Christian Gatard, études, recherches, curiosités, prospective


dans LE MAGAZINE DES LIVRES n°33
23 novembre 2011, 18 h 18 mi
Filed under: Le Blog de Christian Gatard

Christian Gatard

Christian Gatard est le fondateur de Gatard et Associés, cabinet d’études de marché international, et de christiangatard&go, conseil en stratégie. Sociologue, essayiste, romancier,

auteur de Nos 20 Prochaines Années paru en 2009, il termine son nouveau livre, Mythologies du Futur. Il propose de considérer les mythologies anciennes et modernes comme clés de lecture des temps à venir. Une démarche tout aussi sociologique que littéraire. Rencontre.

 

Propos recueillis par Joseph Vebret

— Qu’est-ce qui vous a amené à écrire Nos vingt prochaines années ?

Jean-Daniel Belfond était venu, à mon invitation, assister à une réunion de groupe marketing que j’avais organisée pour lui et les livres qu’il avait envie de tester devant les consommateurs. Il avait été très intéressé de voir comment on pouvait faire réagir les consommateurs sur une couverture, sur un concept, etc. Et puis nous avions déjeuné ensemble pour faire un débriefing. J’étais dans une réflexion, pas encore très précise, sur la prospective. Je sentais qu’il y avait des choses à faire de ce côté-là. C’est vrai que c’est dans l’air du temps, que ça intéresse désormais un peu tout le monde. Et puis je suis sociologue de formation : trente ans de terrain à travers le monde, pour réfléchir sur l’évolution de la société… Tout d’un coup, Jean-Daniel Belfond a pris son crayon et a gratté quelques mots sur la nappe. « Que fait-on dans nos vingt prochaines années ? » La réflexion s’est cristallisée sur ce titre, et c’est devenu notre processus de rencontre dans les jours qui ont suivi. Je lui ai envoyé un sommaire sur ce que pourrait être un livre sur nos vingt prochaines années, basé non pas sur la technologie ou la philosophie mais sur une sorte de sociologie créative, une sociologie qui serait un peu visionnaire sur ce que l’on allait pouvoir faire dans les vingt ans qui viennent, aussi bien dans les déplacements que dans la consommation, l’amour, la religion, etc. Depuis cette époque il m’a confié la direction de la collection Géographie du Futur. Nos projets sur 2012 sont passionnants. Je mettrai tout ça sur mon blog www.nos20prochainesannées.com…

— Alors, qu’allons-nous faire dans les vingt prochaines années ?

Il y a un premier principe : celui que j’appelle « l’effet de sidération ». Je suis absolument convaincu que nous allons vers un processus de sensualisation de plus en plus fort. On est à la recherche de choses qui font plus vibrer ; on est en train de mettre le curseur plus haut pour en prendre plein les yeux, pour avoir des expériences plus fortes ; on est dans une recherche d’extase qui me semble de plus en plus importante. C’est un premier principe.

Le second, j’en parle dans mes textes actuels, c’est le métissage. Nous sommes, à côté de cette forme de sensualisation, à la pêche de toutes les informations qui viennent du monde extérieur pour essayer de les hybrider, de les métisser. La Chine nous irrigue de ses informations contemporaines et de ses produits, mais l’inverse est vrai : un grand nombre de parents de la classe aisée chinoise envoit leurs enfants faire leurs études en dehors de l’Asie. Il y a une sorte de porosité du monde qui me semble importante.

Et puis on assiste à la réintroduction de l’artiste, de son rôle créatif. L’artiste d’autrefois, au XIXe siècle, était diabolisé dans sa chambre de bonne, il jouait sur le registre d’un romantisme exacerbé… C’est totalement terminé. Aujourd’hui, l’artiste, avec toute sa créativité personnelle, accepte les règles du jeu : c’est un artiste industriel, un homme qui est parfaitement capable de gérer son marché, etc.

— À l’instar de Steve Jobs…

Steve Jobs faisait totalement partie de cette nouvelle catégorie d’artistes industriels. Absolument. Et je pense que c’est aussi pour cela qu’il y a eu une émotion mondiale autour de lui. Dans la presse, on a fait une équivalence intéressante entre la mort de Kennedy, celle de John Lennon et celle de Steve Jobs. Ce sont des hommes a priori de mondes extrêmement différents, mais ils se rejoignent certainement dans une sorte d’archétype.

Les vingt prochaines années seront à mon avis très hautes en couleur. Et très certainement influencées, voire totalement phagocytées, par la notion de fracture. Nous sommes dans un monde où la fracture est de plus en plus abyssale, incontournable, entre les élites et le mainstream, entre les riches et les pauvres, entre les connectés et les non-connectés, entre les villes et les campagnes, entre l’hyper urbanisation des mégalopoles et la désertification du monde… Ce sont des sujets de livres de science-fiction, mais c’est très important. À cet égard, je voudrais dire que je crois beaucoup à la science-fiction. Je pense qu’elle a défriché et défriche de plus en plus les choses. On y trouve beaucoup d’intuition, beaucoup d’intelligence, un côté précurseur. Aujourd’hui, nous avons des Jules Verne que nous ignorons, mais qui sont très présents autour de nous et qui apportent beaucoup de choses.

— Revenons à vous. Vous vous dites un aventurier de l’éventuel et un adepte de la pensée buissonnière. C’est une belle formule !

« Aventurier de l’éventuel », la formule n’est pas de moi mais d’Olivier Philipponnat, directeur littéraire aux Éditions de L’Archipel.

Je pense que j’ai toujours un peu été aventurier. J’ai toujours été passionné par le fait de partir défricher des mondes. Bornéo a ainsi été une de mes passions pendant une quinzaine d’années. Je partais avec mon sac à dos dans les tribus pour découvrir soit leur propre vision de nous et des produits de la consommation occidentale, soit simplement à la découverte de moi crapahutant dans les sentiers, en me faisait construire des radeaux pour descendre les fleuves, et partant à la découverte de quelque chose qui m’a certainement toujours un peu poussé : les visions, les spéculations métaphysiques de ces gens-là. D’ailleurs, j’ai toujours été intéressé par la littérature anthropologique, par les mythes.

Mais même avec mon sac à dos, je suis une sorte d’intellectuel itinérant. Cela reste des aventures dont le vrai plaisir est de mélanger le fait de dormir dans les arbres et d’avoir une pensée métaphysique sur le monde. C’est ce qui est amusant. Et je suis également aventurier à Paris. Pendant une quinzaine d’années, j’ai eu un grand loft sur le canal Saint-Martin dans lequel on faisait des expériences de musique, de théâtre d’avant-garde, etc. C’est quelque chose qui m’intéressait. Je suis même aventurier dans mes romans, où je glisse plutôt du côté du réalisme fantastique.

Concernant la notion d’« éventuel », il s’agit de ne pas raisonner mais de se laisser porter par l’intuition du monde de demain, par l’inspiration. J’aime beaucoup cette idée d’inspiration, d’intuition. C’est finalement un outil de travail. Je crois beaucoup à la sérendipité. C’est une notion très à la mode, mais j’y suis très attaché. C’est sans doute là un des moteurs qui me porte dans mon nouveau livre. Sans doute liée à la synchronicité jungienne. Je crois assez volontiers à cela. L’« éventuel », c’est la fascination des possibles.

— Le livre sur lequel vous travaillez actuellement traite des mythologies du futur. Vous dites que les mythes anciens et modernes permettent d’expliquer le monde à venir.

L’expliquer, peut-être pas tout à fait. Mais j’ai le sentiment qu’ils sont une sorte de synopsis qui reste à écrire, à nourrir. Ils sont les synopsis des temps à venir, un peu comme si on ne pouvait pas faire autrement que de les réécrire à chaque époque. On réécrit à chaque époque un récit faustien, un récit prométhéen, un récit donjuanesque, etc. Et aussi, très probablement, des récits encore plus récents, comme un récit « sherlockholmesien »… Quand on gratte un peu ce qu’il y a derrière ces personnages, on voit bien qu’ils sont des archétypes, des façons d’expliquer le monde, de vivre plus ou moins bien le monde tel qu’il est aujourd’hui. Nous avons à notre disposition une assez vaste bibliothèque d’archétypes et il faut les convoquer, s’en servir comme étant des outils de navigation.

Dans mon livre, je décris cela d’une façon un peu particulière : c’est un essai dans lequel je suis extrêmement présent. Tout simplement parce que je raconte cette enquête buissonnière, c’est-à-dire une enquête qui n’est pas académique, une enquête qui se veut amusée et amusante, qui rencontre les vrais gens, et qui parle du monde tel qu’il est aujourd’hui… en m’impliquant.

Il y a un assez fabuleux livre ethnographique qui est fondateur de ce type de démarche : Les mots, la mort, les sorts de Jeanne Favret-Saada, qui raconte la sorcellerie contemporaine en Mayenne – une enquête qu’elle a menée entre 1960 et 1980. Ce livre est fabuleux à la fois sur le sujet, qui m’intéresse beaucoup, et sur le personnage de Jeanne Favret-Saada, observatrice et participante dans un monde finalement profondément violent et dangereux. Cela m’intéresse d’autant plus à titre personnel que mon père était médecin dans la Sarthe à l’époque, et je me souviens que dans ma petite enfance, il me parlait de sorciers, de sorcellerie… alors que lui était dans la science positive et avait une profonde interrogation face à ce qui se passait là. Bref, il y a quelque chose qui me fascinait dans cette idée. Je crois d’ailleurs que la sorcellerie, dans des formes contemporaines, reste extrêmement présente. Je le décris comme étant ce que j’appelle le paradigme Paracelse, cet alchimiste du XIVe qui a précisément fasciné Jung, qui était à la fois médecin, métaphysicien, sorcier, alchimiste, et qui avait une démarche profondément magique vis-à-vis de la science. On était dans la pensée magique. Aujourd’hui, je suis convaincu qu’on reste bien souvent dans la pensée magique par rapport à cela. Je travaille précisément sur un chapitre à ce sujet. Et la façon dont les fractales de Mandelbrot sont utilisées par toute cette cohorte d’ésotéristes, d’alchimistes postmodernes, des sortes d’incantations vis-à-vis de la matière. Cela donne le sentiment, parfaitement inacceptable pour la science positive et l’académie contemporaine, qu’il y a une âme dans les choses. Aujourd’hui, c’est parfaitement scandaleux. Alors que c’est parfaitement envisageable. Et cela crée une véritable tension.

— Les objets, les maisons ont une mémoire…

J’adhère à cela, mais l’informaticien qui a permis la construction d’une fusée qui envoie Hubble dans l’espace peut-il se permettre d’y croire aussi ? C’est une vraie question à laquelle je n’ai pas de réponse. C’est un des thèmes de mon livre.

