Peyresq 2011. Journées Interdisciplinaires Sciences et Fictions. Séjour en uchronie.
5 août 2011, 8 h 21 mi
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Les journées Sciences & Fictions de Peyresq<br />
constituent un lieu de rencontre
entre « littéraires », « scientifiques » et écrivains,
conscients de l'importance de la science-fiction
comme outil de communication de la science.<br />
Elles sont organisées par l'Institut Robert Hooke
de culture scientifique de l'Université de Nice Sophia-Antipolis
et l'association « Physique à Nice », avec le soutien
de l'ABSL Nicolas-Claude Fabri de Peiresc « Foyer d'humanisme ».
Journées Interdisciplinaires Sciences & Fictions de Peyresq. Juin 2011.
PeyresqLes journées Sciences & Fictions de Peyresq<br />
constituent un lieu de rencontre
entre « littéraires », « scientifiques » et écrivains,
conscients de l'importance de la science-fiction
comme outil de communication de la science.<br />
Elles sont organisées par l'Institut Robert Hooke
de culture scientifique de l'Université de Nice Sophia-Antipolis
et l'association « Physique à Nice », avec le soutien
de l'ABSL Nicolas-Claude Fabri de Peiresc « Foyer d'humanisme ».

photo Olivier Joseph

Tout a été mené avec un art consommé des pratiques modernes de l’enlèvement et du transport. Des extraterrestres m’ont embastidé pendant quatre jours à Peyresq, petit village de l’arrière pays niçois arraché à l’oubli et la ruine par des universitaires belges dans les années 50. Cette information aurait dû m’alerter mais je lis rarement complètement les documents qu’on m’envoie. Erreur!

Il y a un mois ou deux je lis dans la newsletter de Yannick Rumpala l’annonce des Journées Interdisciplinaires de Peiresc : sciences et fictions. Le thème est la planète Mars. La promesse ainsi formulée était évidemment de nature à m’appâter. Je ne me suis pas méfié. Le blog de Yannick Rumpala est d’une grande rigueur intellectuelle et d’une belle radicalité. Je ne pouvais que faire confiance. J’étais plongé dans la rédaction de mon nouveau livre pour L’Archipel et toute source d’inspiration était la bienvenue, d’autant que je n’étais pas encore tout à fait sûr du champ de ma recherche : Contes et Légendes du 21ème siècleme paraissait approprié. Je ne croyais pas si bien supputer.

Dans les semaines qui suivent je reçois confirmation de l’invitation de la part d’un des organisateurs, Ugo Bellagamba. Charge à moi de choisir le moyen de parvenir à Peyresq. Et d’en savoir plus sur mes ravisseurs. Le moyen de transport sera le train, propice à la lecture et la méditation. La quête d’information passera par une visite à la FNAC des Ternes où je me procure L’école des assassins du susnommé. Premier problème, premier leurre : cet individu existe (ou me le fait croire ce qui revient au même) et son roman est très bien. Ecriture vive et acérée. C’est fort, c’est manga, c’est drôle. Le piège se referme.

Quelques échanges de mail pour verrouiller le traquenard et me voilà , vendredi dernier, dans l’ iDTGV pour Nice puis dans la gare du Petit Train de Pignes qui n’existe en réalité que dans les contes (précisément) ou dans les grimoires qui raconteront que ce moyen de transport existait encore au début du 21ème siècle, ce que personne ne croira tant sa polysémie est ambivalente : s’agirait-il du transport amoureux ? Les Vallées traversées, la rivière rapide, les forts de Vauban, les fleurs sauvages, les moutons dans les pentes. Chants terrestres des sirènes, le catalogue est complet. Le parcours est magique.

Le destin, pas chien, chercha jusqu’au bout à me fournir un moyen d’y échapper. Le Petit Train de Pignes est sensé conduire ses voyageurs de Nice à Digne. La gare où les organisateurs des journées sciences et fictions m’avaient proposé de descendre était Annot, à peu près à mi chemin. Ce jour-là, des travaux sur la voie obligent le train à faire halte à Lingostière à une dizaine de minutes de Nice et à une heure d’Annot. Les voyageurs sont transbordés vers un bus qui les fait rejoindre une gare au-delà des travaux en cours. Tout le monde descend à Lingostière, sauf moi qui ne prend pas garde. Pour tout observateur objectif cet aveuglement ne peut qu’être un dernier sursaut de mon cerveau reptilien à l’affut du danger. Sa vigilance archaïque ne va pas me sauver. Non seulement je reste seul mais qui plus est quand le train repart vers Nice je me persuade que ce cheminement à contre-courant a un sens (!) et que ma solitude dans le wagon est due au caractère unique de l’aventure qui m’attend. Toutefois si je suis envoûté par les conspirateurs martiens qui m’attendent de l’autre coté de la montagne je parviens assez vite à me rendre compte que le petit Train retourne à Nice et que je suis un imbécile. La cabine du conducteur est dans le wagon lui-même ce qui facilite le contact. L’information tombe : je n’ai qu’à rester à ma place, le train va revenir à Lingostière, je pourrai y prendre le bus qui m’amènera à la gare de Plan du Var d’où part le dernier train pour Annot. La vigilance du reptile fut vaine. Une heure plus tard j’étais à Annot où m’attendait un taxi pour monter à Peyresq.

