation sera sans doute une grande figure mythologique – elle l’est déjà : le monde ne se fracture-t-il pas entre une satiété arrogante d’un côté et une famine généralisée de l’autre ? Elle est numérique, esthétique, financière. Elle existe au niveau de la santé, du bien-être, de l’accès à l’éducation. Elle s’incarne dans les abymes qui se creusent entre le monde rural et le monde urbain, entre les banlieues en flammes et les ghettos chics organisés en fortin, ou inversement entre les banlieues vertes et privilégiées et les centres-villes dévastés.

Ces fractures sont là pour durer et génèrent rébellions, émeutes, mise à sac du palais-monde des nantis. La barbarie est une chose, mais le barbare en est une autre. Personne ne veut de la barbarie – qui est un concept barbare, mais le barbare n’a pas que des défauts : il participe de la nécessité revitalisante des catastrophes. Il pille, certes, mais il dissémine ce faisant des objets qui serviront à engendrer des formes sociales, des idées et des mythes nouveaux.

— Et enfin, « l’allégeance rebelle, divine friponne »…

Et demain ? L’allégeance rebelle ? C’est l’idée qu’il faut bien accepter les règles du jeu – la nature qu’il faut protéger, les estomacs qu’il faut remplir, la technologie qui permet de communiquer, un monde cruel et injuste, l’existence des picaros et des hidalgos. Et qu’au sein de cet ordre du monde mal fagoté il restera toujours une capacité d’impertinence et de rébellion. On finira par apprendre que c’est de l’intérieur qu’on pourra faire bouger les choses.

On pourrait aussi parler d’impertinence cérémonieuse. De quoi s’agit-il ? D’une sorte de choc en creux. Tout d’abord on va changer les règles, c’est-à-dire qu’on va les respecter… pour changer ! On va spéculer que les forces de l’histoire sont d’irrésistibles marées dont les almanachs sont enfin lisibles, que les mythes anciens sont les scripts du futur. On ne va pas certes penser que tout est écrit, mais que la notion de variations sur des thèmes connus est peut-être la meilleure, voire la seule façon d’avancer. On va donc s’intéresser à ce qui s’est passé avant. Lire peut-être les grands textes de l’humanité et leurs commentaires, s’intéresser à ce qui s’est passé autrefois. On va même accepter qu’il y ait une nature humaine.

Exit l’idéologie de la table rase, de la politique de la terre brûlée intellectuelle. On fait allégeance c’est-à-dire qu’on accepte de lui obéir, à la nature humaine – un tant soit peu. Non pas, encore une fois, qu’il n’y ait pas d’historiens, de penseurs patentés, d’intellectuels et de politiques qui nous aient alertés sur le besoin de comprendre l’histoire pour chevaucher le présent. Mais il y avait un nœud difficile à trancher qui restait en travers de la gorge. S’inventer la vie, c’était tout changer. Innover, bouleverser, disrupter. Panache prométhéen.

Était-ce bien nécessaire ? Ne voit-on pas que Prométhée s’essouffle ? Que son mythe a du plomb dans l’aile ?

On le dit métamorphosé, hagard, incapable de s’orienter.

Son frère Epithémée va prendre la relève. Il est le créateur des animaux à qui il donne tous les instruments nécessaires à la survie (fourrure, sabots, ailes, griffes, nageoires..). Il fait un bon boulot mais quand il commence à s’occuper de l’homme, il n’a plus rien en boutique. Sarcasmes des dieux. C’est comme ça : l’homme épithéméen – vous, moi – est vulnérable. Il doit se débrouiller dans un monde hostile. De plus en plus hostile : le feu prométhéen qui nous chauffât est devenu le feu nucléaire qui nous cramera. Mais on n’en restera pas là. Le frère ne vaut pas grand-chose. C’est un faible. Il a épousé Pandore pour faire plaisir à Prométhée, on sait ce qu’elle fait de ses cadeaux.

À qui faire confiance ? À celui dont il faut se méfier le plus : le Fripon Divin. Pas un mythe commode. Perturbateur, figure du panthéon universel des casseurs de codes, le trickster a le fumet exotique de l’empêcheur de tourner en rond, du casseur de méthode. Dérision, perpétuelle dérision.