En juin dernier, par sérendipité, à travers les recherches que je faisais sur Internet, je suis tombé sur un blog très intéressant à propos de l’alliance entre écologie et science-fiction. Je me suis rendu compte que ce blogueur allait participer quelques semaines plus tard un séminaire dans un tout petit village des Alpes de Haute-Provence qu’une équipe d’universitaires belges a totalement retapé dans les années 1950. Ce séminaire de quatre jours, sur la planète Mars, était organisé par l’université de Nice. J’ai réussi à me faire inviter et je me suis glissé pendant ces journées dans un univers absolument fabuleux qu’est celui des écrivains de science-fiction, des universitaires, qui réfléchissent de façon à la fois rationnelle et très poétique sur le monde de demain. J’en parle dans mon livre.

— Livre dans lequel vous identifiez trois « big-bangs mythologiques contemporains »…

Effectivement, des ondes de choc qui sont trois récits mythiques qui vont éclairer les temps à venir. Elles viennent de loin – les premiers frémissements se sont fait sentir au siècle dernier – ce qui peut assurer leur pérennité. Elles remplissent un certain nombre de critères-clés qui font d’elles des mythes, elles en ont l’étoffe. Elles expliquent plutôt bien une pratique sociale et la consolident, elles parlent du statut de l’être humain – dans ses rapports avec les autres, dans ses rapports avec le pouvoir, dans sa finalité.

— D’abord « la transparence obscène, mauvais présage »…

La transparence est la première onde de choc. Au départ, cette transparence se veut angélique. Au fond, il s’agit de déjouer les abus, lutter contre les mafias et les malfaçons. Les portiques sécurité des aéroports vous mettent complètement à poil ? C’est pour votre bien. On exhorte les entreprises à plus de sincérité en exigeant des labels de toute nature : il s’agit de prouver sa bonne foi. Puis les réseaux sociaux sont allés plus loin, inaugurant un espace d’impudeur fascinant. Tout est dit, écrit et publié sur tout dans l’instant et par tous. Chacun s’exprime, annonce, applaudit ou dénonce. Chacun a une opinion et la proclame, chacun (les gens, les états, les entreprises, les contre-pouvoirs…) se dévoile ou dévoile et accuse. C’est à une mise à nu du monde que l’on assiste.

La dissidence canaille des nouveaux médias de type WikiLeaks ou Mediapart a voulu balayer les Écuries d’Augias et à ce titre ils se sont décernés une médaille. Le mythe des travaux d’Hercule a ainsi repris du service !

Mais la vérité jusqu’à l’os entraine des dérives. À trop vouloir en faire, on se prend les pieds dans le tapis. La transparence s’est faite aussi policière et a installé des caméras de surveillance à tous les carrefours. Elle dévaste l’intimité, s’incruste dans les chambres à coucher et elle va jusqu’à l’utilisation légalisée de la nutrigénomique. Cette fois l’idée est la suivante : pour prévenir les risques médicaux on va surveiller jusque dans vos gênes ce que vous allez devoir manger pour réduire le déficit de la Sécurité sociale… alors vient un moment où ça va comme ça !

Car à force de tout montrer, trop et en détail, on finit par ne plus rien voir. L’addiction à la nourriture saine, la dictature du génome, l’obsession de la transparence sont bientôt mises en accusation. Un vent de révolte se lève : manger, boire devient peu à peu des actes de rébellion contre la dictature de ceux qui nous veulent du bien. La logique de la transparence est enfin comprise pour ce qu’elle : une logique obscène, quasi porno. Or la pornographie, comme dit Robbe-Grillet, c’est l’érotisme des autres, c’est au bout du compte d’être dépossédé de soi. La transparence a ces effets-là et son obscénité la voue à sa propre fin : on ne peut pas éternellement imposer aux gens de ne plus s’appartenir. On ne peut pas demander à la nature d’être contre nature.

La dictature de la transparence ne va pas durer éternellement, mais les ondes de choc qu’elle a déclenchées vont se faire sentir longtemps sous forme de résurgences plus ou moins violentes. Il y a et il y aura encore des évangélistes allumés en quête de grande lessive morale. La transparence leur apparait toujours comme l’argument absolu : Dieu voit tout ! disent-ils et diront-ils longtemps encore. (Ce qui permet de rappeler au passage que Dieu n’est pas mort du tout. Il a peut-être eu un petit coup de mou, mais il est maintenant en pleine forme).

L’onde de choc qui va ébranler cette imposture qu’est la transparence c’est le retour en grâce du secret de fabrication. On a tous un secret de fabrication, une formule unique qu’aucune politique de transparence dictatoriale ne peut dévoiler. Préserver le secret de sa propre fabrication, c’est préserver ce qui est unique en soi, ce qui distingue de la masse. Voilà une trame mythique, un script essentiel qui va rencontrer un joli succès: l’émergence du moi contre l’indifférencié des origines – un combat qui remonte à la nuit des temps.

Celui qui est capable sans défaillance de garder ce secret acquiert une force de domination qui lui confère un sentiment aigu de supériorité. Garder le secret de ce que l’on est, n’est-ce pas la quête de… l’alchimiste ?

Derrière l’image des alambics et la quête de la Pierre philosophale il y a bien longtemps qu’on a compris que l’alchimiste est à la recherche de l’essence des choses et au cœur des choses il y a lui-même. L’alchimiste « travaille » sur la matière en même temps que sur lui-même. Il est à la recherche du secret de fabrication de l’univers qui est aussi le secret de fabrication de chaque individu. Autrement dit il travaille aussi pour vous et moi. Est-ce ce que l’on appelle le sacré ? Peut-être. Si le sacré désigne ce qui est inaccessible, indisponible, mis hors du monde normal, objet de dévotion et de peur, alors non, ce n’est pas à ça que je fais référence. D’ailleurs cette notion-là de sacré va faire long feu, si ce n’est déjà le cas. Je retiendrais volontiers le terme de néo-sacré pour désigner ce qui émerge de nos jours. Une forme de sacré accessible et disponible, qui réintègre le monde normal en donnant l’exquis vertige que des mondes immenses sont à découvrir.

C’est un sacré de sidération devant le monde réel (fabuleux, abyssal, cosmique…) dont on sait qu’il reste à découvrir et dont on sait qu’on sait si peu de choses. La réalité de ce néo-sacré nous fuit sans doute : elle est à la fois technique et spirituelle, macrocosmique et microcosmique avec quelque chose comme une espièglerie cynique et ludique, quelque chose comme le rocher de Sisyphe ou L’Arlésienne, Godot peut-être. Quoi qu’il en soit c’est une claque à la transparence, la preuve que la transparence est un canular.

— Puis « l’hybridation dialogique, monstre apprivoisé »…

Laissons les alambics et observons l’onde de choc qu’est l’ère de l’hybridation. Nous pataugeons dedans. Sa marée monte : assemblage, métissages, United Colors, coexistences et conciliations et/ou amalgames, mélanges douteux, confusions et coups fourrés. On va bientôt en avoir jusqu’aux genoux. La voie est ouverte pour un autre mode de rapport au monde : l’ouverture aux contradictions, à l’irrévérence, à la valorisation des contrastes… bref à un avenir dialogique. La logique de l’un OU l’autre n’aura plus court. L’un ET l’autre vont devoir s’entendre.

Le métissage du monde, les nouvelles alliances, les assemblages hybrides sont déjà à l’œuvre au début de la seconde décennie du XXIe siècle. Et on n’a encore rien vu. Avec l’hybridation dialogique les cultures vont devenir de plus en plus poreuses, elles vont envisager de s’échanger leurs ADN. Des cargaisons entières de fonds mythiques attendent d‘être déversées dans leurs entrepôts mémoriels. Les civilisations vont-elles s’inoculer leurs secrets de fabrication ?

L’Extrême-Orient pourrait remplacer l’Extrême-Occident comme représentation symbolique des pouvoirs dominants et la Chine redevenir le Milieu du Monde qu’elle fut autrefois. Traduction de l’idée de porosité : les Asies se sont dans un premier temps abreuvées aux comptoirs européens, dévalisant les étals haut de gamme, déguisant leurs enfants en petits empereurs haute couture. La touche occidentale était du dernier chic. Les Asies ont ensuite mixé leurs propres mythes avec gourmandise à ceux de leurs anciens envahisseurs. Et l’extrême Europe a frissonné d’aise et de terreur en poussant ses fourgons jusqu’aux contreforts des Empires aux yeux bridés. Et là, le fier Européen s’est mis à goûter aux fables asiates.

Ces affaires-là, celles de la confrontation/mixtion entre la Grande Asie et l’Occident ou entre utopies des villes et utopies des champs, vont peut-être s’arranger, mais pas dans le sens qu’on croit (ou qu’on espère selon la position qu’on occupe sur l’échiquier stratégique planétaire ou sur l’échelle des salaires). Pas dans la domination insolente d’un monde sur l’autre. Personne ne va nécessairement gagner, c’est-à-dire profiter des fruits de ses victoires culturelles ou industrielles ou écologiques. La Chine ne peut laisser l’Europe les pieds au froid. Dans l’hypothèse d’un monde dialogique toute hégémonie fait long feu.

La survie est dans la coexistence.

Le scénario dialogique est une ère de réconciliation. C’est assez fragile. Les Européens ont envoyé à leur tour leurs enfants là-bas (finir leurs études à Shanghai) et le rapprochement géographique a remis les choses d’équerre. Mis à part quelques prédateurs hystériques, ça va plutôt bien passé. Pour autant je ne me sens pas Chinois à Shanghai et personne ne me le demande. Nous sommes tous des cohortes sous indications géostratégiques protégées. Normalement il est impossible de dépasser sa propre culture dit Edward T. Hall, spécialiste de l’interculturel. Empathie et curiosité ne sont pas synonymes de mixtion, fusion ou incorporation.

Rien ne semble annoncer le désir universel d’une incorporation/dissolution des gens et des cultures dans un grand tout qui serait une soupe finale sans goût ni saveur. Bien au contraire mes voyages, mes enquêtes me confirment tous les jours que chacun – vous, moi – tend vers la conservation d’une organisation, d’une structure, d’une forme, d’un fonctionnement qui lui est propre. Pas tant à titre strictement personnel, plutôt dans le cadre de sa cohorte de référence, de son groupe d’appartenance – plus ou moins élargi, plus ou moins réparti.

L’art de l’assemblage est plus fécond pour rendre compte de ce que pourra être un bon scénario mythique. L’art de l’assemblage c’est l’art d’apprivoiser les forces cachées dans les choses.

S’apprivoiser, encore, s’apprivoiser sans s’assujettir ? C’est dans l’Océan Indien, enquêtant sur le concept d’îles du futur, que j’ai commencé à cerner les contours de ce que pourrait être une hybridation respectueuse des identités de l’autre, d’une utopie dans laquelle chacun se sent libre d’exister sans ressentir le besoin de trucider son prochain. Là-bas on est dans le métissage réel. Pas de fantasme, pas de discours creux. L’apprivoisement est un apprentissage de longue haleine. On entend dire là-bas : Ile de la Réunion : métissage omelette, Ile Maurice : métissage œufs sur le plat. C’est dans les îles qu’il faut repérer les signaux faibles du vivre ensemble de demain.