Ils étaient à table. Il était trop tard.

Il faut une vingtaine de minutes dans les lacets du Haut Verdon pour atteindre Peyresq. Par rapport à mon arrivée prévue, j’avais une heure de retard.

Ils avaient entamé le premier repas et partagé les premiers commentaires. Le vin avait coulé à flot. Rosé frais et rouge généreux. Les extraterrestres de Peyresq connaissent les manières de table.

Ainsi qu’annoncé Peyresq est un village improbable. Je me méfie de cet adjectif utilisé en ce moment à tort et à travers et sans grand discernement mais il faut bien dire qu’en la circonstance, il fait tout à fait l’affaire. Le jour n’était pas encore tombé. La lumière atténuée faisait se confondre avec la muraille abrupte de solides bâtisses perchées sur un vaste promontoire. Je pouvais apercevoir des toits de bois délavés mais robustes, des murs de pierres grises et droites pendant que le chauffeur de la confortable Citroën me racontait la construction de Peyresq par des Belges tombés amoureux de ces ruines dans les années 50 du siècle dernier. Des générations d’étudiants enthousiastes l’avaient peu à peu sorti de l’oubli. Peyresq était devenu un haut lieu de colloques internationaux de haut vol et de grande culture.

Le taxi m’a déposé sur la petite place au pied de l’Eglise. Les maisons du village se nomment Phidias, Alain… je me dirige vers la bâtisse nommée Vinci tout au fond du village. C’est le lieu du contact. De la rencontre. Avec ces types. A quel niveau ? Je marche le long des maisons impeccablement reconstruites dans leur jus. Par endroit, entre deux bâtis, le regard plonge vers la vallée. Vertigineux. Une ligne bleue de lys des Pyrénées sert de bastingage.

 

La maison Vinci est sur trois niveaux. Ce sera donc une rencontre du troisième type ? J’avais aimé le film mais je déteste ce genre de clin d’œil poussif –  métaphore filée jusqu’à l’assécher. Je me promets juré craché de ne pas me servir de ce genre d’allusions quand je vais les rencontrer. Un escalier en pente douce et larges marches contourne un arbre centenaire et mène à l’étage intermédiaire, celui de la salle à manger. La porte est protégée des mouches par des cordons de rideaux coincés dans le chambranle. Je la pousse.

Mon arrivée reste discrète et ne semble pas susciter beaucoup d’émotion parmi les conspirateurs. Ils sont assis autour d’une longue table d’hôtes et échangent des propos que j’estime enthousiastes et colorés. A première ouïe. A première vue, ce sont des gens relativement normaux, avenants, voire assez gais, voire contents d’être là. Un jeune homme d’une trentaine d’années se lève et me tend la main. Je reconnais Ugo dont j’avais cherché une image sur Google. Il me présente à mes voisins les plus proches tout en m’invitant à m’asseoir. Aussitôt on apporte le hors d’œuvre dans l’objectif clairement exprimé de me faire rattraper mon retard. Le plat principal suit aussitôt et le rosé coule à flot. L’hypothèse d’une théorie du complot ourdissant à ma disparition s’estompe un peu.

C’est là où ils sont très forts. C’est à partir de ce moment que j’ai vraiment été piégé.

 

J’ai pris des pages et des pages de notes. Il faudra que j’y revienne. Pas pour faire le compte rendu, ça ils vont s’en occuper, mais pour capturer à nouveau l’esprit qui a régné pendant ces journées. Si je comprends la méthode – je me donne l’impression en commençant comme ça d’entamer le compte rendu d’une séance d’initiation orphique au IVème siècle à Delphes ou un rituel de passage dans le secret d’une tribu d’Irian Jaya qui n’a pas encore fait son premier contact avec l’homme blanc – si je comprends la méthode chacun des modérateurs (dont les organisateurs mais pas qu’eux) doit plancher sur un thème et l’introduire pour ouvrir le débat où chacun apporte sa contribution. OK. Nous étions une petite vingtaine dont six modérateurs. 

 

 Les trois jours qui ont suivi relèvent d’une expérience à raconter avec la distance critique nécessaire. La science-fiction ne se laisse pas facilement prendre par la queue. C’est après elle qu’on en avait. Parler de distance critique, c’est une façon de dire le plus élégamment possible mon enthousiasme et mon respect pour cette expérience.

