durable – jetable Une nouvelle contribution de Brice de Villers
2 février 2011, 11 h 13 mi
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Le grand écart dans le temps

Si la mondialisation dans ses différentes composantes économiques, financières, technologiques et  culturelles représente un aplatissement – quoiqu’apparent- de l’espace, il n’en est pas de même du temps qui gagne en relief.

La mondialisation, c’est une affaire entendue, a réduit les distances, transformé la Terre en village, favorisé les déplacements des hommes et des choses.

Ce que cependant nous avons gagné comme facilité dans le rapport à l’espace, nous l’avons perdu ou pas encore acquis concernant le temps.

En effet, nos comportements de consommateurs, de citoyens, d’usagers oscillent en permanence entre le durable et le jetable, entre un temps lointain où se projeter et un immédiat auquel ne pas s’accrocher.

Durable la préoccupation pour le développement , les énergies, les réalisations architecturales et les projets environnementaux.

Jetable les objets du quotidien – de la vaisselle aux serviettes en passant par tant de gadgets –aussi bien que les types d’achats destinés à ne pas figer le client sur un produit : du forfait téléphonique résiliable à tout moment à un achat en leasing, il ne faut surtout pas acquérir un bien qui pourrait durer sinon perdurer.

Voilà bien le paradoxe : tout faire pour durer, ne rien avoir qui puisse durer !

Ce grand écart est significatif de notre instabilité : du haut d’une conscience aiguë de la préservation de notre environnement, de l’attention pour les générations futures, nous cherchons à faire triompher la « durabilité du monde » sur « l’usage des choses » pour reprendre les catégories de la philosophe Hannah Arendt.

Mais en même temps et pour les mêmes individus, la liberté de circuler dans l’espace désormais ouvert doit s’accompagner d’une liberté d’user du temps de sorte que l’on puisse à tout moment se défaire d’un quelconque engagement du présent vers l’avenir, ou d’un attachement du présent au passé ; bref, toujours préférer le transitoire à l’Histoire.

Croyant en avoir fini avec l’espace sans bornes ni frontières, nous aimerions qu’il en soit ainsi du temps : un temps sans relief ni aspérités, qu’il soit temps étendu sur une ligne continue ou temps réduit à la dimension d’un  point– jetable, provisoire, éphémère.

Tout l’enjeu est bien entendu de concilier le jetable et le durable , l’emprise du temps long et la déprise de l’immédiat, en d’autres mots, de rester dans ce grand écart sans effort ni douleur : rien n’assure que la mesure du temps rapporté à l’Histoire ne vienne subitement ruiner cette position inconfortable.

Brice de Villers


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