Les Fripons Divins sont légions : Till Eulenspiegeul, l’espiègle, le Petit poucet, enfant malin, Amaguq, dieu inuit des farceurs et des loups, le Petit Bodiel de la Savane africaine, le Renart du Roman éponyme des XIIe et XIIIe siècles, les gnomes, les lutins, Tristan et Iseult eux-mêmes… il me semble que le Collège de Pataphysique…il parait même que Cendrillon…

Je n’ironise pas tant que cela.

Les idéologies, les religions, les visions du monde à géométrie variable vont se succéder, se confronter – négocier peut-être une paix des braves… mais au cœur de ces mondes vibrants, poreux, en chambardement constant, l’allégeance rebelle va émerger qui racontera l’histoire du monde qui vient, les contes populaires de demain.

— Votre démarche semble finalement très littéraire, plus que scientifique. Vous puisez dans la fiction pour créer du réel, alors que l’écrivain part du réel pour créer une fiction.

C’est profondément juste. Vous mettez le doigt sur quelque chose que je n’ai pas résolu. Je ne suis pas scientifique. J’ai une formation de sociologue. Mais profondément, je pense, oui, que ma démarche est littéraire.

Un de mes instruments de réflexion est précisément une boussole pour avancer entre réalité et fiction. D’autant plus que nous sommes aujourd’hui dans un monde où la réalité augmentée de nos machines technologiques fait que le distinguo entre ce qui paraît être de l’ordre du réel et ce qui paraît être de l’ordre de l’imaginaire est de plus en plus flou. À tel point qu’à un moment donné, on ne sait plus si ce qui nous entoure fait partie du réel ou pas. Mais cette question est presque dépassée. Aujourd’hui, nous sommes effectivement dans un monde où réel et imaginaire sont entrés en synergie, et il faut absolument faire avec.

Les transhumanistes pensent que, dans vingt ou trente ans, la capacité des ordinateurs sera telle que nous serons éventuellement capables de downloader notre intelligence dans un ordinateur et que, probablement, on pourra porter une petite boucle d’oreille dans laquelle il y aura la totalité de la mémoire de l’humanité.

— Sachant qu’aujourd’hui, un iPhone est plus puissant que les ordinateurs qui ont permis le premier alunissage…

Alors dans trente ans… ! Et il ne faut pas oublier que tout cela est exponentiel.

— Revenons à ce que la littérature et la fiction vous apportent dans votre démarche buissonnière pour imaginer et comprendre le monde de demain.

À travers la littérature, il y a le verbe, la parole, qui est opérative. Le fait de parler, c’est une des grandes explications de la sorcellerie par Jeanne Favret-Saada : tout tourne autour de la parole et de la prise de parole, de l’injonction, etc. Je ne suis pas du tout inquiet quant à la disparition de la phrase. Peut-être le livre papier a-t-il des soucis à se faire, mais la phrase, les mots, seront toujours absolument au cœur de la vie, de la désignation des choses, de l’interprétation des choses et de leur évolution. On fait avancer les choses par la parole.

Toute ma démarche, c’est vraiment de mettre la parole, la phrase, dans sa puissance intellectuelle de compréhension… donc peut-être aussi dans sa beauté esthétique, dans la beauté jubilatoire de ce qu’est la prise de parole. Peut-être la parole est-elle un instrument de navigation, mais c’est aussi et surtout un instrument d’exploration. La métaphore de la parole, c’est le brise-glace qui avance. La parole, c’est la masse solide qui casse la glace, qui permet cette exploration. Ensuite, derrière, il va y avoir d’autres formes de mise en scène. Mais le fait de prendre la parole, au sens littéral… on parle de pouvoir, de puissance, on parle de se mettre au centre.

Dans mon cas, je pense d’ailleurs que j’ai gagné toute ma vie par la parole. Mon métier est d’être modérateur de parole. Depuis trente ans, toutes les semaines, j’anime des groupes de travail, je sollicite la parole et je la propose.

— Êtes-vous un grand lecteur ?