Ce fut une plongée en apnée dans un monde radicalement familier et subtilement étrange. Familier parce que je suis un amateur (moyennement éclairé) de SF, convaincu depuis toujours de son importance dans la « mare imaginalis », cette présence diffuse de l’imaginaire partagée par l’espèce dont je fais partie. Et vous aussi.  Subtilement étrange parce que le terme de science-fiction ne rend pas bien compte des sujets abordés. Certes la science est caressée, apprivoisée, voire récupérée, mais pas toujours.  Si l’on a pas été inoculé, le terme de science-fiction a quelque chose de désuet, un peu année 50, ou un peu Jules Vernes mal assimilé. Ou alors très hollywoodien. Ce qui n’est pas une tare mais peut-être un pare-feu pour les non-initiés. Rien de grave. Ca se débride. Quant à la fiction, c’est plus compliqué. Bien entendu ce que raconte la SF n’est pas vrai, n’est pas là, n’est pas le réel, je veux dire le réel que vous croyez, le réel qui s’oppose au virtuel. Mais ça c’est vrai pour tout: pour les documentaires, les contes, les romans, peut-être même les thèses de mathématiques. Dans une ère historique – je veux dire la notre – où réel et virtuel s’agrègent joyeusement, ou même parfois tristement, la fiction d’anticipation, de fantaisie, de sidération, la SF – mais on va lui trouver un autre nom, non? – part à la découverte d’un réel qu’elle finit par inventer, par avérer vrai, par anticiper, donc. Et revoilà Jules Vernes peut-être, mais surtout émerge dans Peyresq un courant d’inventions, d’intuitions, de passions pour les contes et les mythes, d’enthousiasme pour le réel qui s’invente, pour le monde vrai de l’imaginaire.

On reviendra sur les analyses, les méditations et les supputations sur la nature de la SF. Chaque chose en son temps. Il y autre chose, urgente: mes ravisseurs.

Qui ils étaient, ce qu’ils ourdissaient, de quoi ils étaient faits?

 http://www.flickr.com/photos/oliviervallouise/ Album Sciences & Fictions, à droite.

Il est temps de mettre un terme à cette allégorie de l’enlèvement qui ne trompe personne – encore qu’il s’agisse bien d’un tropisme ascensionnel et je vais avoir du mal à m’en départir tout à fait – mais il faut bien que le voyageur étonné dise les choses tel quel. L’accueil est charmant et  Anne et Ugo Bellagamba sont tout sourire. On se salue mieux, on se serre les mains. La séance du soir est annoncée.

Je suis arrivé trop tard pour la première séance de l’après-midi: Eric Picholle parlait d’au-delà de l’horizon. J’ai eu néanmoins une séance de rattrapage sur la terrasse de l’étage supérieur – vue majestueuse sur la vallée. En trois mots Eric planta avec une justesse effilée en lame de rasoir le décor que j’avais loupé : le mur de la vitesse de la lumière est dépassable, me glissa-t-il comme on entrait dans la salle de réunion. Je n’aime rien tant, je crois, que les dogmes qu’on éradique. Il y avait dans son regard quelque chose d’à la fois facétieux et péremptoire. Je ne suis pas particulièrement attaché à ce dogme-là mais cette disposition d’esprit m’allait tout à fait.

Pas entendu non plus Aurélie Villers qui explore les Paysages Martiens. Je ne savais pas que Kipling s’était frotté à la S.F. Je vais lire avec la curiosité de l’impétrant les textes d’Aurélie.

La séance du soir, donc, est dans les mains de Claude Ecken .  Claude est auteur de science-fiction. A n’en pas douter j’étais entouré de cette espèce particulière – peut-être était-ce le but secret de ma visite: qu’est-ce qu’un auteur de science-fiction aujourd’hui? de quoi se nourrit-il? qu’est-ce qui le fait courir? Une sorte de sous-couche se révélait. Un auteur de science-fiction est une éponge. Ses textes s’inscrivent dans une histoire qui n’est pas une commémoration mais un rebondissement permanent sur des textes fondateurs et sa fonction dans ce jeu subtil est de se faire l’écho des univers dévoilés par ses pairs – ancêtres et descendants . A Peyresq le fil rouge – rouge comme la planète prétexte à ce séminaire hors normes – tracait un filet incandescent: la SF est une forme de littérature collective irriguée par un passé-présent-futur en mutation permanente. C’est le chant de l’espèce à la recherche d’un récit démiurgique. Claude nous proposa une nouvelle de Théodore Sturgeon  qui explorait l’incertitude du corps et  les trajets obliques et poétiques de la perception de soi… le texte me semblait relever plus du fantastique que de la SF. Ce qui était un bon point de départ. Le séminaire n’allait pas se réduire à du space opéra. David Fossé du Magazine Ciel et Espace se chargea de nous faire (re)découvrir Mars. La vraie. Est-ce à dire que les mythes martiens sont – et ne sont que – d’aimables légendes? Les lumières s’éteignirent sur cette impertinente question à laquelle chacun savait bien que la réponse était non. Nous étions déjà dans cette zone en clair-obscur de la mentalité dialogique: la vérité scientifique est fille de son temps et la vérité mythique transcende toutes les échéances. La journée du lendemain était enceinte de cette joyeuse certitude.