Cela va bien se passer pour les uns, moins bien pour les autres, car l’hybridation a ses limites. Tout ne s’hybride pas comme ça. La résistance à l’hybridation sera sans doute une grande figure mythologique – elle l’est déjà : le monde ne se fracture-t-il pas entre une satiété arrogante d’un côté et une famine généralisée de l’autre ? Elle est numérique, esthétique, financière. Elle existe au niveau de la santé, du bien-être, de l’accès à l’éducation. Elle s’incarne dans les abymes qui se creusent entre le monde rural et le monde urbain, entre les banlieues en flammes et les ghettos chics organisés en fortin, ou inversement entre les banlieues vertes et privilégiées et les centres-villes dévastés.

Ces fractures sont là pour durer et génèrent rébellions, émeutes, mise à sac du palais-monde des nantis. La barbarie est une chose, mais le barbare en est une autre. Personne ne veut de la barbarie – qui est un concept barbare, mais le barbare n’a pas que des défauts : il participe de la nécessité revitalisante des catastrophes. Il pille, certes, mais il dissémine ce faisant des objets qui serviront à engendrer des formes sociales, des idées et des mythes nouveaux.

— Et enfin, « l’allégeance rebelle, divine friponne »…

Et demain ? L’allégeance rebelle ? C’est l’idée qu’il faut bien accepter les règles du jeu – la nature qu’il faut protéger, les estomacs qu’il faut remplir, la technologie qui permet de communiquer, un monde cruel et injuste, l’existence des picaros et des hidalgos. Et qu’au sein de cet ordre du monde mal fagoté il restera toujours une capacité d’impertinence et de rébellion. On finira par apprendre que c’est de l’intérieur qu’on pourra faire bouger les choses.

On pourrait aussi parler d’impertinence cérémonieuse. De quoi s’agit-il ? D’une sorte de choc en creux. Tout d’abord on va changer les règles, c’est-à-dire qu’on va les respecter… pour changer ! On va spéculer que les forces de l’histoire sont d’irrésistibles marées dont les almanachs sont enfin lisibles, que les mythes anciens sont les scripts du futur. On ne va pas certes penser que tout est écrit, mais que la notion de variations sur des thèmes connus est peut-être la meilleure, voire la seule façon d’avancer. On va donc s’intéresser à ce qui s’est passé avant. Lire peut-être les grands textes de l’humanité et leurs commentaires, s’intéresser à ce qui s’est passé autrefois. On va même accepter qu’il y ait une nature humaine.

Exit l’idéologie de la table rase, de la politique de la terre brûlée intellectuelle. On fait allégeance c’est-à-dire qu’on accepte de lui obéir, à la nature humaine – un tant soit peu. Non pas, encore une fois, qu’il n’y ait pas d’historiens, de penseurs patentés, d’intellectuels et de politiques qui nous aient alertés sur le besoin de comprendre l’histoire pour chevaucher le présent. Mais il y avait un nœud difficile à trancher qui restait en travers de la gorge. S’inventer la vie, c’était tout changer. Innover, bouleverser, disrupter. Panache prométhéen.

Était-ce bien nécessaire ? Ne voit-on pas que Prométhée s’essouffle ? Que son mythe a du plomb dans l’aile ?

On le dit métamorphosé, hagard, incapable de s’orienter.

Son frère Epithémée va prendre la relève. Il est le créateur des animaux à qui il donne tous les instruments nécessaires à la survie (fourrure, sabots, ailes, griffes, nageoires..). Il fait un bon boulot mais quand il commence à s’occuper de l’homme, il n’a plus rien en boutique. Sarcasmes des dieux. C’est comme ça : l’homme épithéméen – vous, moi – est vulnérable. Il doit se débrouiller dans un monde hostile. De plus en plus hostile : le feu prométhéen qui nous chauffât est devenu le feu nucléaire qui nous cramera. Mais on n’en restera pas là. Le frère ne vaut pas grand-chose. C’est un faible. Il a épousé Pandore pour faire plaisir à Prométhée, on sait ce qu’elle fait de ses cadeaux.

À qui faire confiance ? À celui dont il faut se méfier le plus : le Fripon Divin. Pas un mythe commode. Perturbateur, figure du panthéon universel des casseurs de codes, le trickster a le fumet exotique de l’empêcheur de tourner en rond, du casseur de méthode. Dérision, perpétuelle dérision.

Les Fripons Divins sont légions : Till Eulenspiegeul, l’espiègle, le Petit poucet, enfant malin, Amaguq, dieu inuit des farceurs et des loups, le Petit Bodiel de la Savane africaine, le Renart du Roman éponyme des XIIe et XIIIe siècles, les gnomes, les lutins, Tristan et Iseult eux-mêmes… il me semble que le Collège de Pataphysique…il parait même que Cendrillon…

Je n’ironise pas tant que cela.

Les idéologies, les religions, les visions du monde à géométrie variable vont se succéder, se confronter – négocier peut-être une paix des braves… mais au cœur de ces mondes vibrants, poreux, en chambardement constant, l’allégeance rebelle va émerger qui racontera l’histoire du monde qui vient, les contes populaires de demain.

— Votre démarche semble finalement très littéraire, plus que scientifique. Vous puisez dans la fiction pour créer du réel, alors que l’écrivain part du réel pour créer une fiction.

C’est profondément juste. Vous mettez le doigt sur quelque chose que je n’ai pas résolu. Je ne suis pas scientifique. J’ai une formation de sociologue. Mais profondément, je pense, oui, que ma démarche est littéraire.

Un de mes instruments de réflexion est précisément une boussole pour avancer entre réalité et fiction. D’autant plus que nous sommes aujourd’hui dans un monde où la réalité augmentée de nos machines technologiques fait que le distinguo entre ce qui paraît être de l’ordre du réel et ce qui paraît être de l’ordre de l’imaginaire est de plus en plus flou. À tel point qu’à un moment donné, on ne sait plus si ce qui nous entoure fait partie du réel ou pas. Mais cette question est presque dépassée. Aujourd’hui, nous sommes effectivement dans un monde où réel et imaginaire sont entrés en synergie, et il faut absolument faire avec.

Les transhumanistes pensent que, dans vingt ou trente ans, la capacité des ordinateurs sera telle que nous serons éventuellement capables de downloader notre intelligence dans un ordinateur et que, probablement, on pourra porter une petite boucle d’oreille dans laquelle il y aura la totalité de la mémoire de l’humanité.

— Sachant qu’aujourd’hui, un iPhone est plus puissant que les ordinateurs qui ont permis le premier alunissage…

Alors dans trente ans… ! Et il ne faut pas oublier que tout cela est exponentiel.

— Revenons à ce que la littérature et la fiction vous apportent dans votre démarche buissonnière pour imaginer et comprendre le monde de demain.

À travers la littérature, il y a le verbe, la parole, qui est opérative. Le fait de parler, c’est une des grandes explications de la sorcellerie par Jeanne Favret-Saada : tout tourne autour de la parole et de la prise de parole, de l’injonction, etc. Je ne suis pas du tout inquiet quant à la disparition de la phrase. Peut-être le livre papier a-t-il des soucis à se faire, mais la phrase, les mots, seront toujours absolument au cœur de la vie, de la désignation des choses, de l’interprétation des choses et de leur évolution. On fait avancer les choses par la parole.

Toute ma démarche, c’est vraiment de mettre la parole, la phrase, dans sa puissance intellectuelle de compréhension… donc peut-être aussi dans sa beauté esthétique, dans la beauté jubilatoire de ce qu’est la prise de parole. Peut-être la parole est-elle un instrument de navigation, mais c’est aussi et surtout un instrument d’exploration. La métaphore de la parole, c’est le brise-glace qui avance. La parole, c’est la masse solide qui casse la glace, qui permet cette exploration. Ensuite, derrière, il va y avoir d’autres formes de mise en scène. Mais le fait de prendre la parole, au sens littéral… on parle de pouvoir, de puissance, on parle de se mettre au centre.

Dans mon cas, je pense d’ailleurs que j’ai gagné toute ma vie par la parole. Mon métier est d’être modérateur de parole. Depuis trente ans, toutes les semaines, j’anime des groupes de travail, je sollicite la parole et je la propose.

— Êtes-vous un grand lecteur ?

Je dois lire environ trois livres par semaine. Je lis des romans, des essais… En ce moment, je redécouvre la science-fiction.

j’avais autrefois proposé à Jacques Goimard un doctorat de sémiologie portant sur une étude sémiologique comparée de science-fiction et de sciences occultes. Le hasard de la vie a fait que quelques mois plus tard, j’ai trouvé un travail dans une société d’études de communication. Cette thèse de doctorat que je n’ai jamais terminée, je l’ai toujours continuée à travers les romans, à travers tout ce que j’ai fait… ce qui mériterait d’être analysé ! Mon livre à paraître n’est qu’une nouvelle étape dans l’histoire de cette thèse qui ne sera jamais terminée… C’est une sorte de palimpseste de moi-même.

NOS VINGT PROCHAINES ANNÉES, Christian Gatard, Éditions de L’Archipel, 323 p., 22 €



Empreintes Bordeaux 2011
16 novembre 2011, 13 h 00 mi
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Première conférence

Des labels centenaires disparaissent, d’autres s’imposent rapidement : comment gérer le cycle de la marque ?

Intervenants

Claude GALLEX JOURNALISTE

Caroline BIANZINA
Louis COMOLET
MARTINE LEHERPEUR
Mauro GRIMALDI

Christian GATARD

Hélène SAGNE BUG

Mauro GRIMALDI retrace l’histoire de Salvatore Ferragamo, société familiale italienne, l’une des premières du secteur à s’aventurer en Asie et aux USA, il y a maintenant une trentaine d’années. Ce chausseur des grandes stars hollywoodiennes est aussi celui qui a introduit au Japon les premières chaussures pour la femme active qui se libère, modèles devenus cultes depuis.

Dans un premier temps l’entreprise était un atelier de chaussure de très haut niveau, avec des résultats commerciaux variables. Dans les années 60, l’épouse de Salvatore FERRAGAMO a réussi à développer près de 500 magasins de par le monde, dont 60 en Chine. La troisième génération a confié tout le processus de création à un salarié qui a grandi dans l’entreprise et qui fait montre d’une cohérence totale sur ce point.

Mauro GRIMALDI constate que beaucoup de jeunes créateurs se lancent pour l’heure dans la haute couture, laboratoire de créativité pure, avant de faire leurs preuves par la suite dans de grands groupes. Il remarque par ailleurs que Kenzo, grande marque française, vient d’embaucher en tant que creative directors les propriétaires de magasins multimarques new- yorkais Open ceremony. Ceci montre que les sociétés historiques européennes commencent bien à regarder hors d’Europe pour se renouveler.