Je dois lire environ trois livres par semaine. Je lis des romans, des essais… En ce moment, je redécouvre la science-fiction.

j’avais autrefois proposé à Jacques Goimard un doctorat de sémiologie portant sur une étude sémiologique comparée de science-fiction et de sciences occultes. Le hasard de la vie a fait que quelques mois plus tard, j’ai trouvé un travail dans une société d’études de communication. Cette thèse de doctorat que je n’ai jamais terminée, je l’ai toujours continuée à travers les romans, à travers tout ce que j’ai fait… ce qui mériterait d’être analysé ! Mon livre à paraître n’est qu’une nouvelle étape dans l’histoire de cette thèse qui ne sera jamais terminée… C’est une sorte de palimpseste de moi-même.

NOS VINGT PROCHAINES ANNÉES, Christian Gatard, Éditions de L’Archipel, 323 p., 22 €



Empreintes Bordeaux 2011
16 novembre 2011, 13 01 00 1100
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Première conférence

Des labels centenaires disparaissent, d’autres s’imposent rapidement : comment gérer le cycle de la marque ?

Intervenants

Claude GALLEX JOURNALISTE

Caroline BIANZINA
Louis COMOLET
MARTINE LEHERPEUR
Mauro GRIMALDI

Christian GATARD

Hélène SAGNE BUG

Mauro GRIMALDI retrace l’histoire de Salvatore Ferragamo, société familiale italienne, l’une des premières du secteur à s’aventurer en Asie et aux USA, il y a maintenant une trentaine d’années. Ce chausseur des grandes stars hollywoodiennes est aussi celui qui a introduit au Japon les premières chaussures pour la femme active qui se libère, modèles devenus cultes depuis.

Dans un premier temps l’entreprise était un atelier de chaussure de très haut niveau, avec des résultats commerciaux variables. Dans les années 60, l’épouse de Salvatore FERRAGAMO a réussi à développer près de 500 magasins de par le monde, dont 60 en Chine. La troisième génération a confié tout le processus de création à un salarié qui a grandi dans l’entreprise et qui fait montre d’une cohérence totale sur ce point.

Mauro GRIMALDI constate que beaucoup de jeunes créateurs se lancent pour l’heure dans la haute couture, laboratoire de créativité pure, avant de faire leurs preuves par la suite dans de grands groupes. Il remarque par ailleurs que Kenzo, grande marque française, vient d’embaucher en tant que creative directors les propriétaires de magasins multimarques new- yorkais Open ceremony. Ceci montre que les sociétés historiques européennes commencent bien à regarder hors d’Europe pour se renouveler.

Caroline BIANZINA y voit la fin du créateur star pour la résurgence de personnes qui s’effacent derrière leurs produits, à l’image de Guillaume HENRY, chez Carven. Le métier et le savoir-faire retrouvent ainsi une position centrale. Beaucoup de marques de milieu de gamme essaient de même de retourner vers les produits plutôt que sur le développement commercial pour s’inscrire dans la durée. Celles qui copiaient autrefois les méthodes du luxe retournent ainsi maintenant aux valeurs premières.

Louis COMOLET juge que la mondialisation représente une chance pour beaucoup de marques, même si celle-ci génère beaucoup de victimes. Le marché qui s’était un peu endormi est aujourd’hui beaucoup plus vivant, grâce à la mondialisation. Il est très difficile et coûteux de créer de nouvelles marques. C’est la raison pour laquelle de nombreuses marques ont été ressuscitées de manière temporaire, grâce à une pure opération de communication (Lajaunie) ou grâce à d’importants investissements sur les produits (Dior et Vuitton). Par exemple, Vuitton a confié une collection de sacs à Murakami. Pommery, marque ancienne dans le domaine du champagne, a lancé récemment Pop, boisson qui se consomme à la paille. Apple, marque qui s’était spécialisée sur l’ordinateur et sa technologie, a su lancer une nouvelle version du walkman : l’i-pod, qui a relancé totalement la marque. Toutes ces marques, princesses endormies, ont ainsi su transgresser leur identité traditionnelle. Dès lors qu’elles disposent une histoire assez forte, elles sont en mesure de proposer des idées nouvelles au marché, généralement bien accueillies.

Pour Hélène SAGNE, depuis quelques années, les unités de lieu et de temps ont disparu, grâce notamment aux réseaux sociaux. Ainsi, Dell a réussi à s’emparer de Tweeter pour réaliser un chiffre d’affaires supplémentaire de 6,5 millions d’euros en 2010. Tesco a de même proposé des supermarchés virtuels, où les consommateurs peuvent dans le métro flasher des produits pour ensuite se faire livrer directement. En brisant ces unités de temps et de lieu, des marques ont su se renouveler de manière importante. Ces déplacements, à l’image de Carambar, qui investit le monde de la glace, sont souvent très porteurs pour les marques.