 Elle prend son envol avec Simon Bréan qui s’attaque au martien figure de l’étranger. Le terme attaque peut être pris dans un emploi métaphorique mais cela se discute. Le dieu Mars, Mars attaque, pas besoin de faire un dessin. Le martien comme tout alien est d’un commerce à priori inquiétant.  Simon nous promène sur les frontières, les parois, les précipices des motifs mythiques: l’alien, le rival à qui les auteurs accordent une âme – donc ils peuvent aller au Paradis, donc on peut les exterminer, Dieu reconnaitra les siens. Les notes que je prends m’éloigne un peu de son sujet pour mieux le retrouver: j’imagine des crocociles débiles, des lézards bizarres, des vampires bien pires, des cochons trop cons (Animal Farm?), des gros lions moins cons (La Fontaine?). La présentation de Simon est dense, son regard intense. Je vais y regarder de plus près quand les actes seront publiés à la rentrée. Il aborde le sujet clé de toute l’histoire  ( l’Histoire?): la relation dialogique entre mystique et technique. Et comme entretemps –  je veux dire depuis mon enlèvement et mon retour sur terre  – j’ai lu la nouvelle de Ugo Bellagamba LA CITE DU SOLEIL, je constate que tout cela touche du doigt l’essence même des rencontres de Peyresq. Et pour le dire  crument,  cela parle des deux ou trois choses qui vaillent la peine d’être vécues, à savoir le voyage au centre de la mare imaginalis, la participation au Banquet des Eveillés, ou pour le dire encore plus crument: c’est épatant de rencontrer des martiens dans les Alpes de Haute Provence.

La nouvelle de Ugo est à la fois une excellente mise en bouche pour le livre de Campanella  ( qui connaissait  Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, Seigneur du village de Peyresq, ami de Richelieu) et une illustration sous forme de parabole de la dite relation dialogique: il y a un croisement entre les énergies mystiques et les énergies techniques. Où? cela reste à déterminer, mais son existence est le propos de ces rencontres. Il se trouve que LA CITE DU SOLEIL – celle de Campanella -est le premier bouquin que j’ai acheté sur Amazon, il y a donc quelques années, il se trouve que c’est le fac similé d’une édition du 19ème – préface de Louise Colet de 1842. Il se trouve que Ugo irrigue son récit de nombreuses allusions tout à fait contemporaines, relevant de la culture populaire la plus familière.  Il cite aussi bien Aznavour que Brigadoon. Il bascule dans le réalisme fantastique avec bonne humeur et érudition.  La relation dialogique n’est pas le joyeux mélange des genres, des temps et des choses (sauf que bien sûr c’est aussi un peu ça) c’est la nature même de l’interdisciplinarité consentie et créatrice. Admettez qu’il faut toute l’histoire de l’espèce humaine pour en faire le tour et toute la bibliothèque de Borgès pour en cerner les contours.

 C’est ce que font mes martiens qui ont l’utopie comme destin.  Les auteurs et les observateurs de Science Fiction ont  un art tout particulier de jouer avec les acronymes. S.F. vaut  aussi bien pour les initiales de l’illustre inventeur praguois d’un nouvel usage du divan que pour l’exploration des amours incestueux entre sciences et fictions. Ce genre de raccourcis et de confusion des genres augure un peu de la démarche que je revendique: ni docte ni désinvolte mais éponge (réputée pour être symbole d’impunité et accessoirement avoir une grande capacité d’absorption).

Il faut préciser ici l’acception du mot récit : une mixture de fictions et de réalités que les mots ont pour mission de faire connaitre aux uns et de remémorer aux autres. Sans doute n’y a-t-il pas moyen de se servir autrement de la littérature : témoigner du vécu, approcher au plus près de la réalité des choses, sans trop d’illusions – mais aussi l’embellir, la transfigurer pour des motifs divers, nobles ou machiavéliques, stratégiques ou tactiques. A Peyresq, j’étais invité à ce banquet.

L’étrangeté y est familière. Je cohabite depuis trop longtemps avec ces figures culturelles pour m’en inquiéter.

Samuel Minne rappela avec une élégance timide que le mois de mars annoncait le retour du printemps, la fin de l’hiver, le retour de la guerre. Son exploration des couleurs annonçait une sorte de geyser sémantique qui n’allait pas tarder de surgir.

