michel andré sur luc dellisse – une nouvelle contribution
21 mars 2012, 23 h 15 mi
Filed under: Luc Dellisse

Luc Dellisse parle de Ciel Ouvert : réflexions sur une présentation

 

Contrairement à ce que sa modestie affichée le pousse souvent à affirmer, Luc Dellisse est aussi brillant à l’oral qu’à l’écrit. Lorsqu’il s’exprime au sujet de Ciel ouvert, tout devient à la fois plus intelligent, léger, gai et lumineux, et plus grave et profond.

Mieux encore qu’en le lisant, on comprend ce qui fait l’unité de sa poésie et de ses romans, de quelle façon et à quel degré élevé ils jaillissent d’une même source et participent d’une même inspiration.

Tout ce que Luc Dellisse écrit relève d’un fond identique d’émotions intellectualisées et d’idées à forte charge émotionnelle s’exprimant dans un registre qui puise dans l’expérience du bouleversant, du fulgurant, de la foudre, du foudroyant et foudroiement, de l’éclair, du vertige, de la flèche et du trait, bref, comme il le dit lui-même, des délices de la vitesse et de l’émerveillement païen face à des moments d’éternité dans l’instant.

Pour cette raison, ses romans et sa poésie ne sont pas si différents qu’on pourrait le penser. Au fond, dans ses romans, l’histoire sans être accessoire, bien sûr (puisqu’elle commande la forme de ce qui est clairement un récit), ne joue pas comme telle le rôle déterminant. On ne se tromperait pas de beaucoup en  caractérisant ses romans comme l’enchaînement fiévreux, tendu et elliptique de moments poétiques dilatés à l’échelle d’un chapitre, avec dilution concomitante de la charge poétique, jusqu’à la rapprocher de cette forme et de cette qualité particulière de poésie que peut avoir la prose de la langue classique.

Réciproquement, ses poésies sont de petites histoires (avec, comme il se plaît à le souligner, un commencement, un milieu et une fin), concentrées en quelques lignes, avec augmentation correspondante de la densité poétique.

Bien sûr, la logique respective des deux genres continue à commander l’usage de la langue fait dans chaque cas. Dans les romans, les mots visent le monde et sont rivés à leur sens, quand dans la poésie ils sont employés avant tout pour leurs qualités matérielles et leurs connotations,  et fréquemment utilisés de manière à leur donner « un sens qu’ils n’ont pas », pour reprendre la belle formule de Luc Dellisse.

Mais, qu’il s’agisse de poésie ou de roman, c’est clairement à une même vision des choses qu’on a affaire. Lisant ce qu’écrit Luc Dellisse dans ces deux registres, on sent tout de suite qu’on est dans un même monde, un monde qui a la singularité et la cohérence d’une éthique et d’une esthétique, d’une expérience, d’une sensibilité et d’une personnalité.

Michel André



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