Christian GATARD estime que les marques évoluent sous l’effet de véritables artistes, qui utilisent le concept d’allégeance rebelle, injectant de l’interdit dans l’ADN de la marque. Il remarque en outre que la transparence est un concept qui envahit toute la société. Cependant, pour Christian GATARD, ce phénomène n’a qu’un temps et contribuera à l’émergence d’une société plus rebelle, moins disciplinée et plus hybride, avec des échanges culturels plus marqués, sous l’effet de la mondialisation. Le monde bascule ainsi vers l’Est, à l’image du marché de l’art, où les peintres les plus chers sont désormais chinois.

Le centralisme est de plus en plus contesté et le communautarisme, si contesté, devrait prendre un essor important. Les marques vont suivre ces éléments.

Caroline BIANZINA juge que cette évolution se constate au niveau même des consommateurs, qui vont refuser de choisir entre luxe et mass-market, fripes et grandes marques de la distribution. De même, les groupes de réflexion mélangent aussi bien experts que non experts, car le consommateur prend le pouvoir, au travers d’internet notamment. Les marques devront intégrer ces éléments, sans se soumettre et préserver leur identité. Les consommateurs sont ainsi beaucoup plus inclus que par le passé dans la mode ou le monde des cosmétiques.

Christian GATARD considère de même que les inspirations s’internationalisent. Les marques essaient de plus en plus de faire parler les consommateurs, qui réinventent la liberté de parole grâce aux nouveaux médias. A ce propos, Hélène SAGNE note que beaucoup de marques s’appuient sur des communautés ad hoc autour des réseaux sociaux et qui remplacent les traditionnels laboratoires. Ce phénomène se constate aussi en interne, avec une frontière de plus en plus perméable avec l’extérieur. Les résultats n’en sont que plus riches.

Louis COMOLET rappelle que les marques naissent d’entrepreneurs qui prennent des risques. A force d’interroger sans cesse le consommateur, on gomme la prise de risque, selon lui, ce qui empêche les marques de se distinguer.

Mauro GRIMALDI remarque que les marques sont un creuset où se retrouvent idées révolutionnaires, réseaux sociaux et audace des entrepreneurs. Le monde actuel permet d’adopter des stratégies très différentes.

Christian GATARD estime pour sa part que les entrepreneurs réagissent à un besoin intérieur, traduction d’un archétype fondamental, celui du héros fondateur et artiste. Ces mythologies se déclinent sous forme de scénarios inconscients qui se réécrivent en permanence, malgré quelques adaptations personnelles. Les entrepreneurs cherchent donc à tout prix à modifier le cycle de la marque.

Caroline BIANZINA partage le point de vue selon lequel la création et la fabrication qui prendront le dessus demain, au détriment de la communication. Pour elle, certains métiers seront amenés à être revalorisés prochainement, à l’image des vendeurs qui vont porter demain plus que jamais l’image de la marque.

Mauro GRIMALDI confirme que, dans le secteur du luxe, le vendeur était par le passé quelqu’un qui occupait ce poste de manière temporaire avant de se lancer dans un autre métier. Aujourd’hui, ce sont des individus passionnés, qui veulent servir le client. Par exemple, le Printemps s’est repositionné sur ce plan, en insistant sur le service et l’accueil. Le Bon Marché, pour sa part, demeure un prescripteur aux yeux de beaucoup, qui est en passe de se doter d’une nouvelle stratégie révolutionnaire.

Hélène SAGNE note la multiplicité de facteurs de changement à l’heure actuelle, ce qui impose un retour vers l’identité profonde de la marque. Ainsi, Dove et Nivea ont développé une fibre sociale sur le monde de la beauté, qui leur donne une force sur d’autres marques.

Christian GATARD compare l’entrepreneur à Héphaïstos, le dieu forgeron, et à Hermès, le dieu messager et des voleurs. Les créateurs sont Apollon, organisation et structuration créatrice (Karl LAGERFELD et Yves SAINT-LAURENT), et Dionysos, chaos fécond (John GALLIANO ou Philippe STARCK).