Olivier Joseph, sage aux racines Haut Verdonnaises et aux branches éclatées dans les étoiles, illuminait de sa présence surgissante , ponctuait les interventions d’une subtile irrigation locale et universelle. Il était homme du cru et énoncait combien l’enracinement, l’amour du pays, l’implication dans le développement ici et maintenant de la culture le liait (et chacun) à la culture-monde, à l’histoire longue de l’espèce. Homme-puits, homme-ressource, ce grand bonhomme instruit des technologies les plus avancées fait  naître et renaître l’universel dans le terroir culturel tout à l’entour de Peyresq.

Daniel Tron, fripon divin, Trickster contemporain, illustrait le séjour en séquences ciné-club, et c’était bien plus qu’un divertissement par l’image. Sa connaissance érudite de la filmographie du genre permettait de saisir combien films et romans bataillaient de conserve, combien Sciences & Fictions s’abreuvent à une source unique: l’exploration rebelle et respectueuse des abysses de l’imaginaire et des pics vertigineux du réel. Son humour et sa faconde suggéraient une guérilla maïeutique – si tant est que cela existe. Chacune de ses interventions, chacun de ses commentaires bousculaient les uns et tançaient les autres avec une tendresse piquante.

Le récit de Peyresq qui se construisait là passait du réel au mythe, de la fiction au spéculatif. La SF, le fantastique, le réalisme magique prenaient corps: un corps gras et combustible, le carburant du devenir . Se dessinait sous mes yeux une incarnation animée et organisée de la mare imaginalis. Les martiens du week-end reproduisaient par leur énergie et leur enthousiasme l’esprit qui anime les cohortes de toutes les époques de l’humanité quand elles se réunissent en conclave, en conversation, en pow-wow pour méditer sur le temps du monde et faire advenir le grand récit de l’espèce. Je venais de trouver ce que je cherchais: les procédures de création, de régénération et de réincarnation des mythes étaient là. Braises et flammes.

Ce qui me fit imaginer une petite inflexion au cours du fleuve que nous descendions et remontions depuis la première heure. Cette inflexion était sans doute due à l’érudition des participants,  à leurs travaux, leurs lectures, leurs addictions  : la culture SF revendique assez simplement, voire candidement (encore qu’on peut discuter de la fonction de la naïveté en SF) l’irrigation de bassins sémantiques en bassins sémantiques à travers le temps. On reconnait dans cette figure géographique et hydrophile une des images favorites de Gilbert Durand : tout moment de l’histoire est arrosée par ses tributaires, affluents et confluents qui l’arrosent. Aucun moment n’est stable. Toute phase s’annonce par des réseaux denses de courants de pensées, par des évènements qui en donnent les clés.  Bien entendu c’est le destin de  l’imaginaire transmis par l’art, la littérature, le cinéma, les jeux videos – bref par toute la prise de parole sémiurgique qui tient les créateurs aux tripes. Mais là c’était plus flagrant que dans Lagarde et Michard. C’était la réalité vécue au quotidien par mes martiens. Ils revendiquent une filiation, ils font allégeance à des maîtres et l’esprit de rébellion affleure avec une jovialité communicative. Je me sentais bien en martien.

 Estelle Blanquet posa sa question : les jeunes rêvent-ils encore d’espace? Il y avait comme un doute dans son regard. Au motif que la culture générale part en vrille – dit-on dans les cercles du pouvoir. Il en est des étoiles comme des mascarons: on ne regarde pas beaucoup vers le ciel, on ne lève guère le nez au dessus des portes cochères. On se recentre, on est dans une coquille. Le monde devient centripète alors qu’à partir de 1492 il s’engouffrait dans une centrifugeuse planétaire.  Elle met les choses au point. Je lis sur le site que j’ai mis en lien vers elle: La science-fiction prépare les jeunes à vivre et à survivre dans un monde en mutation permanente en leur apprenant très tôt que le monde change vraiment. Comme c’est le seul monde que nous ayons, elle les guide vers l’adaptabilité et la santé mentale. Plus spécifiquement encore, la science-fiction prêche pour le besoin de liberté de l’esprit humain, et pour l’attrait du savoir. […] En bref, la science fiction prépare nos jeunes à devenir des citoyens adultes de la galaxie.

Yannick Rumpala prit alors la parole. Et je ne vais pas tenter de la résumer mais plutôt de citer son blog.  http://yannickrumpala.wordpress.com/ … juste retour des choses puisque c’est la lecture fidèle de celui-ci qui m’a ouvert la voie vers Peyresq. L’exercice est instructif. J’y glane des clés qui sont celles bien sûr qui l’inspirent dans son intervention :

Le registre de la science-fiction est peut être une manière de signaler et de saisir des enjeux philosophiques ou politiques nouveaux ou négligés, les possibilités de croisement peuvent être multiples

Prendre au sérieux la science-fiction comme territoire de réflexion, encore largement ouvert à celles et ceux prêts à faire l’effort d’aller y chercher une autre forme d’appui intellectuel. Et pas seulement spéculatif !