Caroline BIANZINA y voit la fin du créateur star pour la résurgence de personnes qui s’effacent derrière leurs produits, à l’image de Guillaume HENRY, chez Carven. Le métier et le savoir-faire retrouvent ainsi une position centrale. Beaucoup de marques de milieu de gamme essaient de même de retourner vers les produits plutôt que sur le développement commercial pour s’inscrire dans la durée. Celles qui copiaient autrefois les méthodes du luxe retournent ainsi maintenant aux valeurs premières.

Louis COMOLET juge que la mondialisation représente une chance pour beaucoup de marques, même si celle-ci génère beaucoup de victimes. Le marché qui s’était un peu endormi est aujourd’hui beaucoup plus vivant, grâce à la mondialisation. Il est très difficile et coûteux de créer de nouvelles marques. C’est la raison pour laquelle de nombreuses marques ont été ressuscitées de manière temporaire, grâce à une pure opération de communication (Lajaunie) ou grâce à d’importants investissements sur les produits (Dior et Vuitton). Par exemple, Vuitton a confié une collection de sacs à Murakami. Pommery, marque ancienne dans le domaine du champagne, a lancé récemment Pop, boisson qui se consomme à la paille. Apple, marque qui s’était spécialisée sur l’ordinateur et sa technologie, a su lancer une nouvelle version du walkman : l’i-pod, qui a relancé totalement la marque. Toutes ces marques, princesses endormies, ont ainsi su transgresser leur identité traditionnelle. Dès lors qu’elles disposent une histoire assez forte, elles sont en mesure de proposer des idées nouvelles au marché, généralement bien accueillies.

Pour Hélène SAGNE, depuis quelques années, les unités de lieu et de temps ont disparu, grâce notamment aux réseaux sociaux. Ainsi, Dell a réussi à s’emparer de Tweeter pour réaliser un chiffre d’affaires supplémentaire de 6,5 millions d’euros en 2010. Tesco a de même proposé des supermarchés virtuels, où les consommateurs peuvent dans le métro flasher des produits pour ensuite se faire livrer directement. En brisant ces unités de temps et de lieu, des marques ont su se renouveler de manière importante. Ces déplacements, à l’image de Carambar, qui investit le monde de la glace, sont souvent très porteurs pour les marques.

Christian GATARD estime que les marques évoluent sous l’effet de véritables artistes, qui utilisent le concept d’allégeance rebelle, injectant de l’interdit dans l’ADN de la marque. Il remarque en outre que la transparence est un concept qui envahit toute la société. Cependant, pour Christian GATARD, ce phénomène n’a qu’un temps et contribuera à l’émergence d’une société plus rebelle, moins disciplinée et plus hybride, avec des échanges culturels plus marqués, sous l’effet de la mondialisation. Le monde bascule ainsi vers l’Est, à l’image du marché de l’art, où les peintres les plus chers sont désormais chinois.

Le centralisme est de plus en plus contesté et le communautarisme, si contesté, devrait prendre un essor important. Les marques vont suivre ces éléments.

Caroline BIANZINA juge que cette évolution se constate au niveau même des consommateurs, qui vont refuser de choisir entre luxe et mass-market, fripes et grandes marques de la distribution. De même, les groupes de réflexion mélangent aussi bien experts que non experts, car le consommateur prend le pouvoir, au travers d’internet notamment. Les marques devront intégrer ces éléments, sans se soumettre et préserver leur identité. Les consommateurs sont ainsi beaucoup plus inclus que par le passé dans la mode ou le monde des cosmétiques.

Christian GATARD considère de même que les inspirations s’internationalisent. Les marques essaient de plus en plus de faire parler les consommateurs, qui réinventent la liberté de parole grâce aux nouveaux médias. A ce propos, Hélène SAGNE note que beaucoup de marques s’appuient sur des communautés ad hoc autour des réseaux sociaux et qui remplacent les traditionnels laboratoires. Ce phénomène se constate aussi en interne, avec une frontière de plus en plus perméable avec l’extérieur. Les résultats n’en sont que plus riches.

Louis COMOLET rappelle que les marques naissent d’entrepreneurs qui prennent des risques. A force d’interroger sans cesse le consommateur, on gomme la prise de risque, selon lui, ce qui empêche les marques de se distinguer.

Mauro GRIMALDI remarque que les marques sont un creuset où se retrouvent idées révolutionnaires, réseaux sociaux et audace des entrepreneurs. Le monde actuel permet d’adopter des stratégies très différentes.

Christian GATARD estime pour sa part que les entrepreneurs réagissent à un besoin intérieur, traduction d’un archétype fondamental, celui du héros fondateur et artiste. Ces mythologies se déclinent sous forme de scénarios inconscients qui se réécrivent en permanence, malgré quelques adaptations personnelles. Les entrepreneurs cherchent donc à tout prix à modifier le cycle de la marque.

Caroline BIANZINA partage le point de vue selon lequel la création et la fabrication qui prendront le dessus demain, au détriment de la communication. Pour elle, certains métiers seront amenés à être revalorisés prochainement, à l’image des vendeurs qui vont porter demain plus que jamais l’image de la marque.

Mauro GRIMALDI confirme que, dans le secteur du luxe, le vendeur était par le passé quelqu’un qui occupait ce poste de manière temporaire avant de se lancer dans un autre métier. Aujourd’hui, ce sont des individus passionnés, qui veulent servir le client. Par exemple, le Printemps s’est repositionné sur ce plan, en insistant sur le service et l’accueil. Le Bon Marché, pour sa part, demeure un prescripteur aux yeux de beaucoup, qui est en passe de se doter d’une nouvelle stratégie révolutionnaire.

Hélène SAGNE note la multiplicité de facteurs de changement à l’heure actuelle, ce qui impose un retour vers l’identité profonde de la marque. Ainsi, Dove et Nivea ont développé une fibre sociale sur le monde de la beauté, qui leur donne une force sur d’autres marques.

Christian GATARD compare l’entrepreneur à Héphaïstos, le dieu forgeron, et à Hermès, le dieu messager et des voleurs. Les créateurs sont Apollon, organisation et structuration créatrice (Karl LAGERFELD et Yves SAINT-LAURENT), et Dionysos, chaos fécond (John GALLIANO ou Philippe STARCK).

En conclusion, Caroline BIANZINA note que plusieurs voies sont possibles dans cet univers en changement. Des marques naissent aujourd’hui et il serait intéressant de voir si elles vont suivre le chemin de leurs prédécesseurs. Certaines semblent avoir opté pour un

engagement total, avec un souci de durabilité, de création et d’humanisme. Par ailleurs, Caroline BIANZINA se demande si une certaine modestie n’est pas nécessaire désormais en termes de visibilité, contrairement au modèle des années 2000.

Hélène SAGNE revient sur la jeune génération qui assurera l’avenir des marques demain, qui réagira autrement que la génération actuelle. Pour elle, ce ne sont pas nécessairement les consommateurs qui sont les freins de l’évolution de la marque, mais souvent les marques elles-mêmes. Elles devront se montrer plus audacieuses.

Louis COMOLET rappelle que TALLEYRAND appelait à violer les règles du jeu, mais, pour les violer, il faut les connaître. Pour lui, les marques centenaires endormies ont un avenir à condition de trouver ceux qui sauront les réveiller.

Mauro GRIMALDI voit le monde s’ouvrir et se réveiller, ce qui représente de nouvelles opportunités. Dans ce contexte, les entrepreneurs ont un rôle important à jouer, car ce sont eux qui prendront les risques pour saisir ces opportunités.

Christian GATARD conclut sur une fable réunissant l’artisan, la cheville ouvrière de la Renaissance, le jardinier, qui produit les fruits et les fleurs, c’est-à-dire qui communique, et le samouraï, qui épée à la main, va à la conquête du marché. Sur cette image du volontarisme, il invite chacun à ne pas se montrer frileux.

Seconde conférence:

Les pays émergents préparent les marques de demain : quand et comment vont-elles bouleverser les marchés ?

Animateur

Intervenants

Eric PORTELLI CARMEN STEFFENS

Agathe DEMENTHON TRENDMARK

Christian GATARD GATARD & ASSOCIÉS

Jean-Raphaël CHAPONNIÈRE AGENCE FRANCAISE DU DÉVELOPPEMENT

Edith KELLER CARLIN INTERNATIONAL

Marion LAVAINE MARTINE LEHERPEUR CONSEIL

Agathe DEMENTHON remarque que peu de marques issues de pays émergents ont réussi à percer le marché occidental. Elle se demande s’ils sont vraiment prêts à investir le marché européen avec de nouvelles marques fortes. Marion LAVAINE remarque tout de même que la situation varie en fonction des pays.

Pour Marion LAVAINE, la Chine est le fournisseur du monde, qui a envie de renouer avec les racines. Dans le domaine de la mode, le marché reste jeune très tourné vers l’intérieur. Il existe une large palette d’enseignes, mais peu de marques capables de vraiment s’exporter. Dans le domaine de la beauté, en revanche, la médecine traditionnelle et l’herboristerie abritent des marques qui s’aventurent vraiment au-delà des frontières. Marion LAVAINE estime que cette situation devrait bientôt changer, grâce notamment à Izzue et GNBY.

L’Inde pourrait être comparée à un esthète tourné sur lui-même, très fier de sa culture. Avec ses deux fashion weeks par an et une foule de créateurs, le secteur de la couture est très vivace. Cependant, la culture du tailleur reste bien implantée et il est dès lors difficile pour ces marques d’exporter leurs produits, car ils sont adaptés à chaque client. Le prêt-à-porter dispose de peu de marques fortes, à l’exception peut-être de Globus. Dans le secteur de la beauté, Himalaya et Forest essentials sont à surveiller.

Le Brésil dispose d’artistes créateurs et n’a pas été envahi par les marques étrangères du fait des taxes très élevées à l’importation. Chaque Brésilien dépense en moyenne 400 dollars chaque année dans la mode, soit six fois plus qu’un Chinois, et les marques ont très envie de s’implanter à l’étranger. Nombre d’entre elles, à l’image d’Havaianas et d’Osklen, ont envahi les marchés occidentaux, que les Brésiliens connaissent fort bien. C’est le secteur du beachwear notamment qui fait la force de la mode brésilienne. Le pays est leader en la matière.

Eric PORTELLI remarque que ces trois pays disposent d’un vrai savoir-faire en matière de fabrication. Très nationalistes, ils montrent maintenant une certaine condescendance à notre égard. Avec un marché en forte croissance, ils préparent les marques de demain, qui seront des champions locaux avant tout. Lorsque les marques occidentales voudront s’implanter, elles seront contraintes de passer des alliances pour cela.

Pour Eric PORTELLI, Carmen Steffens est pour l’heure l’une des rares marques brésiliennes qui acceptent d’adapter son offre aux demandes locales à l’étranger.