En conclusion, Caroline BIANZINA note que plusieurs voies sont possibles dans cet univers en changement. Des marques naissent aujourd’hui et il serait intéressant de voir si elles vont suivre le chemin de leurs prédécesseurs. Certaines semblent avoir opté pour un

engagement total, avec un souci de durabilité, de création et d’humanisme. Par ailleurs, Caroline BIANZINA se demande si une certaine modestie n’est pas nécessaire désormais en termes de visibilité, contrairement au modèle des années 2000.

Hélène SAGNE revient sur la jeune génération qui assurera l’avenir des marques demain, qui réagira autrement que la génération actuelle. Pour elle, ce ne sont pas nécessairement les consommateurs qui sont les freins de l’évolution de la marque, mais souvent les marques elles-mêmes. Elles devront se montrer plus audacieuses.

Louis COMOLET rappelle que TALLEYRAND appelait à violer les règles du jeu, mais, pour les violer, il faut les connaître. Pour lui, les marques centenaires endormies ont un avenir à condition de trouver ceux qui sauront les réveiller.

Mauro GRIMALDI voit le monde s’ouvrir et se réveiller, ce qui représente de nouvelles opportunités. Dans ce contexte, les entrepreneurs ont un rôle important à jouer, car ce sont eux qui prendront les risques pour saisir ces opportunités.

Christian GATARD conclut sur une fable réunissant l’artisan, la cheville ouvrière de la Renaissance, le jardinier, qui produit les fruits et les fleurs, c’est-à-dire qui communique, et le samouraï, qui épée à la main, va à la conquête du marché. Sur cette image du volontarisme, il invite chacun à ne pas se montrer frileux.

Seconde conférence:

Les pays émergents préparent les marques de demain : quand et comment vont-elles bouleverser les marchés ?

Animateur

Intervenants

Eric PORTELLI CARMEN STEFFENS

Agathe DEMENTHON TRENDMARK

Christian GATARD GATARD & ASSOCIÉS

Jean-Raphaël CHAPONNIÈRE AGENCE FRANCAISE DU DÉVELOPPEMENT

Edith KELLER CARLIN INTERNATIONAL

Marion LAVAINE MARTINE LEHERPEUR CONSEIL

Agathe DEMENTHON remarque que peu de marques issues de pays émergents ont réussi à percer le marché occidental. Elle se demande s’ils sont vraiment prêts à investir le marché européen avec de nouvelles marques fortes. Marion LAVAINE remarque tout de même que la situation varie en fonction des pays.

Pour Marion LAVAINE, la Chine est le fournisseur du monde, qui a envie de renouer avec les racines. Dans le domaine de la mode, le marché reste jeune très tourné vers l’intérieur. Il existe une large palette d’enseignes, mais peu de marques capables de vraiment s’exporter. Dans le domaine de la beauté, en revanche, la médecine traditionnelle et l’herboristerie abritent des marques qui s’aventurent vraiment au-delà des frontières. Marion LAVAINE estime que cette situation devrait bientôt changer, grâce notamment à Izzue et GNBY.

L’Inde pourrait être comparée à un esthète tourné sur lui-même, très fier de sa culture. Avec ses deux fashion weeks par an et une foule de créateurs, le secteur de la couture est très vivace. Cependant, la culture du tailleur reste bien implantée et il est dès lors difficile pour ces marques d’exporter leurs produits, car ils sont adaptés à chaque client. Le prêt-à-porter dispose de peu de marques fortes, à l’exception peut-être de Globus. Dans le secteur de la beauté, Himalaya et Forest essentials sont à surveiller.

Le Brésil dispose d’artistes créateurs et n’a pas été envahi par les marques étrangères du fait des taxes très élevées à l’importation. Chaque Brésilien dépense en moyenne 400 dollars chaque année dans la mode, soit six fois plus qu’un Chinois, et les marques ont très envie de s’implanter à l’étranger. Nombre d’entre elles, à l’image d’Havaianas et d’Osklen, ont envahi les marchés occidentaux, que les Brésiliens connaissent fort bien. C’est le secteur du beachwear notamment qui fait la force de la mode brésilienne. Le pays est leader en la matière.