La science-fiction représente une façon de ressaisir le vaste enjeu du changement social, et derrière lui celui de ses conséquences et de leur éventuelle maîtrise.

Reste à souhaiter que le mouvement se poursuive (il parle ici précisément de ce qui se passe à Peyresq) , car il va certainement falloir trouver des moyens de réfléchir mieux et par anticipation aux tendances lourdes qui orienteront d’une manière ou d’une autre l’avenir humain et planétaire. Ce sera forcément utile

Pas seulement spéculatif. C’est précisément le sujet. Car à quelques jours de là – toujours en rédigeant cette chronique – je suis invité par LA CHAMBRE A AIR une émission pirate mobile et radiophonique, un show urbain post-crash filmé et diffusé sur la FM, le web et la télévision, mis en dispositif par Xavier Faltot  et Julien Millanvoye. Je reviendrai bientôt sur cet autre forme de séjour – séjour d’après –  qui incarne avec une belle rugosité l’émergence des mythologies du futur.

Pour l’instant, aux Arts et Métiers, c’est Philippe Durance qui apparait à l’écran. Philippe Durance s’assied à coté de moi sur la chambre à air 42 qui va nous servir de tour de contrôle et de salon de conversation pendant l’émission. J’avais rencontré Philippe  en rédigeant mon essai de prospective et nous ne nous étions pas revus. La conversation hors micro ne tarde pas de tourner autour de Peyresq et nous ramène à Yannick qui fut l’invité de Philippe, professeur au CNAM dans les jardins duquel se déroule l’émission.

 Et à Peyresq, c’est à Bernard Convert de prendre la parole. Pour le dire comme c’est, le monsieur m’intimide un peu. Nous avons en commun d’avoir publié à L’Harmattan mais nous n’en savons rien sur le moment. D’autant qu’à y regarder de près cette communauté de parcours est peut-être plus émoustillante qu’objective. Ses publications sont celles d’un sociologue scientifique (il est directeur de recherches au CNRS) et les miennes sont celles d’un romancier dans l’orbite assez floue du réalisme magique. Cela vaut pour mes romans et cela vaut pour mes essais. Son métier de sociologue est académique, sérieux et solide, le mien est buissonnier, diffus et entrepreneurial. Je tais sur le moment un sentiment curieux, pas forcément désagréable mais suffisamment ambivalent pour me faire hésiter à lui adresser la parole : dans un roman picaresque espagnol – disons le Guzmán de Alfarache – il serait l’hidalgo et moi le picaro. C’est une configuration scénique que je connais bien. Pascal Ory, historien de haut vol,  a beau m’avoir un jour invité à plancher à l’EHESS pour que je raconte mes mythodromes je sais bien la fracture. Je crois que je l’ai entretenue de longtemps. Vouloir jouer le décalage, emprunter les voies obliques, refuser les conventions m’a toujours séduit. Est-ce une posture, l’écran de fumée masquant mal une incompétence académique ou un choix existentiel? Pendant que Bernard Convert aborde le sujet de la planète entière comme objet technique (c’est la phrase que je lis sur mon carnet) je me demande à quoi je joue avec cette auto-dépréciation passagère. Heureusement, Convert n’en a cure :

http://revel.unice.fr/symposia/scetfictions/index.html?id=225.

Je n’ai pas entamé de conversation avec Bernard Convert mais ce n’est que partie remise. On se souvient que le roman picaresque est taxé de pessimisme et le picaro puni pour ses voies délinquantes. Je relèverai le défi d’une métaphysique optimiste et picaresque. Un de ces jours.

Dans Sécheresse de J.G.Ballard le docteur Ransom confie à son interlocuteur :

–       Je n’ose pas être honnête avec moi-même, Monsieur Jordan. La plupart des mobiles connus sont tellement suspects, de nos jours, que je doute que les mobiles cachés vaillent mieux. Mais quoi qu’il en soit, j’essaierai de vous emmener jusqu’à la plage.