Christian GATARD constate que les marchés sont en plein bouleversement à l’heure actuelle, dans un sens assez imprévisible. Les pays émergents veulent accélérer, tandis que l’Europe veut ralentir et prendre son temps. En 2030, la femme chinoise pourrait devenir la référence universelle en matière d’élégance. Aujourd’hui, les marques représentent des héros fondateurs, qui deviennent progressivement des mythes. Le monde est assez poreux à l’heure actuelle et chaque continent influence beaucoup ses voisins. Il semblerait que les Occidentaux soient prêts à écouter de nouveaux discours en provenance des pays émergents, même si certains secteurs semblent moins perméables que d’autres.

Jean-Raphaël CHAPONNIERE considère qu’il est très difficile de penser la rupture. La première mondialisation a pris fin en 1914 lorsque la guerre a éclaté. Le mouvement a repris dans les années 50, mais sommes-nous vraiment à l’abri d’un événement qui stoppe le mouvement ?

Toutefois, si les tendances se prolongent, le basculement vers l’Asie devrait se confirmer dans les tous prochains mois. A l’heure actuelle, 250 millions de Chinois et 80 millions d’Indiens disposent de revenus qui leur permettent de vivre à l’occidentale. Ces classes devraient se développer rapidement. Le centre de gravité se sera déplacé et la classe moyenne européenne devrait souffrir. D’ici 2020, la Chine devrait représenter 45 % du marché du luxe. Sur le marché de l’automobile, la Chine disposera d’un marché important ainsi que d’entreprises bien placées en termes d’innovations et d’investissements. Il est

probable que, lorsque leurs marchés commenceront à saturer, les marques chinoises deviennent beaucoup plus agressives à l’extérieur.

Christian GATARD estime que, pour s’imposer à l’international, une marque a besoin de croissance, d’une stabilité institutionnelle et d’une volonté de puissance. La porosité culturelle actuelle s’étend au marketing et au consulting. De fait, les méthodes traditionnelles occidentales sont entendues dans le pays, mais peut-elle établir de nouvelles règles pour partir à l’assaut du reste du monde ?

Christian GATARD pense que la Chine va relire sa propre histoire et se replonger dans ses racines confucéennes pour établir sa nouvelle stratégie.

Eric PORTELLI explique le succès de Carmen Steffens en France en reproduisant la stratégie de la souris courageuse au milieu des éléphants du luxe. La marque est sûre de sa force et de son attrait. Eric PORTELLI estime que la marque possède tout à la fois qualité, style et exclusivité, qui sont les trois piliers du monde du luxe. Carmen Steffens contrôle les sources d’approvisionnement en matière première et propose une exclusivité en développant ses propres boutiques. L’exclusivité s’exprime aussi en général par le prix, mais Carmen Steffens a plutôt parié sur les quantités. La notion de séries limitées crée l’envie. Le style n’est pas uniquement décrété par les Français et Carmen Steffens s’est placé sur un créneau très clair avec une identité brésilienne bien visible, par le biais notamment de ses semelles de couleur.

En termes de communication, Eric PORTELLI estime qu’il faut être présent où se trouvent les consommatrices, par le biais de boutiques propres ou multimarques. Sur les médias, le marché français est très verrouillé par le secteur du luxe. Beaucoup de journalistes s’autocensurent lorsqu’ils évoquent Carmen Steffens. Pour contourner cela, la marque développe progressivement son savoir-faire en termes de communication.

Interrogée sur les éventuels manques des marques des pays émergents, Edith KELLER souligne avant tout que ces marques disposent d’une denrée rare à l’heure actuelle, à savoir l’espoir. Aujourd’hui, en Chine, faute de concurrence interne, tous les produits rencontrent un vrai succès. Pour l’heure, elles ignorent totalement l’international, car elles n’ont aucun intérêt à s’implanter sur un marché à croissance négative, alors que le marché intérieur propose 25 % de croissance annuelle. Dans quelques années en revanche, lorsque la concurrence se sera étoffée, la donne risque de changer. Edith KELLER remarque par ailleurs que le marché chinois dispose d’une agilité réelle.

Les concepts évoluent très rapidement. La difficulté pour ces pays réside dans le fait que les ressources humaines formées, professionnelles et efficaces sont rares et une concurrence très forte s’instaure à ce niveau. Par ailleurs, il n’est pas simple pour eux d’arrêter une stratégie de marque claire et cohérente, ce qui représente un handicap réel pour ces marques, surtout dans le domaine du luxe.

S’agissant du Brésil, Edith KELLER note que l’hyper-protectionnisme à l’œuvre actuellement rend difficile l’émergence de nouveaux concepts, malgré l’existence de grands créateurs. Concernant la Russie, peu sont prêts à investir pour la création. Ce pays peine de fait à passer le cap de l’export.

Agathe DEMENTHON s’interroge sur la possibilité pour les marques européennes de perdre leur aspect prestigieux, synonyme de luxe ostentatoire, ce qui amènerait certains pays à se recentrer sur les marques locales.

Christian GATARD confirme qu’il s’agit d’un risque, mais note que l’Europe est toujours porteuse d’une image de modernité et d’histoire mêlée. Les différentes valeurs associées à chacun des pays européens sont cependant encore assez floues.

Christian GATARD distingue trois types de marques. Tout d’abord, la marque océanique est mondiale et présente partout, à l’image de Disney. Ces marques sont très attractives et chacun veut participer à leur succès. Ensuite, la marque héritage s’inscrit dans le cadre vertical de l’histoire. Enfin, les marques folkloriques se réinventent et se renouvellent en permanence, quitte à changer de non. Celles-ci ont un avantage clair dans un contexte de crise, même si elles ne menacent pas l’existence des deux premières.

Jean-Raphaël CHAPONNIERE considère que les marques issues des nations émergentes, une fois suffisamment grosses, vont finir par s’intéresser à l’international. Elles pourraient finir par racheter de grandes marques européennes. Ceci assurera l’avenir des marques, mais pas celui du commerce occidental. S’arrêtant un instant sur les facteurs technologiques, Jean-Raphaël CHAPONNIERE remarque que la Corée va déposer en 2011 deux fois plus de brevets que la France. La Chine est en passe elle de rattraper la France, alors même que ces deux pays étaient à la traîne il y a encore dix à quinze ans. Ces pays disposeront demain d’un avantage concurrentiel certain sur la France.

En conclusion, Edith KELLER estime que la concurrence n’est pas une menace mais une chance et un aiguillon. Les discours protectionnistes sont donc particulièrement malvenus, selon elle. La Chine a investi 371 milliards à l’étranger, dans des pays où les potentiels de croissance sont forts et donc pas en Europe. Demain, ce seront les grands majors qui vont réinvestir sur les marques européennes. Edith KELLER note que 60 % des exportations chinoises sont réalisées par des sociétés aux capitaux étrangers, ce qui met à mal les discours sur la concurrence.



éloge des vieilles lunes
18 janvier 2011, 21 h 56 mi
Filed under: Actualité et nouveautés, Le Blog de Christian Gatard

Ca n’a pas une importance extraordinaire. Cela vous trouve au détour d’une randonnée urbaine. C’est à Saint Mandé, la photo doit dater de l’été dernier. C’est le point de départ de quelque chose. Probablement du gothique troubadour.

C’est à dire le point de départ des deux périples que voici:

Ils sont issus tous les deux d’un passé plus ou moins archaïque et ce n’est pas un problème: les choses antiques reviennent en cycle. Il n’y a là rien que de naturel. Ecrire, marcher. L’humanité n’a pas arrêté d’écrire et de marcher. Et de regarder. C’est ce que fait la soeur Anne de Saint Mandé qui regarde le scribe et l’aventurier.

Mais ce n’est peut-être pas une solution non plus, car le stylet du scribe n’est pas digital ni la canne de Savorgnan  une torche optique.  Assis, écrire. Debout, marcher. Pour autant chacun tient qui un stylet, qui une canne – Savorgnan a peut-être aussi un instrument d’écriture à la main.  Ecrire et marcher, est-ce la même chose? N’est-ce pas une vieille lune dont justement il faut faire l’éloge? cg



pas vraiment un blog… disons un hub en travaux…
27 décembre 2010, 10 h 38 mi
Filed under: Le Blog de Christian Gatard

 


Attention: nul n’entre ici s’il n’est sémiurgien!


 


 


Le reste de ce blog essaie de tenir droit – quoiqu’un peu penché en avant – mais dans cette partie de l’édifice  il n’y a que miettes et bris de sens…


 


 




 


 


 fragments et passages


 


 Le palanquin d’appartement est la figure lumineuse de nos simulacres de mythes fondateurs. Celui-ci, patiemment reconstitué  dans nos après-midi de jeux, nous a permis, ma petite fille Léa et moi, de raconter le Roi-Singe et le Pélerinage vers l’Ouest. Singet s’y est caché. Le scénario de sa traque fait partie du rituel.




A part ça j’étais à Shanghai l’autre jour, le musequin du Temple du Bouddha de Jade avait toujours son anneau dans la gueulemusequin


et j’ai appris plus tard de la bouche même de Gérald Messadié sa symbolique secrète: l’apprivoisement! Il me restait à méditer dans le lobby du Mansion House dans le quartier français.


mansion house lobby


ou me pencher sur le quai, à Hong-Kong, et partir vers l’autre rive en compagnie…


river 2


 Trois images psychopompes, sans doute.


 voici la musique et les musiciens qu’on aime:


Delphine Volange:


http://www.believe.fr/albums/72142,sirenes-single.html


Delphine V sentierDelphine V sentierDelphine V sentier


Alex Jacquemin


http://www.alexjacquemin.com/site3/index.php


 alex


Jean Philippe Goude


http://jphgoude.free.fr/


photo Goude efly_jpg_reissues


 Nos trois musiciens préférés. Ils ont tous les trois leur actualité… à suivre sur les liens ci-dessus.


…à lire dans la Catégorie ah ah voici Nos 20 prochaines années… (cliquer à gauche)


les news…


et une première approche du ROADSHOW de NOS VINGT PROCHAINES ANNEES. 


Le ROADSHOW? Explorer les terra incognita du futur, échanger avec tous et chacun, prendre la parole et la donner, décortiquer les imaginaires, croiser les utopies…roadshow2


Plusieurs étapes sont prévues: Paris, Lyon, Nantes et Bruxelles. D’autres villes sont à l’étude. L’agenda est en cours de confirmation. Revenez bientôt pour les dates et le programme.