Eric PORTELLI remarque que ces trois pays disposent d’un vrai savoir-faire en matière de fabrication. Très nationalistes, ils montrent maintenant une certaine condescendance à notre égard. Avec un marché en forte croissance, ils préparent les marques de demain, qui seront des champions locaux avant tout. Lorsque les marques occidentales voudront s’implanter, elles seront contraintes de passer des alliances pour cela.

Pour Eric PORTELLI, Carmen Steffens est pour l’heure l’une des rares marques brésiliennes qui acceptent d’adapter son offre aux demandes locales à l’étranger.

Christian GATARD constate que les marchés sont en plein bouleversement à l’heure actuelle, dans un sens assez imprévisible. Les pays émergents veulent accélérer, tandis que l’Europe veut ralentir et prendre son temps. En 2030, la femme chinoise pourrait devenir la référence universelle en matière d’élégance. Aujourd’hui, les marques représentent des héros fondateurs, qui deviennent progressivement des mythes. Le monde est assez poreux à l’heure actuelle et chaque continent influence beaucoup ses voisins. Il semblerait que les Occidentaux soient prêts à écouter de nouveaux discours en provenance des pays émergents, même si certains secteurs semblent moins perméables que d’autres.

Jean-Raphaël CHAPONNIERE considère qu’il est très difficile de penser la rupture. La première mondialisation a pris fin en 1914 lorsque la guerre a éclaté. Le mouvement a repris dans les années 50, mais sommes-nous vraiment à l’abri d’un événement qui stoppe le mouvement ?

Toutefois, si les tendances se prolongent, le basculement vers l’Asie devrait se confirmer dans les tous prochains mois. A l’heure actuelle, 250 millions de Chinois et 80 millions d’Indiens disposent de revenus qui leur permettent de vivre à l’occidentale. Ces classes devraient se développer rapidement. Le centre de gravité se sera déplacé et la classe moyenne européenne devrait souffrir. D’ici 2020, la Chine devrait représenter 45 % du marché du luxe. Sur le marché de l’automobile, la Chine disposera d’un marché important ainsi que d’entreprises bien placées en termes d’innovations et d’investissements. Il est

probable que, lorsque leurs marchés commenceront à saturer, les marques chinoises deviennent beaucoup plus agressives à l’extérieur.

Christian GATARD estime que, pour s’imposer à l’international, une marque a besoin de croissance, d’une stabilité institutionnelle et d’une volonté de puissance. La porosité culturelle actuelle s’étend au marketing et au consulting. De fait, les méthodes traditionnelles occidentales sont entendues dans le pays, mais peut-elle établir de nouvelles règles pour partir à l’assaut du reste du monde ?

Christian GATARD pense que la Chine va relire sa propre histoire et se replonger dans ses racines confucéennes pour établir sa nouvelle stratégie.

Eric PORTELLI explique le succès de Carmen Steffens en France en reproduisant la stratégie de la souris courageuse au milieu des éléphants du luxe. La marque est sûre de sa force et de son attrait. Eric PORTELLI estime que la marque possède tout à la fois qualité, style et exclusivité, qui sont les trois piliers du monde du luxe. Carmen Steffens contrôle les sources d’approvisionnement en matière première et propose une exclusivité en développant ses propres boutiques. L’exclusivité s’exprime aussi en général par le prix, mais Carmen Steffens a plutôt parié sur les quantités. La notion de séries limitées crée l’envie. Le style n’est pas uniquement décrété par les Français et Carmen Steffens s’est placé sur un créneau très clair avec une identité brésilienne bien visible, par le biais notamment de ses semelles de couleur.

En termes de communication, Eric PORTELLI estime qu’il faut être présent où se trouvent les consommatrices, par le biais de boutiques propres ou multimarques. Sur les médias, le marché français est très verrouillé par le secteur du luxe. Beaucoup de journalistes s’autocensurent lorsqu’ils évoquent Carmen Steffens. Pour contourner cela, la marque développe progressivement son savoir-faire en termes de communication.

Interrogée sur les éventuels manques des marques des pays émergents, Edith KELLER souligne avant tout que ces marques disposent d’une denrée rare à l’heure actuelle, à savoir l’espoir. Aujourd’hui, en Chine, faute de concurrence interne, tous les produits rencontrent un vrai succès. Pour l’heure, elles ignorent totalement l’international, car elles n’ont aucun intérêt à s’implanter sur un marché à croissance négative, alors que le marché intérieur propose 25 % de croissance annuelle. Dans quelques années en revanche, lorsque la concurrence se sera étoffée, la donne risque de changer. Edith KELLER remarque par ailleurs que le marché chinois dispose d’une agilité réelle.