De fait, le séjour à Peyresq m’a fait replonger dans la S.F. Mes lectures de Ballard (les IGH) datent pas mal. J’en ai gardé un souvenir puissant, mais flou. Sécheresse est d’autant plus singulier que je termine ce texte-ci dans le Vaucluse où mes ballades à vélo me font rencontrer des paysans à la retraite occupés à reconstruire une éolienne. Je les avais vus de loin à vélo, pris une photo. On a parlé. Je suis venu vers eux. Ils ont évoqué la lente et inexorable sécheresse du sol, la diminution effrayante des nappes phréatiques. Tout cela est  dans le Ballard. Mots pour mots. La langue de  Ballard y chemine étrangement. Il y a une sorte d’élégance désabusée dans sa description d’un monde qui s’assèche et de protagonistes qui renoncent peu à peu à leur patrimoine ontologique.  A côté de Vaison la Romaine mes nouveaux amis ne sont pas plus enthousiastes sur l’avenir de la planète mais ils ne renoncent pas. Curieusement leur intention n’est pas tant de remettre en marche l’éolienne que d’en construire un simulacre en récupérant des éléments épars sur des éoliennes de la région plus délabrées. Pour quoi faire ? L’idée de faire joli n’est pas tout à fait absente mais elle n’épuise pas leur sujet. Le simulacre est un thème privilégié de la SF autant que des shamans. De quel simulacre peut-il bien s’agir ? L’éolienne puise au creux de la terre dans la nappe phréatique et la tour est un évident schème ascensionnel. Sont-ils en train de reproduire un récit perdu ? de se laisser guider par une injonction propre à l’espèce humaine qui leur dicte ce travail, qui les fait reproduire un cheminement entre le visible et l’invisible, entre le chaos primordial et la connaissance.

Ces bonshommes-là indiquent la même voie que mes martiens à Peyresq.

Pour autant, à Vaison, est-ce la proximité de l’histoire (vénération du passé) et de la géographie (Vaison La Romaine, précisément) ? La conversation tourne autour de la compétence des Romains en architecture, et de l’incompétence contemporaine en général. La demi-heure passe en évocations passionnées de Pont du Gard et autre voie domitienne qui ne passe pas loin.

Retour à Peyresq, et place à Jean Dhombres qui aborde Kepler avec Le Mysterium cosmographicum, les trajectoires elliptiques des planètes et sa révision du calendrier chrétien remettant la date de naissance de Jésus en l’an -4. Dhombres est un conteur mathématicien et/ou l’inverse. Ce qu’il narre est fascinant. Kepler, dernier des astrologues, premier des astronomes à l’époque de la naissance du « je » individuel et de l’importance de prendre au sérieux sa propre pensée, s’adosse à l’intuition créatrice et bouleverse son temps. Je me délecte à l’évocation d’Aristarque de Samos, qui, en 250 av. J.-C., avait imaginé que les planètes tournaient autour du soleil. Il était trop en avance pour, lui, bouleverser son temps. Dhombres est là pour parler de l’ellipse martienne. La polysémie de la notion d’ellipse est  tentante. A Peyresq, je m’y aventure seul dans mon coin et dans mon carnet : l’harmonie céleste, déjà un peu bousculée par le constat que les planètes ne forment pas une ronde parfaite, est donc elliptique, allusive, télégraphique – elles ne développent pas tout à fait leurs pensées. Je me demande parfois si ce n’est pas un peu mon cas. La représentation des mouvements célestes du cercle à la sphère peut-elle être pointée (d’un doigt innocent) comme une rupture radicale (une catastrophe au sens moderne branché et thomien du terme). Le passage de Ptolémée à Copernic c’est  le basculement du monde des récits mythologiques aux récits psychanalytiques ? Le dire comme ça est très elliptique, bien entendu.

Quoiqu’il en soit, dans la recherche du secret de l’univers, la vérité est fille du temps. Les secrets qui se divulguent de bassin sémantique en bassin sémantique font long feu. A chaque époque tout est à recommencer. Sisyphien, non ? Tout récit du monde à un moment donné n’est que la configuration éphémère des circonstances qui le voient naître. Et les récits du futur ? pareil ! C’est bien ce que disent tous les prospectivistes. A Peyresq je n’avais peut-être pas trouvé de nouveaux mythes mais sans aucun doute la confirmation que mes chemins buissonniers menaient quelque part.