La video de la présentation du 15 septembre 2009 à L’ECHANGEUR vous donne une idée de la chose…


Nos 20 Prochaines Années, de Christian Gatard, chez Archipel (c’est dans la catégorie ah ah voici nos 20 prochaines années)couverture détourée 1


 http://christiangatard.wordpress.com/category/ah-ah-ah-voici-nos-20-prochaines-annees-et-le-roadshow-du-cafe-prospective/


Le Professeur de Scenario et l’Atelier du Scénario, de Luc Dellisse, aux Impressions Nouvelles (le lien est sur son blog et bientôt la critique d’e-dito)atelierscenariste-introhttp://christiangatard.wordpress.com/category/le-blog-de-luc-dellisse/


 professeurscenario-intro


 Le Transculturalisme, de Claude Grunitzky ( à découvrir ou redécouvrir dans le livre de Gatard)


 transculturalisme


  Thomas Schlesser publie , entre autres, car Thomas est un auteur prolifique lui aussi, aux Presses du Réel, Réceptions de Courbet (à découvrir dans la categorie Kit de survie des Curieux)Grouxhttp://christiangatard.wordpress.com/category/kit-de-survie-des-curieux/


courbet_cadre


 Le site d’ Olivier Parent, l’incontournable Futur Hebdo ( cliquer dans les liens ou ici http://www.avenir.youvox.fr/Sortie-du-livre-de-Christian,211.html)youvox


Une rencontre se prépare avec la Spirale, le magazine en ligne http://www.laspirale.org/ créé par Laurent Courau, réalisateur et journaliste indépendant. « L’eZine des mutants digitaux » porte un regard passionné sur les mutations contemporaines auxquelles il participe avec une jovialité radicale. Rendez-vous tout bientôt. la spirale


et toujours Gatard & Associés avec Thierry Tricard et Christian Gatard pour comprendre le monde et l’anticiper grâce aux études qualitatives, à nos démarches prospectives en France et dans le monde entier.


La visite se fait en cliquant sur les CATEGORIES qui vous intéressent, là-haut, à gauche…


à écouter d’urgence www.alexjacquemin.com


ZANCHIN


 


 


Un  chakra d’énergie et de conscience? Il régule la descente vers le Vieux Port. A vérifier à Marseille.


marseille-26-mars-2009


 


Sur l’Hudson, New York, en mars 2009.


sur-lhudson


 


… en miroir avec le blog de David Genzel : le premier commentaire sur les photos d’Olivier Roller.


http://davidetceline.over-blog.com/


L’exploration des photos d’Olivier Roller de publicitaires s’annonce fabuleuse, de l’ordre de la fable, du récit légendaire. Chevalerie sans sourire. Les sourires sont bannis? C’est que le sourire est un masque qui cherche à neutraliser le voyeur. Débarrassés de cette inutile et vaine connivence, les visages racontent une histoire tumultueuse, assourdissante. Cohorte urbaine, les publicitaires peuplent la ville et jouent le rôle de turbulents mascarons descendus des façades. Leur métier n’est il pas précisément de faire parler les murs! En chaque image, chaque visage, un silence intense, comme le recueillement avant le tournoi, le bivouac avant la bataille, l’oeil du cyclone avant la tempête. Chaque photo est une histoire puissamment individuelle et exclusive. L’accumulation des photos crée, elle, une sidération: quelque chose d’absolument unique appartient à chacun, est partagée par tous.


olivier-roller-commentaire-11


 


(à suivre)


 


 

 

 


 


 


… à part ça, ce projet d’installation de dayak apotropaïque. Il sera bientôt  en Touraine. Les figures de mythodromes se construisent peu à peu. Pour mémoire: le mythodrome des mascarons a son blog, celui des serre-joints et celui des objets aratoires restent à affiner…


 


 


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ces mythodromes seront bientôt racontés dans le séminaire de Pascal Ory à l’EHESS. J’en dirai deux mots bientôt…


et il y a toujours ça:


Pour comprendre le monde d’aujourd’hui et celui qui se prépare, dans ses multitudes et ses paradoxes, pour s’y reconnaître et s’impliquer, e-dito propose son HUB. Hub ?  … une sorte de « multi-prises », un concentrateur qui permet de faire communiquer entre eux le monde réel, les univers virtuels du net, les études sociologiques et la création culturelle.


C’est un matériau composite de nouvelle génération. Du « dur », du « soft », du « prospectif »…


Le « dur » du Bureau d’Etudes est situé 3 rue Aumont Thiéville à Paris 75017. Il propose aux acteurs de l’économie, de la culture et de l’industrie des études qualitatives internationales. Des études ad hoc et des centaines de références dans tous les domaines. Gatard et Associés fête cette année ses 25 ans d’activité.


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Le « soft » c’est le site e-dito.com, le cabinet de curiosités de Gatard et Associés. 8 années de présence sur le net. Regards, analyses et bonnes prises sur le culturel qui explique et implique.


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Le « prospectif », ce sont les nouvelles méthodologies d’études, de regards et d’intelligences sur le monde vers lequel on va. Nos vingt prochaines années ?


 


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Ce HUB, vous y êtes…


 


 


 


To find one’s way and get involved, to make sense of today’s world and predict what the future holds (in all its diversity and paradoxes), Gatard & Associates is proud to introduce its HUB. Simply put, the HUB is a space where different worlds converge: the real world, virtual universes, market research and cultural creativity. What is this HUB made of you may ask? Of ‘hardware’, ‘software’ and ‘forecasting’… The ‘hardware’: our offices located at 3 rue Aumont Thiéville in Paris’ 17th district. A meeting ground for businesses, cultural representatives and ad hoc qualitative researchers. Given its credentials – Gatard & Associates is celebrating its 25th year in 2009 -, the hub has already accumulated hundreds of references from which to build upon. The ‘software’: our website – www.e-dito.com – and its busy blog, or 8 years of comments, analysis, creativity and human involvement.  The ‘forecasting’: new research methodologies, fresh intelligence and eye-opening insights into what is about to unfold.


 


 


Ci-dessous, toute l’actu des curieux, n’ayez pas peur, enfoncez vous dans la page…edito-logo


le 15 février


 Dans la série découverte voici Bernard Duplé. Un type qui nous écrit



… moult remerciements pour vos sites associés vos liens divers et variés et e-dito  / pure merveille d’un siècle plein de futur basé sur nos cultures multi-polaires / j’ai passé deux après midi entier de surf , j’en ai des crampes à la souris et un affolement des zygomatiques, /émoustillement neurologistique, perfectionnement oulipiste, métamorphose linguale ….



 on ne peut pas rester de glace… alors on va y voir de plus près… 


 www.bernard-duble.com


bernard-duple


La recherche de Bernard Dublé dit “GK”, aidée pendant plus de 10 ans par le laboratoire Conception Produits Nouveaux de l’Ecole Nationale Supérieure Des Arts et Métiers de Paris, a abouti à la numérisation d’une forme archétypique nommée Lolart ©. Lolart © est horizontalement un poisson, verticalement une femme et en position renversée un vase. C’est une oeuvre anthropo-zoomorphique, un « courant d’Art Techno  Conceptuel  Métaréaliste ». Avec son concept de découpe Lolart ©,  Bernard Dublé travaille depuis plus de 20 ans, principalement la sculpture. Il exploite tous les vecteurs de l’Art Contemporain en utilisant la forme à différentes échelles, en positif ou négatif, aussi bien pour les peintures, les installations que les vidéos. Il a exposé à Paris, Bruxelles, Château Royal d’Amboise, Tours, Rambouillet, Chatou, Nantes, Monts, Issy-les-Moulineaux, Il a vécu à Nice, Paris, Tours…


On lit sur son site:  Avec le «  lolartisme » le visible et l’imaginaire vont se côtoyer comme l’ombre et la lumière… Duplé est  sur des pistes qui nous sont familières… à suivre, donc.


14 février


Philippe di Folco a le goût de bien des choses. Voici son GOÛT DU SEXE au Mercure de France qui donne envie de se replonger dans Fleur en fiole d’or , dans Pierre Louÿs et tous ces garnements et garnementes lubriques et charmant(e)s…


sexe-di-folco


4ème de couv’: Depuis toujours, la littérature s’intéresse au sexe et le sexe s’immisce dans la littérature : des milliers de références en témoignent, l’Enfer pour les uns, un Paradis pour d’autres. Loin de l’interminable et répétitif catalogue de galipettes, positions et fétichismes, cette anthologie privilégie le style, l’inventivité, la richesse du vocabulaire, l’humour, l’originalité et la sincérité des situations. On prend goût, on prend plaisir à lire cette littérature quand la langue s’y fait labile et aventureuse, et met en scène désordre, luxure et volupté, dans un débordement des imaginaires qui semble vouloir nous révéler quelques secrets… À explorer en compagnie de François Rabelais, Colette, Pierre Louÿs, Louis Aragon, Georges Bataille, Guillaume Apollinaire, Jean Genet, Stendhal, André Pieyre de Mandiargues, Nina Bouraoui, Oscar Wilde, Guillaume Dustan, Marguerite Duras, Bret Easton Ellis, Jacques Serguine, Marie Nimier, Sade, Martin Amis et bien d’autres…


moins coquin mais même sujet:


Olivier Parent  http://www.avenir.youvox.fr/ accueille cette semaine mon idée de – Psychodrome à écran -  Son projet de journalisme prospectif explore avec bonheur les horizons qu’on se prépare. Dans ces fragments et ces passages furtifs se dessinent l’histoire de nos désirs. Ce texte est aussi en ligne dans L’ESCALE PROSPECTIVE (voir en haut à gauche sur cette page).


et aussi cette semaine:


Delphine Volange et un récital sidérant http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=169305373


Michel Lascault et les poésies de Charles d’Orléans 


Jean-Francois Minne et le barouf à Neuilly


Philippe di Folco et les photos interdites d’Evgueni K.


Philippe Cahen et les signaux faibles


Benoît Peeters et Les Impressions Nouvelles


Brice de Villers et les machines désirantes


Jean-Yves et Sophie Corre et leurs blogs effrontés


  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 

 


 

 


 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







   


Concert de Delphine Volange – intense, sidérante artiste – samedi soir 7 février à l’Archipel,


De quelle planète vient-elle? Volange est-elle déjantée ou gravement lucide? Vous choisirez.
Elle chante des mots signés Brigitte Fontaine, Marie Nimier, Thierry Illouz, Françoise Mallet-Joris, Isabelle Adjani ou d’elle-même (majoritairement) sur des musiques de Ferdinand Berville, Serge Gainsbourg, Bertrand Belin ou Marc Gauvin.
Sa voix cristalline se fait émouvante à souhait lorsqu’elle évoque son mal intérieur ou les voyages immobiles, suave sitôt qu’il s’agit de se rendre chez Ladurée ou Bonne maman, percutante si on la traite de “précieuse” ou face à la rumeur du monde, sensuelle à l’évocation de bijoux délicats ou de Paris Hilton.
     


     http://www.myspace.com/delphinevolange 




  delphine-volange-7-fevrier-20092


 


 


 … et voici un monde à mi-chemin du quinzième siècle et d’aujourd’hui. Un monde avec des princesses lointaines, des hommes dévorés de solitude, avec des guitares électriques et des saxophones.



 

 


 

 


 

 


 

 


 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




michel-lascaut-11-fevrier-2009


  


Michel Lascault, accompagné de Sandrine Liochon, qui lira les textes dans leur version originale,  présente son  nouvel album :


Chansons d’amour du quinzième  siècle 


le mercredi 11  février 2009


au Centre de la chanson


24, rue Geoffroy-l’Asnier


75004 PARIS.


De 18 à 20 heures.