Les concepts évoluent très rapidement. La difficulté pour ces pays réside dans le fait que les ressources humaines formées, professionnelles et efficaces sont rares et une concurrence très forte s’instaure à ce niveau. Par ailleurs, il n’est pas simple pour eux d’arrêter une stratégie de marque claire et cohérente, ce qui représente un handicap réel pour ces marques, surtout dans le domaine du luxe.

S’agissant du Brésil, Edith KELLER note que l’hyper-protectionnisme à l’œuvre actuellement rend difficile l’émergence de nouveaux concepts, malgré l’existence de grands créateurs. Concernant la Russie, peu sont prêts à investir pour la création. Ce pays peine de fait à passer le cap de l’export.

Agathe DEMENTHON s’interroge sur la possibilité pour les marques européennes de perdre leur aspect prestigieux, synonyme de luxe ostentatoire, ce qui amènerait certains pays à se recentrer sur les marques locales.

Christian GATARD confirme qu’il s’agit d’un risque, mais note que l’Europe est toujours porteuse d’une image de modernité et d’histoire mêlée. Les différentes valeurs associées à chacun des pays européens sont cependant encore assez floues.

Christian GATARD distingue trois types de marques. Tout d’abord, la marque océanique est mondiale et présente partout, à l’image de Disney. Ces marques sont très attractives et chacun veut participer à leur succès. Ensuite, la marque héritage s’inscrit dans le cadre vertical de l’histoire. Enfin, les marques folkloriques se réinventent et se renouvellent en permanence, quitte à changer de non. Celles-ci ont un avantage clair dans un contexte de crise, même si elles ne menacent pas l’existence des deux premières.

Jean-Raphaël CHAPONNIERE considère que les marques issues des nations émergentes, une fois suffisamment grosses, vont finir par s’intéresser à l’international. Elles pourraient finir par racheter de grandes marques européennes. Ceci assurera l’avenir des marques, mais pas celui du commerce occidental. S’arrêtant un instant sur les facteurs technologiques, Jean-Raphaël CHAPONNIERE remarque que la Corée va déposer en 2011 deux fois plus de brevets que la France. La Chine est en passe elle de rattraper la France, alors même que ces deux pays étaient à la traîne il y a encore dix à quinze ans. Ces pays disposeront demain d’un avantage concurrentiel certain sur la France.

En conclusion, Edith KELLER estime que la concurrence n’est pas une menace mais une chance et un aiguillon. Les discours protectionnistes sont donc particulièrement malvenus, selon elle. La Chine a investi 371 milliards à l’étranger, dans des pays où les potentiels de croissance sont forts et donc pas en Europe. Demain, ce seront les grands majors qui vont réinvestir sur les marques européennes. Edith KELLER note que 60 % des exportations chinoises sont réalisées par des sociétés aux capitaux étrangers, ce qui met à mal les discours sur la concurrence.



En attendant la poésie
6 novembre 2011, 7 07 27 1127
Filed under: Luc Dellisse



La poésie n’occupe aucune place, même cachée, même mineure, dans la société actuelle. Aucune. Le texte, l’écriture, gouvernent toujours le monde, mais à condition qu’ils informent, qu’ils communiquent – et qu’ils substituent les mots aux faits.

La poésie est le pari inverse, très exactement.

Le domaine de la poésie, c’est la vision pure, exacte, resserrée, de ce que le monde présente de plus sensible et de plus visible. Une évocation du réel, du vécu, non pas déroulée comme un film qui suit une trame précise et univoque, mais multipliée à l’infini, en autant de facettes qu’il y a d’instants stockés dans notre mémoire imaginaire.

Même chez quelques personnes qui disent la fréquenter, la notion de poésie est extrêmement floue et ne se distingue en rien de la chanson ou de l’opérette. Le contraire serait une surprise. Notre époque enseignant dans les écoles, sans doute pour brouiller les cartes, ou pour hâter la disparition du bonheur, que les fables de Jacques Prévert ou les blagues de Georges Brassens (ces deux inventeurs de l’anarcho-poujadisme) sont de la poésie, les raisons pour lesquelles ce n’en est pas restent parfaitement ignorées.