Or, je ne peux assister à l’intervention de Jean-Luc Gautero. Je dois rentrer à Paris. Bon prince, il m’en fait parvenir l’enregistrement par internet. Jean-Luc interpelle la science : que fait-elle pour l’émancipation humaine ? C’est ce que je lis dans les clics que me propose Google. Cette image de l’émancipation correspond tout à fait à l’idée que je me fais de lui pendant le séjour. Il ne m’avait évidemment pas dit qu’il était agrégé de mathématiques, docteur en mécanique des fluides, DEA de littérature française et comparée, maître de conférences en logique, histoire des sciences et philosophie des sciences à l’Université de Nice Sophia Antipolis. Les martiens de Peyresq ne la ramènent pas. Ils ont pourtant tous des cv impressionnants. Peut-être que la méthode Peyresq dont va parler Gautero est-elle précisément cela : une culture joyeuse de l’émancipation – vis-à-vis des codes universitaires et vis-à-vis des prescriptions académiques. Jean-Luc porte volontiers un regard ironique sur les choses. Sur lui d’abord. Sur nous, sur moi aussi sans doute avec une sorte de malice. Je soupçonne Gautero d’appartenir à un paradigme qui a du passé, du présent et beaucoup d’avenir… quelque chose de l’ordre du fripon divin dont Daniel Tron donnait déjà une idée. Daniel m’y apparaissait comme sa manifestation visible, extravertie et joviale, Jean-Luc pourrait en être une version plus ombrageuse, plus secrète. S’ils ne sont ni l’un ni l’autre des saltimbanques facétieux version Till l’Espiègle ( ce que pourrait être un fripon divin plus contemporain que les versions premières mises à jour par Radin et Jung), ils sont sans doute, à l’instar de tous les participants à ces journées Peyresq, bien placés pour faire bouger les lignes dans l’enseignement universitaire.

Le sujet d’intervention de Gautero, c’est la méthode Peyresq. Il commence par une phrase culte anti-culte : c’est encore meilleur quand c’est mauvais que quand c’est bon. Et il continue par une saillie absolument délicieuse et joyeusement en phase avec mon tropisme perso : les bonnes méthodes sont opportunistes et circonstancielles. Emancipation, donc : des schémas classiques de la passation du savoir, des clichés désespérés qui plombent l’image de l’université en France – j’en tiens ici de récentes études d’opinion menées pour certains acteurs de cette sphère. Mon équipée dans les Alpes de Haute-Provence envoie des signaux au futur. Peyresq est un modèle méthodologique.

Peyresq, planète à part, continue Gautero : un des endroits où on s’écoute le plus où on se répond, où on reconnait ses erreurs et où on progresse sans nécessité de maintenir la face . Il développe avec humour la configuration spatiale de l’endroit, la spécificité du sujet (une secte des adorateurs d’Heinlein) , la fluidification de la conversation facilitée par la drogue locale (le génépila lubrification sociale dans les conversations avinées), l’originalité des pauses (le ciné club détente mais là je ne suis pas d’accord : ce que Daniel Tron amène avec son ciné club, c’est beaucoup plus que de la détente), la spécificité du mode d’intervention ( à la différence des « autres » colloques les interventions sont faites pour susciter la discussion et enrichir le groupe, pas pour que l’auteur s’enrichisse de la discussion… En altitude on a moins à défendre des positions élevées…)

 

 Avant de partir j’avais déjeuné face à Jean-Luc et à côté de Tron. Derrière nous Anouk, Eric et Estelle. La photo est d’Olivier Joseph. Je me demande si ce n’est pas à ce moment que l’idée de nappes phréatiques et de geysers (où puiser les mythologies du futur) commence à émerger. Je n’y fais que prolonger les métaphores géographiques  de Gilbert Durand, sans doute, c’est peut-être à la limite du décalque, d’accord, mais c’est dans la logique du temps : se laisser irriguer par la pensée des autres, prolonger les courbes… jusqu’à la rupture, jusqu’à l’émancipation. A Peyresq j’étais à bonne école.

Avec Sylvie Allouche nous avons abordé, à peine effleuré, le sujet de sa thèse : Philosopher sur les possibles avec la science-fiction : l’être humain technologiquement modifié.  Ca tombait bien, je cherchais une clé pour ouvrir les portes du bouquin sur le corps en révolution qu’on explore avec Olivier Parent. Elle me renvoie sur Greg Egan dont  j’achète un gros bouquin de nouvelles à mon retour à Paris.  La librairie Scylla est un passage obligé. Bellagamba et Ucken y ont fait des signatures récemment. C’est au 8 rue Riesener dans le douzième et le choix dans la littérature de l’imaginaire, la fantasy, le fantastique, la science fiction est sidérant.

La lecture de Greg Egan aussi.

Anouk Arnal fait la photo et la vidéo. Nous parlons paysage. C’est son domaine : elle est ingénieur agronome.  Je sens que sa modestie, à elle aussi, cache bien des choses. Son job du week-end est de garder les traces digitales des interventions. Au-delà on devine qu’elle orchestre la machine peyresquienne.

Et Marwall, étudiante égyptienne, apporte l’éclatant sourire de pistes culturelles inattendues. Elle est en quête de sujets, de mentors sages et expérimentés. Une approche transculturelle de la SF? Sans doute. Elle est venue chercher des éclairages sur son propre cheminement.

Comme moi.

pour en savoir plus sur cet égrégore méditerranéen

http://generationscience-fiction.hautetfort.com/

http://www.moutons-electriques.fr/virtuel.php?n=36

http://uchronies.com/Interviews/Interview_008_Ugo_Bellagamba.html

 


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