Métro : Pont-Marie ou Saint-Paul


Parking : Pont-Marie


14 titres, poèmes ou chansons du quinzième siècle, principalement de Charles d’Orléans, mais aussi de Christine de Pizan et d’anonymes.


Ont mis leur touche dans cet album Eric Löhrer, Bubu Bricole, Travis Bürki, Xavier Ferran, Annie-Gabrielle Mallet, Virgile Vaugelade, Stanley Smith, Vincent Lepape, Alan Ward, Fabien Krzyzanowski.


Titres en écoute :


http://mlascault.free.fr/CD/quinziemesiecle.htm




 7 février


Déjeuner hier avec Jean-François Minne qui a publié HOLD UP SUR LA MAIRIE DE NEUILLY


 jean-francois-minne


  Quelle chose étonnante que ce livre pétillant, impliqué, ( embedded, faudrait-il sans doute dire), effronté et militant. Récit de navigateur dans un 92 rugissant, mugissant, c’est un parcours hors d’haleine dans un microcosme qui se bricole au jour le jour entre morceaux de bravoure et miettes pusillanimes. Effet garanti ! Nous avons eu des parcours parallèles, Minne et moi, des doubles vies qu’on ne se soupçonnait pas. Pendant que je m’aventurai au cœur de Bornéo chez les tribus dayaks, il ne prenait pas moins de risques dans les tribus de l’Ouest parisien. Nous étions donc décidément de la même cohorte : des buveurs de café fort.  


4 février 2009


une info de Philippe di Folco, donc prioritaire: une expo très curieuse, ethnobizarre (organisée par  Thomas Chaumont), qui sera ouverte le mardi 17 février


“PRUTJIA”
Photographies interdites d’Evgueni K.
présentées par Sydney Applebaum (PHOTO JOINTE)


Evgueni K., né en 1969, est un photographe de mode né en Russie, menacé par la censure dans son pays. Une première en France.


Galerie Bar Le Politburo
25 rue du roi de sicile
75004 Paris


19h. – Minuit.
sydney1


3 février 2009


philo1


La nouvelle vie d’e-dito se met en place.  Voici une contribution de notre philosophe maison, Brice de Villers. Histoire de remettre les choses à leur place.



Dis-moi comment tu fonctionnes…  


Pour expliquer, justifier, excuser un comportement, nos contemporains ont de plus en plus recours à l’ expression «  c’est comme cela que je fonctionne ». A-t-on affaire à des machines, à des organismes génétiquement robotisés ?


On sait l’influence des neurosciences et des théories comportementalistes – depuis le fameux behaviorisme des années 30 – sur la démarche et les soutiens psychologiques en tout genre. Mais qui est au principe de ces fonctionnements ou dysfonctionnements ? mon corps ? un amas de cellules ? un tas de neurones plus ou moins bien organisés ? un enchaînement de fonctions saisis dans une chair ? Dans toutes ces hypothèses, ce qui fait ma particularité d’individu disparaît derrière la transparence d’un système dont le « fonctionnement » est descriptible et surtout prévisible.


Loin de revendiquer une histoire, des intentions, des doutes ou des désirs, « je » fonctionne comme une bonne vieille machine à écrire, à parler, à me déplacer, à tousser ou à hoqueter comme ma guimbarde qui par ces frimas a du mal à démarrer.


Chacun en vient à parler de soi non plus comme « qui » il est mais comme la manière dont il se donne à décortiquer.


Bien sûr, me direz-vous, c’est l’environnement techno-scientifique qui favorise cette lecture de soi mais ne serait-ce pas plutôt une facilité de langage et d’action qui nous ferait oublier notre liberté, nos choix, nos décisions bien plus difficiles à comprendre et à faire comprendre ?


Bizarrement, on « fonctionne » ou , plus souvent d’ailleurs, on « dysfonctionne » , pour parler vulgairement, on « pète les plombs » de l’armoire électrique que nous sommes devenus mais en même temps, on s’imagine unique, particulier, singulier , en un mot, un Narcisse pour magazine.


Lorsque Deleuze et Guattari parlaient de «  machines désirantes », ils échafaudaient un mécanisme organique animé de pulsions proprement humaines, le désir, le délire, la frustration, le vouloir-dire.


Si l’on en vient à réduire la « machine désirante » en simple machine, c’est toute l’aventure de l’individu qui se trouve atrophiée, parce que lui manque les hésitations, ratés, essais et réussites qui font de la vie de chacun de nous tout sauf un programme coordonné d’actions que le moindre plombier pourrait surveiller et réparer si besoin est.


Si tu me dis comment « tu fonctionnes », je ne te dirai pas qui tu es mais ce que tu représentes comme ensemble d’organes explicables et descriptibles.


Machine si vous voulez mais toujours et en même temps désirante   


 


La video de l’apéritif littéraire du 16 janvier 2009 filmé par Vladimir Peeters. Moments épiques.


http://vimeo.com/2914598


 benoit-peetersluc-dellissejeanne-moulin


  

le 18 janvier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 

 


 

 


 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Belle réussite de l’apéritif littéraire de vendredi. Une centaine de personnes, des trouvailles et des retrouvailles. Bref un passage dans le monde réel. Luc Dellisse résume bien ce qui s’est passé : l’écoute, la rencontre, l’accueil fait aux auteurs –  l’ambiance, le sentiment de participer à une manifestation culturelle de qualité et « d’en être », bref, l’effet « rendez-vous d’e-dito » – les ventes, l’intérêt pour les livres, la circulation du catalogue – la reconnaissance du travail des IMPRESSIONS NOUVELLES : un éditeur qui ne publierait que de bons livres, qui n’auraient que des auteurs intelligents.


 En 2009 nous allons tenter une nouvelle expérience avec e-dito. Nous allons inverser les polarités. Nous allons transformer le site en blog – même nom , bien sûr, même adresse sous wordpress. Le site sera la salle des archives, il restera donc présent. J’expliquerai tout ça bientôt.


    Le vendredi 16 janvier, apéritif littéraire au 3 rue Aumont Thieville dans le 17ème à Paris. Flyer ci -dessous.  


invitationgatard


 Quelques tips, genre cadeaux de nouvel an:


 Tout d’abord , le dernier livre de Benoît Peeters – ECRIRE L’IMAGE, un itinéraire – Passionnant récit d’apprentissage, essai et autobiographie, c’est un livre qui se lit comme on écouterait la narration d’un explorateur revenu d’un voyage haut en couleur dans le Paris littéraire et intellectuel des deux ou trois dernières décennies. Peeters est tout à la fois créateur et observateur participant, actif et attentif, écrivain et cinéaste, scénariste et essayiste, éditeur et concepteur d’expositions. A vous couper le souffle. Et encore vous n’avez rien vu. Ce livre n’est qu’une étape. Lecture de bivouac. Il est déjà en route vers ses nouvelles aventures.


benoit-peeters1 


 


  


Ensuite, une visite du site  A.Word.A.Day créé, piloté, alimenté avec une belle énergie par Anu Garg à l’adresse:  http://wordsmith.org


Wordsmith est une communauté en ligne d’un demi-million d’internautes qui se délecte tous les matins de mots nouveaux ou redécouverts, de vocabulaires revisités, des jeux de mots, de tournures de phrases. C’est en anglais. C’est un vrai bonheur. Les mots sont des plantes vivantes dont les racines vont jusqu’au commencement de l’histoire.


 le 19 décembre ,  j’ai écrit ceci à Jean Yves Corre


Cher Jean Yves

Je viens de découvrir ces deux blogs que je ne connaissais pas : la digue et la route.


Nouvelles facettes.

Je ne voudrais pas en faire trop. J’ai déjà, j’ai toujours, donné dans l’enthousiasme à la découverte de vos travaux. Hé bien encore une fois, même pioche. Pas moyen d’y échapper. Ces deux pistes sont tout aussi passionnantes et réussies que Culturecorre,  site culte. Je commence à cerner la Corre Attitude : regard croisé, radar balayant – de l’hédonisme le plus fulgurant à l’ascétisme le plus pointilleux. Exigence esthétique, au-delà certes des canons habituels, façon de défricher une nouvelle plastique du monde. Comme si le moment était venu de faire surgir du vivant, du minéral, de la vulve et du légume, de l’anodin et de la rupture une voie et une voix nouvelle. Comme si il était encore trop tôt pour dire ce que cette voix dit, ou là où mène cette voie. Comme pour tout explorateur qui parvient à l’endroit de la carte où s’arrêtent les dessins, là où le cartographe n’a plus d’informateur, je suis devant votre œuvre comme devant une zone blanche de la carte, une terra incognita. Mais c’est tout sauf un monde perdu. C’est un monde dans le monde, un alien au cœur du civilisé. Quelque chose que vous découvrez qui se tapit dans les interstices. C’est quelque chose qui mugit dans les coulisses de notre imaginaire.

Je continuerai donc, avec la prudence qui s’impose, mon exploration du monde selon Corre et je tâcherai d’en informer mon camp de base, à savoir blogs et sites, dont je me suis témérairement éloigné en partant à l’exploration que je viens de dire.

 

A tout bientôt

PS il est tout aussi fascinant de considérer les périples de Sophie – d’une autre nature, sans doute,  mais pas moins pétillants. Est-ce l’iode et l’air marin qui vous donne cette tonicité ?

 


Christian Gatard

il me répond cela:


arrêtez, je n’en peux plus, j’ai failli me pâmer de satisfaction.


Encore merci pour ce superbe texte qui ne peut que m’encourager à poursuivre mes explorations.

à bientôt

 

Pour conclure sur cet échange disons que cela s’appelle de la cross fertilisation.


Le 18 décembre


 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 

 


 

 


 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Sophie Corre vit sa vie de Corre. On a vu Jean Yves Corre faire des siennes avec son  blog des Ménagères http://corre-housework.blogspot.com/ 


sophie


la voici avec les Aventures d’Annie Maillart http://anniemailart.blogspot.com/


  bus


Voyage chez les CORRE.  Vaut le détour ***. Créatifs, disruptifs, peur de rien, ces deux-là je leur  ai promis un dîner à La Cigale à Nantes… d’autant qu’à Nantes les mascarons en cohorte nous feront la fête dans l’Ile Feydeau  


  sur DELPHINE VOLANGE d


 


 Nous nous sommes rendus ensuite à L’Archipel pour le récital de Delphine Volange.. 


Delphine fend la salle en déshabillé de soie rose, verre d’alccol dans une main, et cigarette bio dans l’autre. Fatale et déglinguée, irrésistiblement drôle, elle nous plonge aussitôt dans sa petite folie “précieuse”, quand elle lâche comme une petite fille les mains serrées sur les tempes : “J’ai une intense vie spirituelle mondaine” ! On rit mais on tremble quand elle reprend Dommage que tu sois mort de Daho ou encore La gare du Maine-Montparnasse de Marie-Paule Belle. Céline et sa soeur Michèle n’oublieront pas de longtemps les trépidements intérieurs de cette ravissante femme au coeur fragile. 