La poésie est absente de notre esprit et de notre vie. Il est intéressant d’imaginer qu’elle reviendra un jour – par exemple dans vingt ans. Que l’expérience précise, acérée et cruelle de l’imaginaire poétique retrouvera sa place dans la création du monde.

Il ne suffit pas d’attendre ce retour imprévisible, et sans doute improbable. Il faut s’y appliquer de toutes ses forces, avec les moyens du bord.

Ces moyens sont difficilement isolables en laboratoire. Ils supposent le courage des émotions, la curiosité des nœuds de la  langue, et la connaissance de quelques moments secrets, mais éclatants, de la poésie perdue : ici et ailleurs, jadis et maintenant.

Quelquefois, en marge des poèmes que j’écris et que je publie, quand le malheur du temps du temps s’y prête, j’essaie autre chose que la modernité apparente.

La semaine dernière, j’ai senti le mécanisme du vers régulier se mettre en place, moi qui ne l’ai jamais, en tout cas depuis la fin de l’adolescence, pratiqué ; éprouvé l’envie, dans un espace à part, n’appartenant plus à des espèces connues, d’écrire un vrai poème d’aujourd’hui selon une prosodie classique.

Et la curieuse petite machine lyrique s’est mise en route.

Ecrire en alexandrins, respecter des formes fixes, faire ricocher sans fracas inutile des rimes ni trop fortes, ni trop molles, ne présente que des difficultés insignifiantes, que le travail, la reprise, l’instinct, arrivent toujours à réduire.  Mais obtenir un effet direct, avec les ressorts d’une langue fluide, sans inversions, sans tournures archaïques, sans nymphes, sans pieds purs, sans « « ô vocatifs, et sans névrose incantatoire, pour relancer la machine de course du vers, est peut-être un peu plus acrobatique.

Voici donc deux des six sonnets réguliers écrits la semaine dernière : ils sont de la même inspiration que mes poèmes récents – désir, passion, déchirure, éblouissement, chagrin - et les petites prouesses faciles de l’alexandrin, de la rime, des longues et des brèves, des alternances masculines-féminines, des hémistiches ou du rythme ternaire, et du piège rentré des tercets, n’existent ici que pour produire un instant d’échos, avant de fondre dans le réel.

J’ai pensé que peut-être, cette expérience prosodique et lyrique avait un sens. Elle en a si elle peut s’entendre avec nos émotions et non avec notre culture, et  si l’inspiration n’est pas tuée par la forme classique.

L’expérience est en cours. La poésie, comme un nageur sous la glace, cherche le point de résistance le plus faible, pour éclater au grand jour.

Non mais mourir

L’‘orage renversé. Le ciel au fond du ventre

Le poids de la panique et la nuit sans couleur

Le tamtam sourd du temps étouffant la splendeur

Je sors de toi. Tu vis. Tu vois le jour. Tu entres

Les vagues de la nuit s’’en vont vers l’’invisible

Je plonge dans le corps ondulé de la mer

Aveugle, rayonnant et les yeux grands ouverts

Ta beauté dessinait le seul rêve possible

 

Je ne regrette pas ce grand amour en poudre

Non mais mourir qui viendra vite, et cette foudre

De bonheur dissipant les neiges du sommeil

Je n’’aurai plus tes yeux de fleurs et de voyance

Je n’’aurai plus ta main pour rester immortel

Je n’’aurai pas les derniers mots de ton silence.


D’autres que toi

D’autres que toi avaient des yeux pleins de lumière

Les seins durs écrasés par la guerre et la paix

Les longs regards par où coulait un sang épais

Les larmes, la surprise et la passion première

Le corps griffé partout qui était jouissance

Et le sang des baisers et leur saveur de miel

Et les ongles des mains qui reflétaient le ciel

Par toi seule j’allais au bout de la souffrance

Les huit membres cloués au mur comme des dieux

Nous étions ravagés par les éclats du feu

Dans ton sillage un jour durait la vie entière

Et  ton royaume avait la splendeur de la pierre

Jusqu’’au dernier sursaut du plaisir refluant

Lorsque la nuit passait ses pouvoirs au néant

Luc Dellisse




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