De la part de Anne Nguyen 


Mademoiselle (de) Volange possède la grâce et l’esprit que sa noble filiation pouvait laisser pressentir, une voix enchanteresse, d’une voluptueuse ingénuité. Elle tient son personnage, que l’on imagine sans la connaître une tendre caricature d’elle-même, au plus près du bord, de ses multiples contours et sans jamais verser. On aurait aimé les musiciens, qui tous la servent avec talent, en nombre plus restreint dans un format si intimiste ou plus ouvertement complices dans un jeu de scène à l’équilibre. Mais ce fut une très belle soirée et je souhaite à Delphine encore beaucoup de roses pareilles au velouté de sa voix et à la délicatesse de ses tenues. 


De la part de Claude Grunitzky 


Merci pour ce sublime concert d’hier. j‘ai été très heureux de vivre ce moment de bonheur et d’émotion, en écoutant les nouveaux morceaux et la nouvelle version des bas filés. Cette nouvelle orientation jazz/soul a résonné fortement en moi parce que j’y ai trouvé, exprimé avec talent, une vérité qui correspond à l’image que je me fais de toi depuis presque dix ans. bravo, aussi, pour ce court métrage, que j’ai trouvé bien illustré et… hilarant. bises, et à bientôt. 


de la part de Francoise Gallo 


Bonjour, j’ai beaucoup aimé le spectacle de Delphine, hier, complet et irrésistible de drôlerie décalée, de charme. Elle a beaucoup de talent, c’est une artiste complète et elle semble très bien mener sa barque! Merci beaucoup à vous pour cette découverte et tous mes compliments à Delphine! 


  &


L’Expo Yvonne Behnke  continue jusqu’au 6 décembre. J’ai fait une petite intervention sur LE PEUPLE DES TETES COUPEES samedi 22. Les sourires bienveillants des uns, les regards brillants de curiosités et d’étonnements des autres m’ont laissé à penser que les mascarons allaient avoir quelques amis de plus et que certains lèveraient la tête plus souvent vers les façades. Que de bonnes nouvelles.


L’expo d’Yvonne mérite le détour. Les visages qu’elle propose sont travaillés à l’eau et au jet tout comme les mascarons le sont par les intempéries. Cette fraternité du destin ne passa pas inaperçue… 


Ma présentation a effectivement quelque chose comme ça…A ma gauche : la (fausse) naïveté, la vulnérabilité (prétendue) du peuple des pierres, tribus figées dans les façades, prisonnières des intempéries et du silence des passants. A ma droite : la ruse de la peinture, le couvert des galeries d’art, les exclamations des admirateurs. Deux armées s’observent, chacune sur leurs hauteurs. La première s’adosse à l’éternité, la seconde à l’éphémère. La première a oublié le monde des vivants, ses armes sont le silence et le vent. Elle est à l’extérieur, elle donne sur la rue, se voit de la rue, est exposée aux éléments. La seconde est le cri même des vivants, ses armes sont la conversation et la protestation. Elle est à l’intérieur, elle ne s’expose (précisément) qu’à l’intérieur. Peuvent-elles jamais se rencontrer si un mur les sépare, les met dos à dos, leur interdisant de jamais laisser se croiser leurs regards… ?


 Pour en savoir plus cliquez à gauche dans la catégorie LE PEUPLE DES TETES COUPEES vous y lirez le papier de Myriam Gallot sur mon bouquin éponyme.


le site d’Yvonne: yvonnebehnke.com/ -


ca se passe là: Espace Tristan Bernard 64 rue du Rocher dans le 9ème


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 bureau-detudes  Récit de société


 


 


tetes-coupeesL’enquête sur les mascarons


 


en-respectant-le-chemin-des-dragonslile-du-serpent-coq La trilogie du i (avec Conchita, encore partie en ballade…)


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Le cabinet de curiosités de Christian Gatard
11 décembre 2010, 16 h 08 mi
Filed under: Le Blog de Christian Gatard

 La rencension des personnages que l’on va rencontrer se met en marche.

Le premier a pris son envol.

 

Le second médite sur son rôle.

Les autres sont acquis à leur cause…

Bel exemple de solidarité planétaire. Le premier dormait devant le jardin de L’Observatoire, le second m’accueillit dans le Grand Palais et les derniers étaient au PS1 à Brooklyn.



Le cabinet de curiosités de Christian Gatard : deux objets psychopompes en une seule livraison… cadeau! et premiers indices pour arriver à l’heure au lieu-dit
5 décembre 2010, 10 h 43 mi
Filed under: Le Blog de Christian Gatard

Qu’il nous soit permis d’apporter notre contribution à l’ardeur des hommes … ce n’est pas qu’elle soit si belle, cette pontianak issue des peuples-pères, ce n’est pas qu’il soit avenant ce tracteur, figure endolorie des machines qui font le voyage entre les mondes, c’est qu’ils accompagnent une oeuvre en devenir et qu’ils ont besoin de prendre l’air quand d’incertains futurs se dessinent ici et là. On retiendra, pour les croyants, qu’ils sont les premiers indices d’un parcours qu’on retrouvera dans ce blog au cours de l’année qui vient.

De la pontianak on retiendra que c’est un vampire malais, du tracteur que c’est lui qui permet à la charrue d’opérer une trouée dans le sol vers Hadès. La pontianak est une figure ascensionnelle, le tracteur - et ses extensions métalliques acérées - suggère une figure de la verticalité.



porte dérobée
2 mai 2010, 9 h 44 mi
Filed under: Le Blog de Christian Gatard

Ceci est un work in progress.

Cette portion du hub a un avantage considérable. Elle est dérobée, presque secrète. Insuffisamment pour être privée toutefois, c’est un seuil, un interstice. Pour y parvenir il faut de la chance ou de la persévérance. C’est donc un lecteur chanceux et/ou persévérant qui débarque dans ce locus solus.C’est aussi là que je peux déposer les signes et les intersignes qui parcourent l’ensemble de cet épisode numérique. J’entends par épisode numérique la totalité de ce qui fait ce lieu : e-dito . Avant e-dito il y avait l’entrepôt de la rue Bichat, avant cela d’autres lieux ont fait l’affaire. Des locus solus. Des places fortes qui ont, comme tous les avatars du même acabit, été des épisodes d’immersion. Immersion dans un espace. C’est de cette nécessité d’un espace vital que je peux entretenir le lecteur qui par aventure se retrouve ici. Ainsi de cet arbre photographié dans le cimetière de Courbevoie . Il est contraint, travaillé, obligé. Il raconte la rencontre – tout sauf fortuite – entre l’organisation numérique et la sève qui grimpe encore des demeures des morts. C’est un point de départ… ou un carrefour. Les deux propositions fonctionnent. Elles ressortissent de la même nécessité. J’ai écrit sur l’idée de locus solus dans mon dernier bouquin: un lieu vierge et fertile où tout peut recommencer à partir d’une mise à plat, d’une évacuation radicale… Parlons donc de l’organisation numérique que cet arbre suggère au passant. Elle n’est évidemment pas libre. Les branches ont été soumises à la loi du jardinier funéraire. Elles n’ont pas l’apparente liberté de l’arbre en forêt. La liberté de l’arbre en forêt est au demeurant toute relative. Les formes des arbres sont celles de sa nature d’arbre. Elles subissent ou acceptent le destin de tous les arbres: être un arbre,  occuper son espace vital.  Sa liberté est de s’inscrire dans ce destin-là. L’arbre du cimetière de Courbevoie est conçue par et avec l’intelligence de la matière – et j’entends ça dans les deux sens : l’intelligence de la matière c’est une matière intelligente (le jardinier a lié  ce qui selon lui devait être lié,) et la compréhension même de cette matière par le jardinier( il s’est servi de la force de la sève qu’il a choisi de chevaucher et dominer – malin,  l’arbre a joué le jeu). Cet arbre est donc un lieu de tensions. Il évoque d’ailleurs les lignes de haute-tension qui lacèrent le paysage des campagnes et indiquent une modernité. Ou en tout cas un moment de la modernité : 20ème siècle et décennies suivantes, jusqu’au jour où elles seront enterrées. Signe ephémère donc. Quoiqu’il en soit, quelque chose se joue dans son espace vital. Quelque chose qui appartient à l’humus des morts, à la sève du vivant, au désir du jardinier. C’est peut-être le moment de convoquer la figure du serre-joint. Je n’ai pas encore écrit le mythodrome du serre-joint. C’est l’occasion de commencer.   J’utilise les serre-joints depuis les années 80. Dans l’installation proposée dans la Galerie de Virginie Jost et Guy Crété en 1989  – Les Origines de la Bête à Cornes des origines – j’avais joint des objets: des camions miniatures, des photographies, des morceaux de tissus épais. Ils étaient visibles, faisant partie du décor. Mon serre-joint de référence a longtemps été la gamme rouge importée d’URSS. On en trouvait pour pas cher dans les solderies. Il laissait une odeur assez désagréable sur les doigts, il ne fallait pas trop le forcer : il pouvait se briser, mais sa manipulation, sa ruguosité , son efficacité correspondaient parfaitement à ce que je cherchais… ou à vrai dire, comme je ne cherchais rien particulier, ce que je trouvais dans son fonctionnement me convenait très bien. Il autorisait des rapprochements, des attouchements, des étreintes, des oxymores d’objets. J’avais utilisé le terme de mythodrome pour présenter mon expo de 89. Ce n’était pas la première fois que j’en faisais usage. En 79, dans la galerie Au Lieu d’Image au 27 rue Bichat, j’avais titré mon installation Mythodrome Charrue. J’ai donc une certaine suite dans les idées puisque ce blog a aussi une catégorie intitulée MYTHODROMES et s’est enrichi de contributions de qualité que j’incite le lecteur à lire. J’ai peut-être de la suite dans les idées mais elles prennent leur temps pour s’exprimer dans les galeries. Une installation tous les dix ans! et encore celle des années 90 est dans la galerie d’ e-dito , celle de la première décennie de ce millénaire dans les bureaux/jardin de la rue Aumont Thiéville et tout ceci est d’une grande discrétion. Le titre de ce post - porte dérobée – reste donc légitime. Je disgresse. Revenons au cimetière. Le même lecteur avisé aura pointé l’évidence: le nom même de Courbevoie n’est pas fortuit. La pure ligne droite est rare dans l’univers naturel. Appolon est sans doute le dieu de la ligne droite et Dyonisos celui de la courbe. J’éprouve une gourmandise métaphysique dans les cimetières. Dyonisos, les courbes, les galbes, les formes de la caresse s’y rencontrent. Festin secret, bien entendu.

(à suivre le reste est dans la salle des machines…)

 

Cet arbre n’est pas virtuel. Sans entrer tout de suite dans les détails, je précise toutefois que je n’oppose pas virtuel et réel. C’est un combat dépassé. La porosité entre les deux a créé un nouveau composite dans la représentation du monde. (salle des machines)




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